CHAPITRE III. — L’INDUSTRIE DU BOIS ET LES CHANTIERS
ont disparu depuis plus de trente ans ; les madriers de pin blanc, sans un seul nœud, sont devenus des raretés que les marchands se disputent ; les grands moulins se ferment les uns après les autres, victimes, parfois, d’un feu venu juste à point ; à leur place de petites scieries mobiles suivent les bûcherons au fond des bois.
Mais la Providence qui nous protège a voulu qu’à une industrie mourante une industrie nouvelle se substituât. C’est ainsi que, au moment où le bois de construction disparaissait dans nos forêts épuisées, le menu bois commença d’être exploité pour la pulpe. Désormais les épinettes de quatre pouces ne trouvent plus grâce aux yeux des industriels voraces. Des essences jadis méprisées sont recherchées. On fauche littéralement nos forêts qu’on prétend de nouveau inépuisables. Chaque année, le nombre et l’importance de nos pulperies grandissent, sans qu’on parvienne à satisfaire à la demande toujours croissante du marché. La valeur de la pâte à papier s’est élevée, en 1922, au chiffre fabuleux de quatre-vingt-cinq millions de piastres. Où s’arrêtera-t-on dans cette voie périlleuse?... Au complet épuisement de nos zones forestières?...
Faut-il nous en plaindre ? On ne sait trop. Pour qui a vu d’immenses régions ravagées par le feu au point que l’humus lui-même a disparu et que sur le roc décharné l’herbe même ne pousse plus, l’exploitation la plus intense de nos forêts n’est pas blâmable. Confions donc l’avenir aux soins intelligents de nos ingénieurs forestiers.
Revenons à nos chantiers.
On appelle camp (prononcez à l’anglaise) un ensemble de bâtiments où se trouvent rassemblées toutes les choses nécessaires à l’exploitation d’un canton déterminé. On y trouve donc un magasin, des écuries, diverses cabanes, et enfin le camp proprement dit : cuisine et dortoir des hommes du chantier. Ces constructions sont grossières mais solides, faites de rondins non écorcés, calfeutrées d’argile et de mousse, couvertes de madriers taillés en rigoles. A l’intérieur, le long de la muraille, régnent une ou deux rangées de couchettes ayant pour paillasse ou matelas des branches odorantes de sapin. C’est là que reposent dans leurs chaudes couvertes les bûcherons fatigués.
La nourriture est abondante et adaptée aux estomacs vigoureux de gens qui travaillent fort, en plein air.
Le boss ou chef du chantier est aidé, d’ordinaire, par le commis du magasin, et a pour factotum le cuisinier, le cook. La discipline est sévère, comme il convient dans un groupement de trente, cinquante hommes, ou plus, inconnus, de langues et religions diverses, qui doivent passer ensemble les longs mois de l’hiver. On n’y tolère ni querelles, ni boisson ; et la moindre infraction aux règlements est punie par l’expulsion.