‹ Le Canada et les zouaves pontificaux [microforme]Chapitre 37 sur 82 · EXPANSION PACIFIQUE DE LA VIE SOCIALE CHRÉTIENNE, VRAIE CIVILISATION · texte numérisé non relu

EXPANSION PACIFIQUE DE LA VIE SOCIALE CHRÉTIENNE, VRAIE CIVILISATION

Pendant que l'Eglise défendait par la valeur de ses enfants l’héritage du Christ et refoûlait, d'une main, la barbarie musulmane vers l'Afrique et l’Asie ; de l’autre, elle cultivait avec soin son héritage. Par sa douceur et sa charité, elle avait déjà su calmer peu à peu l'ardeur

guerrière de ses terribles enfants, elle avait su infiltrer doucement, mais sûrement dans leurs usages et leurs mœurs ces principes de justice et d'équité qui procurent la paix et la tranquillité aux populations tidèles à les observer. Cette transformation iemanda sans doute de bien longues années, et ne put s'accomplir sans que l'Eglise ne reçut de temps à autre de cruelles blessures ; la fougue de cette barbarie ne laissait pas de faire çà et là de violentes explosions. Cependant le courant catholique refoulant peu à peu, mais constamment, le courant de la barbarie, a fini par l’emporter complètement, et par doter l’Europe de cette civilisation chrétienne, qui lui donne une si grande supériorité sur toutes les nations qui n’ont point ressenti le souffle viviliant du christianisme. Ces nations barbares d'alors sont devenues, vous le savez, les peuples qui marchent aujourd'hui à la tête de l'humanité ; faut-il nommer les Français, les Anglais, les Allemands, les Espagnols, etc., etc.

Ce grand fait de la conversion des peuples barbares et de leur civilisation graduelle, par les soins et la direction de l'Eglise catholique, est, sans contredit, l'un des plus étonnants de l'histoire du genre humain et l’une des preuves les plus frappautes de la divinité de sa mission. C5 hommes farouches, sortis des immenses forêts du Nord et de l'Est ue l'Europe, n'avaient connu d’autres üroits que celui de la force, d'autre législation que celle de leur épée. C'était leur unique code. Ils le portaient à leur ceinture et il était là toujours prêt à trancher les diflicaltés qui pouvaient s'élever entre eux et leurs voisins. Quel contraste avec la France de St. Louis et de St. Vincent de Paul ! A ceux qui auraient quelques doutes sur la cause véritable de cette etonnante transformation, et qui seraient tentés de croire qu'elle n’est pas absolument due à l'influence des doctrines sociales de l'Eglise et à l’action paternelle de* la Papauté, nous demanderons seulement de nous dire et de nous expliquer pourquoi, en dehors de cette action salutaire des Papes sur les peuples et les souverains, et de cette influence vitale des principes catholiques sur la société, pourquoi toutes les autres nations sont demeurées dans les ténèbres et assises à l'ombre de la mort, suivant l'expression du prophète ?

Oui, répétons-le bien haut, toutes ces nations barbares auxquelles Dieu avait donné en héritage les débris du colosse romain, avaient grandi sous le regard et la direction paternelle des Papes, et toute l'Europe, devenue chrétienne, présentait le spectacle d’une grande famille que l’on appelait. si bien la république chrétienne. Les guerres entre ces nations avaient perdu leur caractère de férocité et de barba-rie; leurs différends n’étuient plus guère que des querelles de famille, tantôt pour une limite de territoire, tantôt pour une dispute de dynastie. Presque toujours, l'intervention paternelle du Pape, en précisant les droits légitimes de chacun, finissait par ramener la paix et raffermir de plus en plus le règne de la justice. Et, ajoutons à la gloire de l’action civilisatrice de l'Eglise, pendant que les nobles chevaliers, ce beau type du soldat chrétien, pendant que les valeureux croisés soutenaient, l'épée à la main, le combat du Seigneur, l'Eglise avait organisé une armée d’un autre genre pour combattre un autre ennemi. Sur les différents points de l’Europe et au sein même des plus sombres forêts, on vit surgir les institutions monastiques, si lâchement calomniées au siècle dernier par l'ignorance et la mauvaise foi; mais si noblement vengées de nos jours par l’illustre auteur des Moines d'Occident. Cette milice d’un nouveau genre üvait pour mission de lutter contre l’igno-

rance et les difficultés d'un double défrichement, le défrichement des terres et le défrichement des âmes. C'était au milieu de ces soldats du travail, de la vertu et de la science, c'était dans les monastères, dans ces asiles bénis, que l’on distribuait gratuitement aux indigents le pain matériel, aux ignorants le pain de la science, à tous, le pain qui nourrit l'âme et fortilie le cœur.

Ce fut encore dans ces temps que l’on affecte parfois de méconnaitre et de couvrir de mépris, que l’on vit s'élever comme par enchantement ces monuments impérissables de l'architecture chrétienne, ces magnifiques cathédrales du moyen-âge qu’on ne peut encore se lasser d'admirer. La littérature, l'éloquence, la philosophie, la théologie = mnt des hommes dont quelques-uns s'appellent St. Bernard,

t. Thomas d'Aquin, St. Bonaventure, le Dante, et qui apparaissent encore aujourd’hui dans le champ où ils travaillèrent, comme les grands pins au milieu des forêts; la Providence semble les avoir placés là comme d’imposantes colonnes qui indiquent ia route au voyageur.

C’est ainsi que l'Eglise catholique, toujours et partout semblable à une armée rangée en bataille, remportait partout la victoire. La lutte cinq ou six fois séculaire qu'elle eût à soutenir contre la Turc et les disciples de Mohomet, pour détendre son héritage, ne fit qu'en établir les titres avec plus d’évidence, et pendant ce temps Dieu semblait se plaire à la faire fructifier d’une manière merveilleuse.

Au moment donc où Satan encore vaincu dut renoncer à son noir projet de ravir par la force l'héritage du Christ, l'Eglise, par ses victoires et ses bienfaits, était devenue semblable à un grand arbre qui é‘endait sur toute l'Europe ses rameaux vigoureux chargés de fruits. Toutes les nations y cueillaient avec bonheur les délicieux fruits de la paix et de la justice. Mais l’ennemi du genre humain ne sait jamais rester dans l’inaction après la défaite. Dévoré par l’envie et la vengeance, il voulut donc tenter de nouveau les chances d'une autre bataille, comme nous allons l’exposer.

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