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CHAPITRE III. — L’INDUSTRIE DU BOIS ET LES CHANTIERS

pas les fûts au-dessous d’un diamètre déterminé, ordinairement onze à douze pouces à la souche.

Ces Compagnies elles-mêmes, dont le bail est long, n’ont aucun intérêt à raser les forêts. Ce serait manger leur blé en herbe. Elles préfèrent les entretenir et régulariser leurs coupes.

Personne parmi nous n’ignore que nos essences se divisent en bois durs ou francs et en bois mous. Par bois durs on entend les» arbres à feuilles caduques, et par bois mous les conifères à feuillage persistant. Les bois durs sont nombreux : merisiers, bouleaux, érables, ormes, frênes, chênes, hêtres, noyers, etc. Mais les trois premiers seuls, à cause de leur abondance, ont une grande valeur commerciale.

Parmi les bois mous il convient de citer, selon leur rang d’importance, les pins, les sapinettes ou épinettes, puis l’épicéa, le cèdre, le mélèze, le sapin beaumier, le cyprès, etc.

Il convient de clore cette fastidieuse nomenclature par une observation. Comme les conifères ne repoussent pas sur la souche, on observe que le bois dit de seconde pousse, qui naît dans les brûlés, se compose principalement de cyprès, de trembles et de bouleaux blancs.

Nous venons de parler de bois durs et de bois mous. Le bois dur, quels que soient sa valeur intrinsèque et son emploi dans le pays, n’a jamais été considéré, parmi nous, comme un véritable article d’exportation. Quelle est la raison de cette apparente anomalie ? On doit la chercher dans le manque de moyens de transports. Nos forêts étaient autrefois inaccessibles aux chariots ; elles le sont encore dans maintes régions où les routes n’existent pas. L’unique moyen d’en retirer les billots consistait dans le flottage sur les rivières dont les montagnes étaient sillonnées. Or, le bois dur ne flotte pour ainsi dire pas, ou du moins ne tarde pas à couler à pic, tandis que le bois mou demeure indéfiniment à la surface et peut se faire conduire économiquement aux scieries qui le débitent.

De bonne heure à l’automne, aussitôt les récoltes rentrées, nos jeunes campagnards quittent leurs fermes et partent en bandes joyeuses pour les chantiers. Ils y sont bien nourris et reçoivent un salaire qui varie, selon l’année, de trente à soixante piastres par mois, appoint sur lequel parfois compte leur père pour équilibrer son maigre budget.

Leur engagement à peine signé, la Compagnie pour laquelle ils vont travailler les expédie dans ses limites. Ils remontent péniblement les rivières dans de gros bateaux plats lourdement chargés de farine, de pois, de salaisons et de tous les effets nécessaires à 1’hivernement. Pour charmer les ennuis du voyage ils répètent les refrains traditionnels des voyageurs :

Voici l’hiver arrivé,

Les rivières sont gelées.

C’est le temps d’aller au bois Manger du lard et des pois.

Dans les chantiers nous hivernerons 1 Dans les chantiers nous hivernerons !

Rouli roulant, ma boule roulant,

En roulant, ma boule, roulant,

En roulant ma bouie.

Nous avons sauté le Long-Sault,

L’avons sauté tout d’un morceau !

Ah ! que l’hiver est longue !

Dans les chantiers nous hivernerons !

Dans les chantiers nous hivernerons !

Rouli, roulant, ma boule roulant,

Rouli, roulant, ma boule roulant,

En roulant ma boule.

Quand ça vient sur le printemps,

Chacun craint le mauvais temps ;

On est fatigué du pain.

Pour du lard on n’en a point.

Dans les chantiers, ah ! n’hivernons plus !

Dans les chantiers, ah ! n’hivernons plus !

Rouli roulant, ma boule roulant,

Rouli, roulant, ma boule roulant,

En roulant ma boule.

Parvenus au camp, les bûcherons sont divisés en plusieurs groupes. Les uns ouvrent à travers bois, jusqu’au prochain ruisseau, des chemins aplanis avec la neige ; les autres abattent les arbres et les scient en billes de longueur égale ; d’autres équarrissent à la grand’ hache les pièces de choix ; d’autres, enfin, traînent les billots sur les pistes jusqu’au bord de l’eau et en font des tas énormes.

A la fonte des neiges le ruisseau devient un torrent dans lequel s’effondre la masse accumulée. Les draveurs ( drivers ) accompagnent les bois flottants, repoussant dans le courant les pièces échouées, rompant à la dynamite les embarras, risquant leur vie pour mener à bon port, c’està-dire aux moulins , leur précieuse cargaison. Tout est gigantesque dans cette industrie : lacs immenses, grands fleuves, radeaux semblables à des îles, scieries débitant par jour plus de mille billots. Les moulins d’Ottawa passent pour les plus puissants du monde.

Hélas ! tout cela ne sera plus bientôt que chose du passé ! Les magnifiques pièces de bois carré qui couvraient, naguère, les grèves de Québec

Radeau sur le Saint-Laurent.

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