LA RETRAITE DES ZOUAŸES
Dimanche et lunäi, 16 et 17 février, eurent lieu à l’église du Gésù, annexée au collége Ste. Marie, les exercices du triduum que les RR. PP. Jésuites avaient bien voulu faire coïncider avec la présence des Zouaves à Montréal. Le R. P. Schneider, outre les exercices publics en commun avec les autres fidèles, leur donna, dans la chapelle intérieure du collége, des instructions appropriées à la circonstance et capables d’inculquer plus fortement encore, dans les cœurs detous ces braves jeunes gens, les idées de dévouement, de courage et d'abnégation, dont leur conduite était déjà une si généreuse manifestation. Ces exercices se terminèrent le mardi matin, 18, à huit heures, par une messe à laquelle tous les Zouaves présents, en costume, au nombre de 120 environ, reçurent la communion des mains de Mgr. de Montréal.
L'infatigable prélat, préludant à la démonstration qui devait couronner la journée. dans une pieuse, mais chaleureuse exhortation, fit briller à leur yeux la croix, ce symbole de force et de victoire, mais aussi de sacrifice et de dévouement, comme le puissant levier sur lequel désormais devaient s'appuyer chacun de leurs pas.
Pendant la messe les élèves, mariant leurs voix au son de l'orgue et alternant avec les fanfares de leur musique militaire, avaient tenu en éveil les échos de la vaste et belle église. Au moment de la communion, ils s’unirent aux Zouaves dans un silence solennel. Une belle | tenue, ajoutait le Nouveau Monde, un recueillement plein d’aisance et de naturel, donnait à ce grave préliminaire d’une démarche si solennelle elle-même, un air de grandeur et de simplicité tout à la fois, qu’il est plus facile de comprendre que d'expliquer. Les spectateurs eux-mêmes se sont trouvés visiblement émus, en voyant de grosses larmes dans les yeux et sur les mâles figures de plusieurs de nos guerriers se relevant de la table sainte.
Après la communion, les agapes: un peiit banquet attendaitnos Zouaves dans une ds salles du Collége. C'est là surtout, au milieu des épanchements d’une franche
aiété, au moment où le ciel semblait encore rayonner ns leurs yeux et animer leurs nobles traits, que le Comité, en fraternisant avec eux, à pu juger de la trempe
de caractère, de l’esprit de foi, de la gravité et du dévouement sans arrière-pensée des hommes qu'il a choisis, et de l’'admirable entrain avec lequel ils partent. C'était un beau spectacle. *
Quelques adresses furent présentées, parmi lesquelles, la plus substantielle, est celle qui conclut par une offrande de $100, fruit de souscriptions faites parmi les élèves du Collége, en faveur du Comité. La parole est à M. Grondin, élève de philosophie :
Monseigneur,
Si l'âge, si nos parents, si la volonté de Dieu l’eût permis, plus d'un arm nous, et j'en sais quelque chose, compterait en ce moment dans es rangs et sous le noble uniforme des Zouaves.
N'ayant point eu la liberté de payer de nos personnes, nous avons
vouiu, du moins, payer de nos bourses.
C'est, Monseigneur, notre premier contingent, il n'y a que $100; mais ce ne sera pas le dernier.
Outre ce que nous nous proposons de faire encore par nous mêmes, nous comptons surtout, prochainement, sur une soirée publique que nous avons organisée pour mardi prochain, et à laquelle, Monseigneur, votre présence donnerait certainement son plus beau, comme son plus utile relief,
Si donc nos Zouaves, dans leur ardeur belliqueuse, ne vont pas tro vite en besogne, nous nous proposons de les dévancer à Rome, et ik de leur donner par l'entremise du Comité, une dernière poignée de mains.
J. GRonDix,
L'un des Zouaves se lève alors : c'est M. Ed. Hurtubise, que le désir de servir la cause du Pape vient d’arracher aux bancs du collége ; il profite de la circonstance pour faire à ous ses amis des adieux tout à la fois simples et solen: nels :
Monseigneur,
On dit que le militaire a la parcle brève; il aime mieux agir que arler.
. A ce compte, il me semble, je dois l'avouer, que je commence à me sentir un peu militaire.
Qu'il me soit donc permis, sur le point de dire adieu à mes parents, à mes amis, de dire simplement aussi adieu à des condisciples chéris, à des maîtres bienveillants, et à celui, Monseigneur, qui a bien voulu si souvent, m'accueillir sous son propre toit.
Ce que vous avez fait pour nous, Monseigneur. car je partage ici ce sentiment avec mes com ons d'armes, nous tâcherons dé le rendre à Dieu sur le champ de ille,
Puis, M. Alph. Bellemare, aussi élève de philosophie, lit, au milieu d’un silence plus d’une fois interrompu par des applaudissements, une pièce où des faits réels se cachent sous de fines et poétiques allusions: