LA PROVINCE ECCLÉSIASTIQUE D’OTTAWA
Le gouvernement britannique avait donné, à la fin du XVIII0 siècle et au commencement du XIXe, d’immenses terrains à titre gratuit, aux Loyalistes et aux soldats réformés du général Wellington, tous protestants. Depuis, des Irlandais catholiques et des Canadiens-français étaient survenus. Mais, pauvres et dispersés, ils étaient visiblement inférieurs dans la lutte pour l’hégémonie, et ils succomberaient si l’Eglise, leur mère, ne leur prêtait main-forte.
Monseigneur Bourget résolut de fonder un siège épiscopal à Bytown. Mais à qui le confier ? Où trouver les ressources qui lui manquaient ? Il les demanda aux Oblats de Marie.
Les Oblats.
Au printemps de 1841, Monseigneur Bourget, se rendant à Rome, fit visite, en passant à Marseille, à l’évêque du lieu qui se trouvait être le fondateur de la congrégation naissante des Oblats de Marie, Mgr de Mazenod. Les deux hommes se comprirent en se voyant et contractèrent une amitié que rien n’altéra jamais. L’évêque de Montréal était alors en quête de missionnaires ; il supplia son collègue de lui donner quelques-uns de ses enfants.
Mgr de Mazenod, surpris, hésita. Quels étaient les desseins de la Providence sur sa congrégation? Ses religieux n’étaient qu’une poignée d'hommes, quarante à peine, dispersés dans sept maisons. Ne serait-ce point une faute de les envoyer ainsi au bout du monde ? D’ailleurs étaientils appelés à la vocation des missions étrangères ? Dans ces perplexités, le fondateur pria et consulta. Une circulaire fut envoyée à tous les Oblats avec cette double question : 1° « Fallait-il accepter la mission du Canada ? » — 2°’« Quels étaient ceux qui voudraient y consacrer leur vie? » Chaque religieux devait répondre privément. Les réponses furent unanimes, ou plutôt, il n’y en eut qu’une, celle du Prophète : « Me voici, envoyezmoi. »
Cette conduite héroïque des premiers Oblats attira sur leur Congrégation les bénédictions divines. Le Canada devint leur patrie de prédilection. Ils y grandirent en faisant le bien, non seulement à Ottawa et dans la province de Québec, mais encore et surtout dans le Nord-Ouest dont ils furent les pionniers et les apôtres. Ils ont semé dans les larmes ; ils se sont multipliés dans les adversités.
Il est vrai que, depuis que la moisson a jauni, leurs émules se sont précipités en foule pour lier et recueillir les gerbes. Que voulez-vous, c’est le sort qui attend les religieux. Ce qui les console c’est que dans les solitudes glacées de la Baie d’Hudson, chez les barbares Esquimaux, leur zèle peut se déployer librement sans craindre les concurrences jalouses.
Tels étaient les hommes destinés à présider à la naissance du diocèse d’Ottawa.
Le premier Provincial des Oblats au Canada fut le Père Bruno Guigues. Mgr Bourget, qui s’y entendait en hommes, eut tôt fait de reconnaître en ce religieux l’apôtre qu’il cherchait. Il le recommanda à Rome comme le digne fondateur de l’église nouvelle.
Lorsque Mgr Guigues reçut l’onction épiscopale, 12 juillet 1848, Bytown comptait sept mille âmes dont quatre mille catholiques ; et le territoire du diocèse, grand comme une province, trente-deux mille fidèles. Il avait pour collaborateurs quinze prêtres dont sept oblats ; pour temples trois églises en pierre, cinq chapelles et vingt-cinq cabanes en troncs équarris.
Mais il mit sa confiance en Dieu ; et, deux mois après son sacre, il fonda un collège.
Dans son dénuement absolu, ce qui manquait encore le plus au nouvel évêque, c’était un clergé. Mais où trouver des prêtres ? Inutile de les chercher au Canada ; les diocèses de Montréal et de Québec pouvaient à peine suffire à leurs besoins toujours croissants. Il se résolut donc à les aller chercher en Europe. Dans tous ses voyages en France et en Irlande il eut toujours ce but en vue. La jeunesse cléricale de Gap, son pays d’origine, se prit d’enthousiasme pour l’évêque missionnaire et l’aurait suivi en masse, si l’ordinaire du lieu, effrayé des proportions que prenait l’exode, n’y eût mis bon ordre. Quoi qu’il en soit, le diocèse de Bytown est redevable à la France d’une quarantaine de prêtres séculiers, sans compter un nombre, plus considérable encore, de religieux oblats. L’Irlande lui en fournit également un chiffre appréciable.
Un événement d’ordre temporel mais d’une portée incalculable vint bientôt donner sujet à l’évêque de remercier encore une fois la Providence.
L’humble ville de Bytown, par le choix personnel de la reine Victoria, fut proclamée capitale du Canada, en 1857, et troqua son nom ridicule pour celui plus sonore d’Ottawa, en 1854. Ce choix promettait au diocèse les plus hautes destinées.
En même temps la colonisation battait son plein. De tous côtés les missions se fondaient, les chapelles s’élevaient.
Le bon évêque, fidèle à sa vocation de missionnaire, se faisait tout à tous, parcourant les forêts ; voyageant surtout l’hiver, lorsque, faute de chemins tracés, les rivières glacées lui servaient de route ; voguant en canot d’écorce ; confessant tout le jour ; couchant parfois sur la dure, presque toujours dans de misérables cabanes, au milieu des pauvres gens ; se faisant aimer comme un père et vénérer comme un saint.
Cet évêque si humble et si apostolique était un esprit fin et distingué. Nous avons étudié avec soin, en écrivant l’histoire du diocèse d’Ottawa, les notes abondantes qu’il prenait dans ses voyages et que l’on conserve pieusement aux archives. Elles sont presque illisibles, mais quelles sagaces observations et quel esprit prophétique ! Cet homme devinait l’avenir. Il a
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