LE CANA.'A ET LES
« À ce cri de douleur, le monde s’est déjà ému ; car il se fait, dans divers pays catholiques, un heureux mouvement pour enrôler de nouveaux soldats sous l’étendard Pontifical, et faire de généreuses souscriptions, afin de faire les frais d'équipement, de voyage et d'entretien, qui ne pourraient être supportés par le trésor pontifical. Ce sont des villes et des campagnes, des diocess :, des paroisses, des communes et des familles, qui se mettent ainsi à contribution; pour envoyer de nouveaux renforts à l’armée du Saint-Père. Ce sont de riches particuliers enfin, qui veulent avoir le mérite et la gloire d’avoir des soldats à leur solde, dans cette armée du Seigneur. L’enthousiasme, au service du Pontife Roi, est tel que le soldat en recevant quelque blessure s’écrie: Comme mon père et ma mère Seront contents quand ils sauront que j'ai été blessé pour le Pape ! et que la mère qui apprend que son mari 2 été tué, dit à un jeune enfant qui est l’espoir de sa famille : Toi aussi tu seras soldat du Pape.
« Ce beau mouvement se fait aussi sentir dans cet heureux pays. Déjà, à plusieurs reprises de jeunes Canadiens se sont enrûlés dans les Zouaves Pontificaux. A l’heure qu'il est, il en est deux qui montrent les glorieuses blessures dont ils sont couverts et qu’ils ont reçues en repoussant victorieusement les ennemis qui cherchaient à s’emparer de la ville sainte.
« Beaucoup d’autres brûlent d’ardeur de partager la gloire de leurs jeunes compatriotes, et viennent de l'avant, pour essayer à former un bataillon de zouaves canadiens.
ls cherchent à s'organiser afin de mettre à exécution leur noble projet, et ils croient trouver de l'écho chez leurs compatriotes. L’on parle de ce projet dans les villes et les campagnes, et il sourit à beaucoup de jeunes gens qui sont impatients de pouvoir l’exécuter.
« Des souscriptions ont été faites spontanément par des enfarts de l’un ou de l’autre sexe, dans les colléges et les couvents, et ces tendres enfants ont l'air de recevoir, les premiers, le souffle d’en haut, pour donner l'élan à leurs parents et à leurs concitoyens; car c’est de la bouche des enfants que sort la louange parfaite. L'argent toutefois paraît être la grande difficulté, et l’on fait des calculs pour s'assurer que ce n’en est pas ung sérieuse. Ainsi, par exemple, que les quatre cent mille catholiques environ qui sont dans ce diocèse donnent chacun trente sols par an, on aura, annuellement, $100,000 ; car on suppose qu’il y a un assez grand nombre de riches pour suppléer
à ce qui pourrait manquer du côté des nage On présume que chaque paroisse pourrait aisément fournir un soldat au Pape. Les villes en donneraient davantage. Il est à croire, selon eux, qu’une organisation de comités pourrait facilement s’opérer dans les villes et à la campagne. Ils prétendent qu’une telle expédition aurait un excellent effet, même pour notre armée coloniale, parce ue ceux qui reviendraient dans leur patrie, chargés de auriers, aimeraient à continuer leur carrière militaire, et que le prestige attaché à leur nom ne manquerait pas de dogner un heureux élan à l’armée canadienne quand il s'agira de l’orgruiser.
« Quoiqu'il en suit, N.T. C. F., nous demeurons étraner à ce mouvement laïque ; mais, Nous vous l’avouerons, Nons le bénissons de tout notre cœur et nous lui souhaitons un plein succès. Car, Nous le considérons comme une gloire pour notre religieux pays, et comme une bénédiction pour ses habitants. Nous pensons qu’en effet, un bataillon de zouaves canadiens prouverait au monde entier que l’extrême occident se joint à toutes les autres parties du monde, pour épouser la cause sacrée à laquelle se dévouent aujourd’hui tant de cœurs généreux, et montrer que le nom de l’immortel Pie IX est grand et béni dans les froides contrées du nord. Ce bataillon, en combattant pour le grand principe sur lequel seul peuvent reposer solidement les sociétés humaines donnerait un admirable exemple de dévouement pour la cause catholique, et chacun lui consacrerait, avec une nouvelle ardeur, sa plume, sa parole, et surtout son cœur. Mais tout le monde comprend que pour cela, il faudrait que les hommes qui se dévoueraient pour l'Eglise et pour son auguste Chef, fussent des hommes de foi, de principes et de pr car autrement, ils ne pourraient que faire tort à cette cause sacrée, et faire honte au pays qui les aurait députés. Mais encore une fois, Nous laissons à ceux qui ont conçu ce projet la noble tâche de l’exécuter. Pour Nous, Nous allons faire ce que nous demande notre Saint-Père le Pape.» L'appel faitau mondecatholique par le Souverain Pontife, la peinture de ses souffrances, le tableau de ses craintes et des dangers auxquels étaient exposée la Ville Eternelle, furent comme un chocélectrique sur la population catholique du diocèse de Montréal. Elle répondit immédiatement par de nombreuses offres de service et de généreuses souscriptions. De toutes parts on s’agita; les villes ei les campagnes s'unirent dans une même pensée de dévouement.
Presqu’en même temps, les autres Evêques du Bas- Canada parlèrei t aussi à leurs ouailites ; l'enthousiasme gagna de proche en proche ; il se repandit de paroisse en paroisse, et bientôt il n’y eut plus dans le Bas-Canada qu’un cri, une aspiration, un désir, celui d’aller combattre pour le St. Père, ou d’aider ceux qui voulaient bien s'imposer cette glorieuse tâche.