RÉPONSE
A M. le curé, à nos parents, nos amis et nos co-paroissiens.
Messieurs,
C'est avec respect et reconnaissance que nous recevons l'expression de vos sentiments, et nous éprouvons un sensible plaisir en songeant que vos vœux nous accompagneront jusqu'à notre retour de Rome ; en même temps, nous sommes vraiment confus de la démonstration dont nous sommes l'objet ; mais nous comprenons que l'honneur en revient à Id cause que nous allons défendre. En etfet, nous savons que le Souverain Pontife a toutes vos sympathies et que vous seriez prêts à faire le sacrilice de vos personnes pour sa défense. Mais il n'est pas donné à tous de s'enrôler sous ses saints étendards, et nous vous remercions bien cordialement de l'honneur que vous nous faites en nous demandant de vous représenter dans l'armée pontificale.
Nous sollicitons spécialement le secours de vos prières afin que Dieu nous inspire le courage et l'ardeur nécessaires pour combattre dignement les combats du Seigneur.
Impossible de dire autrement, la séparation est dure. Il nous en coûte de laisser Bécancourt où se trouvent tant d'objets chers à nos cœurs ; mais nous nous consolons en pensant que notre but est de nous rendre utiles dans la mesure de nos moyens, à la grande cause que nous embrassons.
Ces quelques mots ne sont qu'un faible reflet de nos sentiments à vetre égard, et nous aurions désiré être plus éloquents pour répondre à votre adresse d'une manière digne de vous. — Adieu !
Joseph Beauchèxe, Adélard Lupien, Moïse Cormier,
Un correspondant du môme journal, racontait dans le no. du 31 janvier une scène analogue qui s'est passée dans
la paroisse de St. Antoine de la Baie, à l'occasion du dépait du zouave de cette paroisse, M. Moïse Gouin.
Notre paroisse, écrivait le correspondant, vient d'être témoin d'une bien belle démonstration. Elle est heureuse de pouvoir compter un de ses enfants au nombre des délenscurs du Saint-Siège, et à l'occasion de son départ elle a voulu prouver à ce Jeune soldat, que sa détermination d"aller combattre pour la plus sainte des causes, était pour elle un légitime sujet de joie et d'orgueil.
Le nom du nouveau zouave est M. Moïse Gouin, fils de M. Moïse Gouin, un des cultivateurs les plus respectables de la Baie. Depuis longtemps ce brave jeune homme, qui a obtenu ses diplômes de 1ère et de 2me classe, à Técole militaire, brûlait du désir de s'enrôler dans l'armée pontificale ; mais son père, déjà vieux, n'ayant que ce seul Ois, hésitait à en faire le sacrifice. Un dimanche, cependant, après avoir entendu son curé exposer la situation du Saint-Père, il se rendit au presbytère et déclara qu'il était maintenant prêt à faire le sacrifice de son unique fils.
Le 19 du courant, le jeune homme fit lui-même une collecte dans l'église, pendant l'oflice divin, collecte qui, avec les autres dons de la journée, s'éleva a §80.
Le départ eut lieu le 24 du courant. On s'efforça de lui donner autant de solennité que possible. Tous les jeunes gens de la paroisse se réunirent au village, vers les 9 heures du matin, au nombre de cinquante. Ils se rendirent ensuite processionnellement à la demeure de leur jeune ami, à une lieue environ de l'église. Un magnifique drapeau papal fait par les dames de la Baie, flottait en tête. Tous les parents se trouvaient réunis. Avant de se dire adieu, une première adresse fut présentée au nouveau zouave. A deux heures, on se mit en route pour St. Grégoire, et plusieurs voitures de Nicolet se réunirent à celles de La Baie. Arrivés à la station de St. Grégoire, un grand nombre de personnes vinrent nous rejoindre. Plus de 100 personnes se trouvèrent présentes. A quatre heures, le Dr. Lahaie, comme ami du jeune zouave et au nom des jeunes gens, présenta l'adresse suivante :
Les amis qui vous ont accompagné jusqu'à cette gare, pensent qu'il est de leur devoir et ne veulent pas se priver de la légitime satisfaction de vous exprimer avant votre départ l'estime et l'intérêt tout particulier qu'ils ont pour vous. Je crois être l'interprète de tous en disant que nous sommes sous l'influence de deux sentiments bien différents, sentiment de regret et sentiment de satisfaction ; de regret, parcequ'il est toujours pénible de voir sortir de nos rangs un de ceu.x qu'une démonstration comme celle d'aujourd'hui n'est qu'un faible écho de la haute considération que nous lui portons; sentiment de satisfaction, parce que nous sommes certains que le représentant de la paroisse de La Baie ne le cédera en rien à tous les braves et généreux défenseurs du Saint-Siège, parceque surtout nous avons la certitude que la cause que vous embrassez est la plus juste et la plus sainte de toutes les causes.
i Placés entre ces deux sentiments nous vous disons, cependant, partez, oui, partez, puisque voire générosité et votre dévouement vous le conseillent. Nos meilleurs souhaits vous accompagneront partout et s'il plail à Dieu de les réaliser, vous sortirez sain el sauf des dangers qui
vous attendent et vous reviendrez au milieu de votre famille et de vos amis combler le vide que fait votre départ.
Signatures : — P. B. Lalime, médecin, William Smith, médecin, Louis Blondin, cl. notaire, A. Bellecourt et un nombre d'autres.
Réponse à l'adresse des jeunes gens de Si. Anloine de La Baie.
Chers amis et chers co-paroissiens,
Ce n'est pas sans éprouver de vives émotions que je vois l'intérêt et l'estime que vous me portez. Les démonstrations de ce jour me prouvent combien votre foi est vive, puisqu'elle vous fait voir dans mon humble personne le défenseur de la plus juste et de la plus sainte des causes.
Comme moi,à l'appel paternel de l'inlmortel Pie IX, vous avez, chacun de vous, senti votre cœur battre plus vite qu'à l'ordinaire et vous'avez dit : Que no puis-je voler au secours d'un aussi bon père. Sans des circonstances incontrôlables, au lieu d'un seul zouave. St. Antoine de La Baie en compterait huit. Si, malgré mon indignité. Dieu m'accorde la palme 4ii martyre, j'ai l'intime conviction qu'un de vous viendra prendre ma place. En partant, je vous demande le secours de vos prières, afin de pouvoir vous représenter dignement dans la plus sainte des armées. Adieu donc, cher père, qui n'avez pas reculé devant le sacrifice que la religion vous demandait ; adieu, chers amis ; toujours je me souviendrai de vous; adieu, chers co-paroissiens, qui avez fait avec bonheur les sacrifices nécessaires pour donner un défenseur au Saint-Siège. Adieu, la séparation est toujours pénible, mais je pars avec joie puisque Dieu le veut.
Moïse Gouin, Z. P.
Après la réponse du jeune zouave des hourrahs enthousiastes s'échappèrent de toutes les poitrines pour le Pape et pour la famille Gouin. M. 0. de Chatillon, l'éminenl artiste attaché au séminaire de Nicolet, improvisa ensuite une chanson de circonstance qui électrisa toute la multitude. On attendit à St. Grégoire le départ des chars qui ne se fit qu'a six heures, puis la foule se dispersa faisant des vœux smcères pour la cause du Pape et l'heureux voyage du jeune et courageux zouave canadien.
Honneur au diocèse des Trois-Rivières, à la paroisse et à l'heureuse famille qui donne aujourd'hui un nouveau défenseur à l'église !