‹ Le Canada et les Zouaves PontificauxChapitre 52 sur 68 · APRÈS LE DÉPART · texte numérisé non relu

APRÈS LE DÉPART

Le dimanche qui suivit le départ des Zouaves, le 23 février, Monseigneur de Montréal fit lire dans toutes les églises de son diocèse la circulaire suivante :

A.NNONCE A FAIRE AU PRONE DE TOUTES LES ÉGLISES DU DIOCÈSE DE MONT- TRÉAL OU SE FAIT l'OFFICE PUBLIC, LE PREMIER DIMANCHE APRÈS SA. RÉCEPTION, PAR ORDRE DE MONSEIGNEUR L'ÉVÈQUE.

Nos Très-Chers Frères,

Nous avons à vous parler, dans cette Annofice, du départ des braves enfants de la Religion ei de la Pairie, qui s'en vont à Rome, en pre-

nant le nom de Zouaves Pontificaux, avec la ferme résolution de verser, s'il le faut, leur sang, pour la défense de l'Eglise et de son Chef. Nous empruntons la forme de simple Annonce au Prône, afin de la faire plus en famille, en empruntant la voix amie el bien connue de vos pasteurs ordinaires.

Nous avons à vous témoigner d'abord, Nos très-chers frères, combien Nous avons été sensible à la piété filiale avec laquelle vous avez répondu, non pas à un ordre, non pas môme à un désir de notre part, mais à un simple acte de complaisance, que Nous donnions au mouvement laïque dont Nous vous parlions, dans notre lettre du 8 décembre dernier.

Ce mouvement qui portait alors quelques-uns de nos jeunes gens à aller offrir leurs services à Notre Saint-Père le Pape, Nous parait un de ces souffles mystérieux de VEspril Principal qui, en se faisant entendre au monde entier, éclaire les intelligences et embrase les cœurs. Nous le bénîmes donc, en lui souhaitant un plein succès.

Cent trente-cinq de nos dévoués jeunes gens ont été dociles à ce souffle divin ; et déjà ils cheminent avec courage vers la Ville Eternelle. Les pères et les mères de ces bons enfants ont cru que c'était Dieu qui les voulait à Rome, pour en faire les défenseurs du Trône Pontifical ; et ils se sont soumis humblement à celte adorable volonté. Le peuple canadien en masse a entendu le son doux et puissant de ce souffle, venu d'en haut ; et il s'est mis à contribution, pour faire les frais de cette étonnante expédition.

Des démonstrations aussi cordiales que splendides sont venues, de toutes parts, imprimer à ce mouvement prodigieux le cachet de l'accueil inouï que lui fait le public. Inutile de vous en parler ici, presque partout l'on ne parle que de cet événement, avec de tels transports, et en des termes si émouvants, que déjà il est gravé dans tous les esprits, pour passer à la postérité la plus reculée, comme un des plus mémorables événements de notre histoire et sans avoir a craindre l'oubli du temps. Qu'il nous suffise donc de vous faire remarquer, combien il était saisissant de voir avec quelle piété ces admirables jeunes gens recevaient ensemble, à la fin d'une retraite, le Pain des forts, qdi est aussi le Pain des voyageurs ; avec quel enthousiasme ils promettaient de ne jamais déshonorer le drapeau que la Religion et la Paine leur mettaient en mains; avec quelle dévotion ils se consacraient, au moment du départ, au Très-Sainl el Immaculé Cœur de Marie, et s'armaient, chacun, d'un chapelet indulgencié par le Pape, et orné d'une médaille, représ-intanl dun côté cet immortel Pontife et de l'autre les martyrs de Gorcum, canonisés le 29 juin dernier, jour à jamais solennel où l'Eglise célébrait le 18c anniversaire séculaire du martyr des apôtres St. Pierre et St. Paul. Puisse le chapelet, qui faisait remporter aux chrétiens alliés, à Lepante, une éclatante victoire, les rendres forts et puissants, dans leurs travaux et leurs combats !

Aujourd'hui qu'ils sont en route et d(\jà en pleine mer, Nous sommes heureux de vous apprendre que les autorités romaines ont eu pour agréable le mouvement qui s'est opéré ici ; et que N. S. P. le Pape lui-même a exprimé là-dessus sa vive satisfaction. Nous devons .ajouter que nos braves jeunes gens sont attendus à Home et qu'on a hâte de les voir arriver. Ces bonnes nouvelles montrent que l'intérêt .que nous leur portons, avec tant de raison, a déjà traversé les mers, et leur prépare à Rome même une réception honorable el singulièreinent encourageante.

