CHAPITRE III
L'industrie du bois et les chantiers.
Le centenaire de la fondation d’Ottawa.
Nous célébrons, cette année, le centenaire de la fondation d’Ottawa.
11 y a juste un siècle que le Gouvernement britannique, au sortir de la guerre avec les Etats-Unis, effrayé des dangers que courait la flotte canadienne en passant sur le St-Laurent pour remonter aux Grands Lacs, sous le feu de batteries américaines établies sur la rive Sud, se décida à rendre praticable la route de l’Ottawa par le moyen d’un canal qui l’unirait au lac Ontario.
Trois expéditions furent donc organisées : l’une, à l’Ouest, aboutissant à l’embouchure de la rivière Madawaska ; l’autre, à l’Est, prenant pour terminus le lac de l’Orignal ; la troisième, au Centre, utilisant le cours et les lacs du Rideau. Le plan et le rapport de cette dernière gagnèrent les suffrages du général Wellington, alors premier ministre à Londres ; la construction du canal fut résolue, et la direction des travaux fut confiée au major By, des Ingénieurs royaux (1826).
Les travaux commencèrent incontinent et furent menés avec tant de célérité que, dès 1832, le canal était terminé.
Telle fut l’origine de la pauvre bourgade qui, du nom de son fondateur, fut appelée Bytown.
Qui eût pensé alors que, sur l’emplacement des cabanes misérables servant d’abri aux milliers de terrassiers écossais et irlandais, s’élèverait un jour la gracieuse capitale dont nous sommes, à bon droit, orgueilleux?
Nous avons visité de grandes métropoles : Londres, Paris, Rome, Washington, et nous n’avons pas la sotte prétention de comparer Ottawa à ces cités fameuses, aux palais chargés d’ans et de gloire, aux rues encombrées par les foules, aux magasins ruisselants de lumière, aux maisons hautes comme des tours. Mais nous affirmons que, pour la beauté du panorama : montagnes bleues, triple cours d’eau, rues ombragées ; pour le nombre relatif des parcs et des boulevards, la longueur et la propreté des voies publiques, l’élégance coquette des résidences de briques rouges, entourées de verts gazons, aucune ville n’éclipse Ottawa. Dans cette cité merveilleuse, les plus pauvres ont leur cottage, petit mais net.
« Mon verre n’est pas grand, mais je bois dans mon verre. » C’est le paradis des familles fécondes et des innombrables enfants.
Les palais, d’ailleurs, ne manquent pas ; et les divers ministères, le parlement, les musées, chefs-d’œuvre du gothique flamboyant, aux pierres multicolores, aux flèches aiguës, ne redoutent point la comparaison avec le palais de Westminster.
Nous écrivîmes, il y a vingt-cinq ans, en deux gros volumes, l’Histoire de la Vallée de l’Ottawa. Naguère, encore, nous résumâmes, en un article publié par L’Echo, l’histoire religieuse de notre cité. Il serait donc peu discret de répéter ici, pour la troisième fois, ce que nous avons raconté.
Alais nous pensons que des récits oubliés : la vie, par exemple, des hommes de chantiers qui firent autrefois la fortune du vieux Bytown, intéresseraient nos bienveillants lecteurs.
L’industrie du bois et les Chantiers \
Chacun sait que le bois de construction se fait de plus en plus rare sur notre planète et menace de disparaître à bref délai. Les seules forêts considérables qui nous restent pour l’approvisionnement de l’humanité se trouvent en Norvège, en Suède, en Russie d’Europe et d’Asie, aux Etats- Unis et au Canada. Le Canada passa longtemps pour la suprême et inépuisable réserve des industries forestières, à cause de l’étendue de son territoire, mais il a fallu déchanter. On s’est aperçu que la rigueur du climat et la pauvreté du sol ralentissent la croissance des essences et ne permettent point de réparer comme il conviendrait les pertes que le feu,
L Sources consultées : Élisée Reclus, Joseph Tassé, Benjamin Suite.