CHAPITRE IV. — LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE D’OTTAWA
Un événement mémorable allait transformer, à cette époque, la face de notre pays.
La guerre de 1812, avec les Américains., avait grandement alarmé le gouvernement britannique qui s’était aperçu que ses flottes des Grands Lacs ne pouvaient correspondre avec Montréal et l’Océan qu’en passant sous les canons ennemis. Le duc de Wellington, alors ministre, donna donc l’ordre de creuser un canal qui unît, à travers les terres, la rivière Ottawa au lac Ontario \
On choisit pour tête du canal le site de nos Chaudières, et l’on chargea de la direction des travaux de construction un ingénieur de mérite, le major By. Il s’éleva alors sur les rives du nouveau canal un village assez misérable, à l’usage des ouvriers, qui prit le nom du chef de l’entreprise, Bytown. Les opérations commencèrent en 1827 et furent menées rondement, vu qu’on put utiliser et aménager la rivière Rideau et les lacs dont elle est le déversoir. Aussi bien l’œuvre fut-elle complétée en 1831.
Mais les milliers d’hommes qui avaient été employés depuis cinq ans à ces immenses travaux ne quittèrent point le pays. Ils s’établirent, au contraire, soit à Bytown même devenue petite ville, soit dans los cantons environnants.
Le Canada tout entier ne formait à cette époque qu’un immense diocèse. Ce fut la gloire de l’évêque de Québec, Mgr Plessis, de parvenir, sans offusquer le gouvernement britannique, à en opérer la division. Mais il dut procéder politiquement. Les évêques qu’il consacra : Mgr Mc Donnell, à Kingston, 1819 ; Mgr Lartigues, à Montréal, 1820 ; Mgr Provencher, au Nord-Ouest, également en 1820, n’administrèrent longtemps leurs nouveaux diocèses qu’en qualité de vicaires généraux de Québec. De fait, notre région passa sous la juridiction conjointe de Montréal et de Kingston.
Le pays était visité périodiquement par des prêtres missionnaires qui pourvoyaient tant bien que mal aux besoins spirituels d’une population pauvre et clairsemée. Citons quelques-uns de ces pionniers de nos missions :
En premier lieu, et hors de pair, le Père Alexander Mac Donnell, venu d’Ecosse en 1803, fondateur des paroisses de St-André et de St-Raphaël, gloire des colons de Glengarry et de Stormont, aumônier des Glengarry Fencers qui combattirent vaillamment, en 1812, contre les Américains, fondateur du diocèse de Kingston, mort en 1841. Ensuite, M. de la Mothe, prêtre français, aumônier des Mettrons, que nous trouvons en 1816 sur la rivière Rideau ; le Père Sweeney, à Richmond, en 1821 ; le Sulpicien Roupe, à Bonsecours (Montebello), en 1813 et les années suivantes ; le Père Paisley, premier curé résident de Bonsecours, 1828, qui signa, l’année suivante, le premier baptême enregistré à Bytown ; le Père Power, qui devait mourir évêque de Toronto.