ZOUAVES PUxNTIFICAUX. 161

Pour achever de consolfir les parents et les amis, ainsi que tous les ■concitoyens de nos Zouaves Canadiens, Nous pouvons leur dire, en toute confiance, que des mesures ont été prises pour que rien, autant que possible, ne manque aux soins qui leur seraient nécessaires, en maladie comme en santé ; et que ceux qui sont chargés d'y voir, feront tout en leur pouvoir pour que ce voyage, entrepris principalement pour la défense de l'Eglise, soit en même temps prolitable et à ces chers enfants et au pays tout entier. Car tout le monde sait que c'est toujours sur la jeunesse bien disciplinée et animée de bons sentiments qu'il faut compter pour l'avenir d'un pays.

Mais pour atteindre ces heureux résultats, nous ne manquerons pas d'offrir à Dieu, chaque jour, nos prières, nos vœuxet nossacrilices, pour qu'il daigne lîénir le dévouement qui a déterminé cette noble entreprise. Vos pasteurs vous en donneront l'eNomple, n'en doutez pas, N. T. C. F., parcequ'ils sont eux-mêmes trop affectionnés à ces chers enfants de la religion et de la partie, et qu'ils ont d'ailleurs été trop émus de leur généreux dévouement, pour ne pas leur donner toutes religieuses sympathies.

Quand à vous, bons pères et bonnes mères, amis sincères et généreux concitoyens, vous ferez cause commune avec votre clergé et vos ferventes communautés, pour suivre ces jeunes parents et compatriotes chéris, dans leurs courses lointaines, leurs durs travaux et leurs pénibles fatigues, et pour leur prodiguer les secours réuais de la prière, du jeune, de l'aumùne et du sacritice.

La pensée surtout que ces jeunes gens, à l'âge oîi d'ordinaire on ne songe qu'aux plaisirs, portent coatinuellement le poids de la chaleur et du jour, pour l'amour de notre sainte Mère l'Eglise, fera sur vous tous. Nous n'en douions pas, de fortes et salutaires impressions. Car, avec la bonté de cœur qui vous caractérise, vous vous sentirez pressés de ne pas vous laisser aller au jeu, au luxe, à la danse, à ces principes impies, que colportent les mauvais journaux, aux divertissements, aux «xcès de boisson, à de dangereuses fréqueatalions, pendant que vos parents el amis travaillent, souffrent et combattent pour notre saiate religion. Le désir de leur être plus utiles vous imposera le devoir bien légitime d'assister plus régulièrement à la messe, de fréquenter plus souvent les sacrements, de paraître plus régulièrement à la sainte table, de réciter plus dévotement le chapelet.

Avec une telle pensée profondément gravée dans votre cœur, vous ne souffrirez pas que l'on blasphème' en votre i)résence la religion et ses ministres, pour lesr{uelsces braves et dévoués Canadiens sont prêts à verser jusqu'à la dernière goutte de leur sang.

Telles sont, nos très-chers frères, les pratiques que vous pouvez embrasser pour aider les Zouaves qui sont maintenant en route, ainsi que ceux qui les suivront, à bien remplT leur noble mission. Par ces ■diverses pratiques, vous les aurez toujours présents à l'esprit ; et le désir que vous aurez de leur être utiles vous incitera jour el nuit à être vous-mêmes de bons chrétiens.

C'est ce que nous demandons eneemble, chaque jour, en faisant à la fin de la messe, les prières qui se disent aux intentions de Notre Saint- Père le Pape, et pour tous ses généreux défenseurs, au nombre desquels nous verrons désormais nos bons parents et nos chers concitoyens. Ce sera pour vous tous un motif de plus d'assister chaque jour, s'il est possible, à la messe, et pour ne pas sortir de l'Eglise, avant que ces prières soient terminées, vous souvenant d'ailleurs qu'en les disant

avec le prélre, qui vient de célébrer la sainte messe, vous gagnez, chaque fois, une indulgence de 300 jours, et une indulgence plénière, tous les mois, si vous les avez récitées tous les jours, pourvu que ce jour-là vous receviez la sainte communion et fassiez les autres oeuvres prescrites.

Puissent, nos très-chèrs frères, ces paroles que Nous vous adressons, (lu fond de notre cœur, adoucir lanieriume du sacrilice que le Seigneur a exigé de vous! Puisse la bénédiction que nous vous donnons, de tout notre cœur, jiroduire les fruits les plus abondants, en attendant celle que recevront, pour eux et pour nous, nos chers enfants, quand ils se prosterneront aux pieds sacrés de notre Père commun.

LSe FETES DE FAMILLE.

