LES MISSIONNAIRES
Nos bûcherons catholiques ne sont point délaissés dans leur exil. Ils reçoivent, chaque année, la visite d’un missionnaire qui les prépare à l’accomplissement de leur devoir pascal. Cette visite leur est doublement chère lorsque le prêtre est leur curé qui les connaît et leur apporte des nouvelles de leurs familles. Ils s’attendrissent alors, et les jeunes pleurent.
Le missionnaire arrive de bonne heure dans l’après-midi, ce qui lui permet de se rafraîchir ou plutôt de se réchauffer avant la rentrée des hommes. Vers cinq heures et demie, il prend seul son repas. A six heures, les hommes soupent dans la grande salle de la cuisine, puis se hâtent de nettoyer la vaisselle et de mettre tout en ordre ; après quoi le Père fait son apparition. Il commence par lier connaissance avec son public ; distribue ses cadeaux, chapelets, médailles, scapulaires, au gré de chacun ; récite le chapelet et la prière du soir et termine par un petit sermon qui roule le plus souvent sur l’examen de conscience et la confession.
Tout le monde se retire alors dans le dortoir, chacun à son lit ; et le prêtre assis sur un billot, enveloppé d’un rideau, entend les confessions, aveux monotones, douloureux, mais combien consolants. Ainsi se succèdent les longues heures de son saint ministère. Ce n’est guère qu’après minuit, dans le silence interrompu de ronflements sonores qu’il installe sur une table son autel portatif et va prendre quelques moments de repos.
A quatre heures, en effet, le réveil sonne, la messe se célèbre, la communion se donne à tous, le déjeuner se prend. Puis, l’âme et le corps restaurés, nos bûcherons serrent avec effusion la main du prêtre et reprennent hâtivement le chemin de l’ouvrage.
Le missionnaire est toujours bien accueilli dans les chantiers et généreusement rétribué. Les protestants eux-mêmes reconnaissent que sa visite ranime les courages et fortifie la discipline.
Le respect humain, dit-on, est inconnu au Canada. Peut-être serait-il plus exact d’affirmer qu’il existe un respect humain à rebours. Quoi qu’il en soit, le trait suivant prouve bien que, dans les chantiers, on rencontre parfois des trembleurs.
Ils étaient dans un camp une soixantaine de travailleurs, blonds et bruns, gras et maigres, parlant le français, l’anglais et des langues barbares. Ils se regardaient de travers et riaient rarement. Le soir, nos gens n’osaient pas dire leurs prières agenouillés au pied du lit ; ce n’est qu’à l’ombre propice de leur couchette et sous leur couverture qu’ils égrenaient leur chapelet.
Or, il advint qu’un beau jour le missionnaire parut.
Il fallut bien assister au sermon. Tout se passa tant bien que mal. On se confessa les yeux fermés, comme l’autruche, pour n’être point aperçu. Restait la grande épreuve de la messe. Au signal donné, tout le monde