‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 124 sur 225 · CHAPITRE V. — UNE PAROISSE CANADIENNE URBAINE · texte numérisé non relu

CHAPITRE V. — UNE PAROISSE CANADIENNE URBAINE

Propriétés : — Un lot à bâtir, cinquante pieds de façade, cent de

profondeur. Valeur . , . $ 300.00

Une maison en bois, 16 pieds sur 24, finie à l’intérieur seulement. 500.00

Meubles : 4 lits, un berceau, 12 chaises, une table, buffets, etc. 50.00

Linge de ménage, couvertures, etc . 15.00

Ustensiles, batterie de cuisine, poêle, vaisselle, etc . 30.00

Vêtements du mari : complet du dimanche, du travail. . . . 30.00

Vêtements de la femme : $ 20.00 ; des trois enfants : $ 15.00. 35.00

Total des propriétés . $ 960.00

Dettes : — Quatre cents piastres empruntées pour acheter et bâtir, payables en huit versements annuels de cinquante piastres . 400.00

Recettes :

Travail aux scieries, de mai à novembre, inclusivement, moins les dimanches. Soit 182 jours à $ 1.40 (l’hiver, les scieries

sont fermées à cause des glaces). . . 255.00

Travail d’hiver. Quelques journées trouvées çà et là. . . . 50.00

Rente de la maison sous forme d’économie du foyer . 60.00

Total des recettes . $ 365.00

Dépenses :

Frais d’alimentation : $6.00 par quinzaine1. (L’unique boisson

est le thé, ou, parfois, le café) . 144.00

Loyer : $ 5.00 par mois . 60.00

Chauffage : $ 25.00. Eclairage : $ 3.00 . 28.00

Vêtements du mari : 25.00 ; de la femme : $ 10.00 ; de trois

enfants : $ 18.00 . 53.00

Blanchissage, fait par la femme ; savon, etc . 4.00

Frais du culte: — Un banc: $5.50 ; quêtes: $ 1.00. Souscription

pour lavage et chauffage : $ 1.05. Support : $ 2.00. . . . 9.55

Frais de maladies . 5.00

l'axes scolaires : $ 2.00 ; taxes pour l’eau : $ 4.00 ; taxes municipales : $ 8.00 . 14.00

Assurances contre l’incendie : $ 3.50. Assurances sur la vie ou

de secours mutuels : $ 12.00 . 15.50

Divers : aumônes, amusements, boissons, etc . 31.95

Total des dépenses . $ 365.00

1. Nous regrettons que l’espace nous manque pour donner ici le détail de cet article.

Ce budget a besoin de commentaires. Commençons par dire un mot des propriétés. Les héritages, chez ^ouvrier canadien, sont rares et peu importants. Le grand nombre des enfants, le manque d’esprit d’économie expliquent suffisamment le fait. D’autre part, le jeune homme ne songe guère à amasser avant son mariage. A peine, parfois, a-t-il de quoi célébrer honnêtement ses noces. C’est ce qui explique qu’un si grand nombre de jeunes ménages, peu industrieux, ne parviennent jamais à sortir d’un état de gêne, et vont errant de ville en ville, harcelés par la foule de leurs fournisseurs.

Mais les économes et les ambitieux parviennent assez aisément à l’indépendance. La vie n’est point chère au Canada pour qui la mène modestement. Le grand problème qui se pose à l’ouvrier est l’amortissement des emprunts qu’il a dû faire pour acheter son lot et le bâtir. Ses recettes ordinaires n’y suffisent point, comme nous avons vu dans le détail de son budget. La seule ressource qui lui reste est donc de mettre sa jeune femme en pension et de monter, l’hiver, dans les chantiers de la forêt. 11 en reviendra au printemps avec les cinquante piastres d’économies dont il a besoin.

Des propriétés, passons aux recettes.

Les recettes de notre budget sont un minimum. Elles peuvent s’accroître de diverses façons : par le travail de. la femme ou des enfants, par l’engagement du mari dans les chantiers. Un homme, dans les chantiers, gagne, outre son entretien, vingt-cinq piastres par mois ; soit cent piastres dans l’hiver, soit cinquante de plus que ce qu’indique notre budget.

De son côté, la femme peut coudre pour les grands magasins de la ville. Les enfants, à quatorze ou quinze ans, trop tôt, hélas ! commencent à gagner leur vie. Le petit Canadien s’ennuie à l’école et ne pense qu’à travailler ; la jeune fille fait de même. Bref, le grand nombre des enfants, loin d’être une charge, devient vite une bénédiction. Après les premières années du ménage, qui sont dures, les enfants grandissent et apportent l’aisance.

Arrivons maintenant aux dépenses.

Nous attirons l’attention du lecteur sur les frais du culte qui sont considérables et sur l’article des impôts. L’Eglise en Amérique, n’étant point subventionnée par l’Etat,' c’est au peuple à la soutenir. Le peuple fidèle accepte joyeusement ce lourd fardeau qui lui assure un clergé libre des chaînes que lui ont forgées, dans la vieille Europe, des gouvernements jaloux. Quant aux taxes, les seules qu’il ait à subir sont les taxes scolaires et municipales. Pas d’autres impôts directs ni indirects. Le gouvernement, pour faire face à ses charges, recourt aux droits de douanes, à l’accise sur les boissons, à la vente des forêts et des terres de la Couronne.

Presque tous les ouvriers prennent des assurances sur la vie ; sage précaution qui supplée au défaut d’économie. En temps de maladie, l’assuré

Page 1