Nous avons jusqu'ici raconté l'origine, les développements et la réalisation de Tœuvre des Zouaves Pontificaux en Canada. Pour suivre rigoureusement notre sujet principal, nous avons dû omettre Men des détails intéressants, laisser de côté plusieurs scènes touchantes, dont quelques uns de nos Zouaves ont été Jes héros, soit en prenant congé de leurs paroisses, ou en se séparant d'anciens amis, amis d'enfance, amis de collège, souvent. Le cadre que nous nous sommes tracé nous a forcé de rejeter à cet endroit de notre travail, tous ces gracieux et édifiants tableaux, dans lesquels nos Zouaves ont commencé à cueillir les lauriers dont, nous l'espérons, ils reviendront chargés. Le temps est maintenant arrivé de répondre à l'attente de plus d'un de nos lecteurs, et de satisfaire bien des légitimes curiosités.

Il est juste de commencer ce récit par Québec qui a fourni, outre un don généreux, un contingent de trentetrois hommes pour le premier détachement des Zouaves Pontificaux.

Voici comment un correspondant raconte la touchante cérémonie qui a eu lieu dans l'antique église de Notre- Dame des Victoires, à foccasion du départ de ces fils des croisés :

Une foule immense se pressait lundi, jle 17 février au soir, sur les dalles de la vieille chapelle, pour être témoin de la consécration et de rengagement des croisés de Québec et des paroisses environnantes. Il est impossible

ZOUAVES PONTIFICAUX. ICÎ

de peindre l'émotion de cette foule agenouillée et recueillie, priant dans le sanctuaire vénéré de la Reine des Anges, pour ces braves Zouaves auxquels plusieurs sont unis par des liens très-puissants. Bien des pleurs ont coulé silencieux, lorsque l'orgue a fait retentir sous les voûtes resplendissantes de lumières, ses notes graves et harmonieuses et que le puissant chœur des élèves de l'Ecole Normale a entonné le beau cantique : a Pourquoi CCS vains complots.)) Les Zouaves étaient réunis aux pieds de la statue de Notre-Dame des Victoires, qu'ils choisissaient pour leur patronne et leur protectrice, par la bouche de M. Charles Bertrand, qui, au nom de ses compagnons, lut l'acte de leur consécration. Sur leurs figures énergiques, éclairées par l'auréole lumineuse qui entoure la statue de leur protectrice, brillaient une noble audace et une indomptable résolution ; et j'en suis certain, au jour de la bataille, les fils de la vieille cité de Ghamplain. porteront dignement le glorieux nom de leurs ancêtres, et seront toujours au plus fort de la mêlée.

Monseigneur l'Archevêque de Québec, avant de venir les bénir, leur adressa une touchante allocution à peu près dans les termes suivants :

Messieurs el bien chers enfants, les missionnaires avant de partir pour aller répandre les lumières de la foi au milieu des peuplades sauvages de l'Amérique, venaient ici s'agenouiller aux pieds de la statue de Notre-Dame des Victoires et lui demander de terrasser l'esprit du mal qui régnait sur ces malheureuses nations. Aujourd'hui, avant d'aller combattre les ennemis du Saint-Siège, vous venez, vous aussi, vous consacrera cette vierge que l'Eglise appelle « terrible comme une armée rangée en bataille, » et qui vous donnera la victoire. C'est avec la plus grande joie que j'ai entendu faire votre acte de consécration à notre Bonne Mère, et je me joins à vous pour la prier de vous accorder sa protection. Que vos parents et vos amis se consolent, la Sainte- A'ierge qui a entendu votre fervente prière vous protégera, et ceux qu'elle protège ne périssent pas.

J'ai reçu votre engagement au nom du Saint-Père, dont vous êtes devenus les soldats el pour la cause duquel vous allez combattre. Elle est belle ; c'est colle du droit contre la force, de l'ordre contre l'anarchie et la révolution, de Dieu et de son représentant contre ses ennemis. Vous èles les soldats de l'Eglise et de Jésus-Christ ; quel noble titre! et vous allez combattre les combats de Dieu. N'oubliez pas que noblesse obligc,(inii vous devez porter bien haut l'honneur religieux el l'honneur du soldat. Je dis bien haut, parce que le courage vient de Dieu et que c'est une cause sainte et noble. L'honneur du soldat est aussi dans une conduite irréprochable et dans le fidèle accomplissement de tous ses devoirs religieux. Vous êtes les iils du Canada calholique, el la cause de Dieu pour laquelle vous allez combattre est la sienne. Vous allez représenter la patrie auprès du Saint-Siège, et

je n'ai pas besoin de vous dire de faire voire devoir. Dans ce beau régiment des Zouaves où vous allez entrer, dans ce régiment composé des nobles rejetons des plus anciennes familles de l'Europe, au milieu de ces jeunes gens dont l'éducation comme la vôtre a été soignée, dont les sentiments si religieux les ont engagés à voler pour la défense du Vicaire de Jésus-Christ, il y en aura peut-être qui ne se conduiront pas toujours en dignes soldats du Saint-Siège: éloignez-vous d'eux, mes enfants, et comportez-vous toujours et partout en dignes fds du Canada catholique.

