CHAPITRE VI. — UN VOYAGE AU NORD-OUEST (EN
Hélas ! tout s’épuise, même le sol du Manitoba, le plus fertile du monde, et les vieilles fermes commencent à donner des signes évidents de fatigue. On constate avec chagrin que les récoltes diminuent, que la paille des blés se raccourcit, que les mauvaises herbes foisonnent. Pour comble de malheur, les ranches disparaissant devant la colonisation, le prix de la viande augmente. Comme on n’a point de jardins et qu’il faut tout acheter, le cri universel contre la vie chère se fait entendre au Nord- Ouest comme partout ailleurs.
Si, du moins, l’on pouvait compter régulièrement chaque année sur la récolte, le mal serait tolérable. Mais non. Avec le déplorable système de culture unique, on se trouve à la merci. L’an dernier, par exemple, les pluies d’été endommagèrent sérieusement la moisson et plusieurs fermiers, surchargés de dettes, furent ruinés.
Bref, de grands changements dans l’industrie agricole s’imposent à court délai.
C’est ce que les colons de la paroisse de Letellier ont compris. Profitant de l’expérience de nos provinces de l’Est, ils ont abandonné la monoculture, et se sont livrés à l’industrie l-aitière. Les champs de mil ont remplacé les prairies sauvages ; les nombreux troupeaux rendent à la terre sa fertilité ; les légumes, le lait, portés à WinnLpeg, se vendent bien. La prospérité est revenue dans le canton, au grand ébahissement des paroisses voisines.
Si l’on me consultait pour s’établir dans l’Ouest, je serais bien embarrassé. On ne trouve plus de homesteads qu’à quinze ou vingt milles des voies' ferrées. Un Français devra, avant de s’établir, faire sur une ferme un apprentissage d’un an. S’il a de l’argent, je lui conseille d’acheter une terre ouverte et bâtie, car les commencements sont rudes. J’ai dressé dans les prix moyens l’inventaire d’une terre de la paroisse de Saint- Pierre-Jolys, à une trentaine de milles de Winnipeg. Voici cet inventaire :
Une terre de 160 arpents . $ 5,000
Maison . 1,500
Granges, étables, grenier, poulailler, porcherie. 1,200
Charrue, semence, cultivateur, rouleau, herse, faucheuse, moissonneuse-lieuse . . 360
Wagon garni, voitures d’hiver et d’été. . . . 240
Quatre bons chevaux . 1,100
Vingt vaches . 1,000
Porcs, moutons, poules, etc . 250
Puits artésiens, pompe, engin. . . . 300
Mobilier, clôtures, etc., etc., etc . 000
Total . $ 10,950
Si l’on a besoin d’ouvriers agricoles, on les paiera trente à quarante piastres par mois, pension et logement non compris.
Enfin, comme il faut vivre avant de récolter, et avoir de l’argent en main, un bon fermier de Jolys doit valoir $ 15,000, soit 75,000 francs.
Ces renseignements, naturellement, ne s’adressent pas aux pauvres colons qui n’ont que leurs bras pour capital. Des missionnaires colonisateurs établis à Montréal, plus compétents que moi, se feront un plaisir de les instruire.
13 juillet. — Retraite des Soeurs Qrises de Saint-Boniface.
Qui trouvera la femme forte ? s’écriait jadis l’auteur des Proverbes. On la trouve de nos jours chez les Sœurs Grises et leurs émules des Congrégations de vie active.
Ces excellentes religieuses, qui partagent avec les Oblats la gloire d’être les premiers apôtres de l’Ouest, possèdent dans ces territoires de nombreux établissements. Citons à Saint-Boniface même l’hôpital, splendide édifice à peine achevé et déjà trop étroit, la maison Vicariale, centre et cœur de la Province, l’hospice des vieillards, l’orphelinat Taché, et, à la campagne, l’hospice Saint-Roch pour les maladies contagieuses. Partout où elles fondent, les Sœurs Grises rappellent le souvenir de Y apis argumentosa de l’Ecriture, et, grâces aux mille ressources de leurs pieuses industries, répandent les bienfaits sans compter.
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17 juillet. — Visite au Bon-Pasteur.
Le Bon-Pasteur se trouve à quelque distance de la ville, sur les rives boisées de la rivière Rouge que remontent et descendent les bateaux. Le monastère définitif n’est pas encore construit. Une quarantaine de pauvres filles ex omni tribu y purgent des condamnations. L’archevêque apparaît ; elles accourent transfigurées ; il leur parle avec une bonté paternelle. Ego sum pastor bonus. Cognosco oves meas. Voilà bien l’Eglise catholique !
Et beaucoup de ces infortunées, leur terme expiré, supplient qu’on les garde, car le repentir a métamorphosé en paradis leur prison.
22 juillet. — Régina.
Tout est grand dans l’Ouest ; l 'Impérial Limited a quatorze heures de retard. Montons dans le Local , nous aurons le temps de voir et de noter.