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UNE PAROISSE CANADIENNE URBAINE

reçoit, d’ordinaire, quatre piastres par semaine ; à sa mort, il en laisse mille à sa veuve. Enfin, dans les cas extrêmes, la charité publique est là. Les orphelins ne sont point abandonnés ; on les reçoit avec empressement ; et dans leur nouveau foyer ils ont rang avec les membres de la famille.

Après avoir parlé des affaires temporelles, il est temps, maintenant, de parler des choses spirituelles, puisque, selon l’expression de l’Ecriture, les vrais temples ne sont pas faits de main d’homme. Les étroites limites d’un article nous obligeront nécessairement à ne donner que quelques rapides indications. C’est dommage. Il faudrait un volume pour écrire une monographie complète et utile. Ce volume, nous l’entreprendrions volontiers si quelque généreux Mécène nous promettait de l’éditer.

Le curé de Saint-François a le bonheur (c’en est un, quoi que puissent dire quelques jaloux) de posséder dans sa paroisse une maison de religieux, avec lesquels il entretient les meilleures relations. Ces religieux lui rendent toutes sortes de services ; ils chantent ses messes, confessent son peuple, et se chargent d’une grande partie de ses prédications ; bref, ils remplissent près de lui l’office de vicaires.

Grâce à eux, la petite paroisse offre aux fidèles, chaque dimanche, la précieuse commodité de quatre messes, dont une pour les enfants, avec trois instructions régulières.

Dans ces entretiens il est expressément recommandé d’instruire les fidèles, d’étayer la morale sur le dogme, de parler une langue intelligible à tous, de traiter les auditeurs avec respect, de ne jamais les blesser, de ne point parler d’argent, d’éviter les longueurs ; en un mot, de faire autant que possible oeuvre d’homme de tact et d’apôtre. Le peuple semble tout heureux de voir devant lui, non point un maître mais un père, et il donne à entendre, par son attitude, qu’il n’est point insensible aux charmes du beau langage.

Les exercices de l’après-midi se composent de l’office des vêpres et des réunions de catéchisme ou de quelque congrégation. Si ces réunions sont assez fidèlement suivies, on n’en saurait dire de même des vêpres, aux charmes desquelles les Canadiens semblent absolument réfractaires. Le catholique canadien manque rarement la messe ; mais, le soir, il laisse son église vide, tandis que celle de l’Irlandais est comble. Tel est le cas, du moins, dans la région qui nous occupe.

Comme le curé de Saint-François prétend transformer son peuple par l’éducation de la jeunesse,' il apporte aux catéchismes un soin spécial. Il réunit les enfants tous les jours, sauf le samedi. Le mardi et le jeudi, il les prépare à la première communion ; le lundi, le mercredi et le vendredi, il fait le catéchisme de persévérance. Le dimanche, c’est séance

solennelle, et les parents sont invités. On ne saurait croire quel bien s’opère ainsi. Petits garçons et petites filles rivalisent visiblement, non seulement de piété, mais encore d’intelligence et d’urbanité. Les résultats en sont tangibles. Déjà cinquante-six petites filles sont enrôlées dans la congrégation de Notre-Dame-des-Anges, en attendant l’heure de rejoindre leurs grandes sœurs dans celle des Enfants de Marie. Quant aux garçons, soixante sont enfants de chœur, quarante-deux appartiennent à la société Saint-Louis. Une société pour les jeunes gens avait été fondée, sous le patronage de saint Antoine de Padoue, mais, après une existence éphémère, elle est morte d’inanition.

C’est assez indiquer que tout n’est point parfait. Les jeunes gens, en effet, ne sont eticore apprivoisés qu’à demi. A quinze ans, ils entreprennent ordinairement le grand et douloureux voyage de l’enfant prodigue. Il est vrai qu’ils rentrent presque tous, vers vingt ans, au foyer domestique, et que le mariage marque, pour la plupart, la date de la conversion définitive.

Les hommes sont encore craintifs sur le sujet de la dévotion. Le Tiers- Ordre de Saint-François, dans lequel cent femmes sont engagées, ne compte guère qu’une trentaine de membres du sexe prétendu fort. La foule hésite et tergiverse.

Quoi qu’il en soit, le bien s’opère lentement mais sûrement.

A l’heure qu’il est, tous les hommes, moins six, font leurs Pâques. La plupart communient plusieurs fois chaque année. Chez les femmes, la communion mensuelle est en honneur, et beaucoup s’approchent des sacrements chaque semaine.

La communion fréquente, tel est, en effet, le desideratum de toute paroisse où vit vraiment l’esprit chrétien. Pour l’obtenir, le curé zélé n’épargne aucun effort. Il en parle fréquemment ; il se tient, matin et soir, à son confessionnal, à la disposition des fidèles. Il prend son temps, et, avant d’absoudre ses pénitents, il les instruit et les dirige.

Toutefois, il n’éprouve qu’un médiocre enthousiasme pour les communions générales et les concours, si populaires parmi nous ; il prétend que le confesseur n’a pas le temps d’y faire du bien, et que les fidèles s y laissent souvent porter par la routine ; il leur préfère de beaucoup les communions isolées, faites spontanément, un jour de semaine, sans autre motif qu’une libre détermination et le désir de plaire à Dieu. Quelle que soit la justesse de cette appréciation, il est certain que l’on communie tous les jours, à Saint-François, et que l’on peut observer, chez certaines femmes, un bon commencement de formation spirituelle.

Avec l’esprit de dévotion se fortifie ce qu’on appelle l’esprit paroissial. Le corps est maintenant animé, et le sang circule, chaque jour plus actif, de la tête à l’extrémité des membres. Le curé aime son peuple et le peuple lui rend amplement amour pour amour. Ce sable mouvant des fau-

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