Parlez, soldats de Jésus-Christ, partez, enfants de la patrie ; allez combattre les combats du Seigneur ; allez nous représenter auprès du Saint-Siège ; allez dans la protection de Marie, vous qui êtes ses enfants, et que le Dieu de bonté et de miséricorde envoie ses saints anges ; qu'ils vous accompagnent dans toutes vos voies, qu'ils vous protègent dans tous vos combats , c'est la gràce'que je vais appeler sur vous dans la bénédiction solennelle que je vous donne.

Au milieu de l'émotion générale qui régnait dans toute l'assemblée, notre vénérable Archevêque appela la protection de Dieu sur les Zouaves que Québec a envoyés pour défendre le Saint-Siège.

A leur sortie de l'Eglise, les volontaires furent salués de hourras enthousiastes et une suite immense alla les reconduire jusqu'à la gare de la Pointe-Lévis.

Plusieurs milliers de personnes étaient déjà rendues aux chars; tous voulaient dire un dernier adieu, et serrer une dernière fois la main aux amis qui partaient, et leur souhaiter un heureux retour.

En traversant le pont, les Zouaves chantaient des hvmnes patriotiques comme adieu à la ville de Québec; tous étaient joyeux et contents, et ils partirent avec la détermination bien arrêtée de faire mordre la poussière à tout garibaldien qui osera passer la frontière pontificale.

A huit heures, un formidable hourra salua le départ et la vapeur les emporta vers leurs compagnons de Montréal.

La ville des Trois-Rivières, qui a fourni trois Zouaves au premier détachement, n'a pas voulu, non plus, laisser partir ces représentants de sa foi, sans leur faire une démonstration digne de leur dévouement.

Les trois Zouaves se rendirent d'abord au Collège des Trois-Rivières. Comme on le sait, deux d'entr'eux, MM. Brunel et Epiphane Dussault, étaient des élèves de cette institution. Leurs confrères ne voulurent pas les laisser partir sans leur exprimer les sentiments qui agitaient leurs cœurs, à l'occasion de leur départ. M. Ep. Nobert leur présenta une touchante et noble adresse, au nom de

tonte la communauté. M. Epiphane Dussault y répondit d'une voix empreinte d'émolion. Quand il fit tes adieux plusieurs élèves versèrent des larmes. La figure des Zouaves, cependant, était ferme et énergique, et bien qu'il fut facile d'y lire que leurs cœurs n'étaient pas indifléients à la douleur d'une semblable séparation, néanmoins le sentiment qui semblait prédominer chez ces trois jeunes gens en ce moment, était celui d'un noble etgrand sacrifice volontaire et généreusement accompli.

La salle avait été bien décorée. Outre les prêtres de cette ville, on remarquait encore les Révds. MM. Prince, Noiseux et Dauth. Une cantate composée pour la circonstance fut bien exécutée par les élèves.

Du collège on se rendit à l'église paroissiale. Les trois Zouaves vinrent se jeter au pied des autels pour y recevoir la bénédiction de Sa Grandeur Monseigneur d'Anthédon. L'église était encombrée. Sa Grandeur Monseigneur Laflèche était assisté de M. le Grand- Vicaire 0. Garon et du Révd. M. J. E. Panneton. Le Révd. M. Baillargeon, curé de la paroisse, adressant la parole à Sa Grandeur, dit :

Monseigneur,

Ce sont trois jeunes gens qui parlent pour une mission lointaine, pour aller soutenir la cause du chef de la chrétienté. Avant de partir, ils viennent se jeter aux pieds des autels pour protester de leur dévoûment à la cause qu'ils vont défendre. Monseigneur, ils se présentent dans des circonstances telles que vous ne refuserez pas de leur adresser quelques paroles d'encouragement et de leur donner une bénédiction spéciale (\m attire sur eux, sur leurs familles et sur tout le pays les grâces célestes les plus abonctantes.

Après l'exécution d'un morceau de chant par les élèves du collège. Sa Grandeur Monseigneur d'Anthédon prononça une éloquente allocution que nous résumons en quelques mots.

Après avoir démontré la puissance du sentiment religieux par les démonstrations qu'on faisait dans toutes les parties de l'univers pour la cause de l'Eglise, par les sacrifices que s'imposaient volontairement et généreusement les populations catholiques, Sa Grandeur dit aux Zouaves qu'ils devaient se considérer heureux d'avoir été choisis pour combattre les combats du Seigneur. Il prouva en racontant la manière dont Dieu avait formé l'armée de Gédéon, que le Seigneur choisit spécialement ses soldats.

Page 1