QUATRIÈME LUTTE, LE PROTESTANTISME
Le Sauveur avait promis à son Eglise l'assistance spéciale du Saint- Esprit, il avait laissé à ses pasteurs l'assurance que cet Esprit de lumière leur enseignerait toute vérité : El docebil vos omnem verilalem ; que cet Esprit de force les soutiendrait et les rendrait capables de lui rendre témoignage jusqu'aux extrémités de la terre. Sed accipielis virlulem supervenientis Spirilus Sancli in vos, erilis mihi lesles …… usque ad ullimum lerræ. C'est la vérité que les Apôtres consignaient avec soin dans le symbole par ces paroles :
Je crois au Saint-Esprit, la sainte Eglise catholique.!
Au chef de cette Eglise sainte avait été accordé un privilége admirable, celui de ne point errer dans la foi. Une prière spéciale du Sauveur à son Père lui assurait cette faveur: Ego pro Le rogavi, ul non ial fides tua {Luc ??, 32.) avait dit Jésus-Christ. « J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne defaille point.» Le divin fondateur du christianisme
avait également conféré au chef visible de son Eglise un pouvoir souverain : Et libi dabo claves regni cælerum elc., (Math 16, 19.) «Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre, sera aussi délié dans les cieux.» Qui dit tout n'excepte rien.
Dans ce royaume de Dieu sur la terre tout est soumis à ce pouvoir sans limite: grands et petits, savants et ignorants, rois et peuples, pasteurs et troupeaux, tous, sahs exception, doivent obéir à ce pouvoir unique dans le monde, sous peine d’être mis hors de la société de l’homme avec Dieu : Dic Ecclesiæ, si aulem Ecclesiam non audieril, sit libi sicut elhnicus et publicanus. (Math 18, 17.) “Dites-le, à l'Eglise, et s’il n'écoute pas l'Eglise, qu'il soit pour vous, comme un païen et un publicain.» Tel est le tribunal en dernier ressort qui décidera finalement et infailliblement de toutes les difficultés qui peuvent surgir dans ie royaume du Christ.
Voilà aussi ce que les chrétiens avaient toujours cru, touchant l’autorité doctrinale et juridictionnelle de l'Eglise ; voilà ce qu'ils avaient pratiqué, quant au respect #t à la soumission qu'ils lui doivent, conformément à ces paroles du Sauveur: Qui vos audil, me audit ; qui vos spernil, me spernil. « Qui vous écoute, m'écoute ; qui vous méprise, me méprise. »
’est cette foi inébranlable aux décisions dogmatiques et ce respect pour les ordonnances de l'Eglise; c'est cette soumission pleine et entière à ses pasteurs et surtout au Pasteur suprême, le Pontife Romain, qui avait fait la force du catholicisme. C’est par l’union intime de tous ces membres entre eux et avec leur chef, qu’il avait pu sortir victorieux des luttes terribles sur lesquelles nous venons de jeier un coup-d'œil rapide, et accomplir la transformation admirable que nous venons de constater chez les nations qu'il s'était incorporées.
Satan le comprenait; et il était désormais convaincu de l’impuissance des attaques ou des pressions extérieures, pour renverser le royaume du Christ et s'emparer de l'héritage qui lui était échu. Donc, briser ce‘te puissante organisation, renverser ce tribunal, paralyser l'exercice de cette autorité salutaire, parut, à l’ancien serpent, le moyen infaillible de diviser d’abord et de ruiner ensuite l'Eglise ; il savait depuis longtemps que tout royaume divisé contre lui-même ne peut subsister. Voilà le projet de l’enfer, après la défaite du mahométisme, c’est-à-dire, anéantir l'autorité de l'Eglise.
Mais pour en venir à l'exécution, il fallait entrer dans le royaume et trouver des instruments dociles. Dans un couvent d'Allemagne vivait un moine en qui Satan trouva une âme dévorée d'envie; cette âme ne pouvait manquer de céder facilement à l'esprit de révolte. Luther, personne n’ignore son nom, se lève donc en face de l'Eglise, et pose audacieusemnent, comme des vérités acquises, ces trois grandes négations que Satan lui suggère: 1o. négation de l'autorité doctrinaie de l'Eglise; 20. négation de son autorité juridictionnelle et souveraine ; 30. négation de son universalité ou de sa catholicité. (était nier directement les articles du symbole que nous venons de c ‘er; c'était Âier du même coup l’assistance sphetale de l'Esprit Sain , qui préside à toutes les délibérations et décisions de l'Eglise, et l'Eglise elle-même, qui ne devenait plus qu’un mot et un mot vide de sens : Car qu'est-ce qu'une société qui n’a plus ni pouvoir législatif, ni pouvoir judiciaire, ni pouvoir exécutif. Methodius et Photius n'avaient été que de timides ergoteurs, Luther se fera démolisseur ; il tentera de saper r’Eglise par
la base. Niant donc à l'Eglise sa divine autorité, il s’en arroge effrontément les droits. Puis, se prenant à dogmatiser, il érige en principe indubitable la doctrine du libre examen et la libre interprétation des Ecritures, par le jugement privé de cheque individu ; c’est là, personne ne l’ignore, le principe fondamental et l'essence même du protestantisme. La triple négation luthérienne, qui précéda pour la forme, n'était au fond que l’une des innombrables conséquences qui découlent du principe faux de la souveraineté du jugement privé, source féconde de toute espèce d'erreurs.
Hevuri VIlI,en Angleterre, et Calvin, en France, donnèrent main-forte au moine révolié d'Allemagne. Le terrain du libre examen devint naturellement le rendez-vous de ces esprits impatients du joug. L'Evangile devait cesser pour eux d'être sans accommodement ; toutes les aspirations pouvaient y chercher désormais la possibilité d'être satisfaites ; chacun serait son juge et devait avoir pour soi, avec la liberté du jugement privé, la liberte de morale ou la liberté de mœurs. Quitte à ces bons apôtres à s'anathématiser mutuellement, pourvu qu'on fût d'accord à faire rigoureusement la guerre au Pape.
Voilà les trois porte-tendards de l'erreur, auxquels l'ancien serpent voulait confier les rôles les plus importants, dans la nouvelle lutte qu'il entreprit contre l'Église, après la défaite 4u mahométisme.
L'appel aux passions qui flatient le plus insidieusement, qui remuent le plus puissamment le cœur humain, fut le grand levier dont ils se servirent pour surprendre et soulever les populations. Aux savants orgueilleux, on donnait {a liberté de iout penser el de tout dire, sans contrôle aucun. Ils étaient établis juges en dernier ressort du vrai et du ‘aux. Aux puissants, on présentait les riches découilles des ordres religieux, on aceordait la liberté de tout faire, en Les constituant juges en ler ressort du juste et de l'injuste, Enlin à tous, on concédait Le droit de la libre morale, chacun jugeant pour soi de la règle des
bataille virent bientôt périr des milliers de chrétiens. Le grand arbre du catholicisme, alors si magnifique de vigueur, parut tout-à-coup ité comme par une violente tempête; et si son tronc profondément enraciné dans le sol, que le sang des martyrs avait arrosé, tint bon contre tous les efforts de l’orage, l'on n’en vit pas moins de nombreux rameaux se rompre et se détacher. Des nations entières furert arrachées du giron de l'Eglise: l’Angleterre, jadis l’Isle des Saints, l’Allemagne avec la moitié de sa Ropnsion, emportées par les violences de l’orgueil ou les fureurs d’un libertinage eff*éné, roulèrent ‘toutes meurtries dans les abimes du schismeet de l’hérésie. La France, cette noble fille ainée de l’Eglise, grâce à une protection toute spéciale de la divine Providence, résista avec plus d'avantages ; D et l'audace de Calvin y furent comparativement sans effet. L'Espagne, la Sicile, l'Italie, l'Autriche, etc., etc., échappèrent à la contagion des fausses doctrines.
Lg leur législation à cülière étaient en harmonie avec les lois de eu, dont la garde et l’inte, préiation étaient confiées à l’épiscopat et
Les hardis réformateurs, en posant le principe du libre examen et de la libre LD TE Pl cute De ce réserver venent le bénéfice, à eux, vis-évis de leurs “ donner à eux-mèmes la mission divine
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saturres, pour parier, de le sève
soldat blessé de la Mar LE Espagne, et une vierge obscure du Milanais. Au libertinage et à la dissolution si ignoblement autorisés par” les paroles et les exemples des réformateurs, Dieu opposa l'exemple et les enseignements si purs des filles d’Angèle de Mérici, les Ursulines ; elles seront les gardiennes et les guides, les secondes mères de la plus délicate portion du troupeau de Jésus-Christ. L'orgueil et la révolte viendront se heurter contre l’humilité, le dévouement et l’obéissance des enfants d‘Ignace de Lovola. Ce sont ces humbles croisés qui sont chargés par la divine Providence de résister aux efforts et à la fureur de l'hérésie, de mettre un terme à ses envahissements et de dédommager l'Eglise des pertes qu’elle vient de faire.
Aussi, perdant que d’un côté les premiers soldats de l’illustre compagnie de Jésus opposaient, par leurs vertus, leur science profonde et leur zèle, une digue que la réforme ne put jamais franchir, de l’autre ils reculuient les limites du royaume de Jésus-Christ jusqu'aux extrémités du monde, depuis les Isles du Japon, à l'Orient, jusqu'aux rivages du Pacifique, à l'Occident, faisant entrer dans le sein de l'Eglise de nombreuses nations qui venaient ainsi remplacer celles qu'on avait vues en sortir. En mème temps, l'Eglise voyait croitre sans inquiétude à l'ombre des monastères de Ste. Ursule les fleurs des plus belles vertus ; la famille fut régénérée dans sa source, et ia chrétienté fut sauvée. Le saint Concile de Trente surtout, dans le domaine des
esclavage, il lui refusa la puissance de délier, le pouvoir de la rémission des péchés. us Sn
Nous sommes présentement arrivés à: la grande lutte contemporaine. Nos pères en ont vu le début, peut-être en verrons-nous le dénouement. La révolution s’avance, et la lutte tend à se faire désormais sur le terrain social; c’est là aussi que l’eafer veut montrer sa haine de Dieu, comme nous l'allons voir dans la seconde partie de ce discours.