CHAPITRE VI. — UN VOYAGE AU NORD-OUEST (EN
çais de la Saskatchewan ; et l’impression générale qui se dégage de leurs travaux est des plus favorables au point de vue de l’avenir de notre race et de notre langue. L’accueil fait à la Délégation québécoise du Comité de la Langue française fut des plus chaleureux. Monseigneur Roy, monsieur Adjutor Rivard, furent acclamés. Les autorités civiles de Régina, lieutenant-gouverneur, ministre, maire, nous souhaitèrent la bienvenue en termes plus que courtois. Le charme qui se dégage de la personnalité de Monseigneur Mathieu exerce sur tous les citoyens, catholiques et protestants, de la Province, une influence indéniable qui se manifeste par la bienveillance et la cordialité. Et de fait, la manière dont est interprétée ici la loi scolaire contraste avec les interprétations haineuses données à Winnipeg à la loi manitobaine. Puissent ces excellentes dispositions persévérer jusqu’au temps où des législations équitables consacreront définitivement nos droits !
Quel sera l’avenir de ce pays au point de vue catholique et français, c’est le secret de Dieu. Travaillons, du moins, pour qu’il nous soit favorable. En attendant, les chiffres suivants sont faits pour nous donner bon espoir. On compte au diocèse de Régina 83 prêtres, dont 62 français et 3 anglais. Quant aux catholiques, on les classifie comme suit :
Français . . . 16,000 Polonais . . . 2,500
Allemands . . . 14.000 Hongrois . . . 1,500
Anglais .... 4,500 Indiens .... 1,000
Soit un total de 39,500 catholiques du rite latin ; auquel chiffre il convient d’ajouter treize mille Ruthènes environ qui demeurent sous la juridiction de Monseigneur Budka.
Rendons, en terminant, un sincère hommage aux prêtres de Régina. Comme leurs frères de Saint-Boniface, ils travaillent et souffrent sans récompense humaine, courant de missions en missions à la recherche des brebis perdues. Dans quelques années, le pays enrichi fournira à leurs successeurs l’aisance, et ils seront peut-être oubliés. Que cette perspective ne trouble pas leur cœur, ils demeurent dans nos traditions séculaires. Aussi longtemps qu’il n’y aura rien à glaner que des coups, the French î vill do.
31 juillet.
Ma première retraite aux religieuses de Notre-Dame des Missions est terminée, et je me prépare à leur en prêcher une seconde dans la ville de Brandon. Ces pauvres exilées de France m’ont édifié grandement. Qu’il est beau de voir des femmes quitter leur patrie pour l’amour de Dieu et s’en aller en Amérique, et même jusqu’en Nouvelle-Zélande, travailler pour l’Eglise !
Monseigneur Mathieu m’invite à l’accompagner avec ses visiteurs québécois dans une visite à l’école industrielle de Lebret.
Cette école, fondée par le Père Hugonard, oblat, est administrée pai les Oblats et les Sœurs Grises, mais demeure la propriété du gouvernement fédéral qui l’entretient et qui fournit annuellement une pension de cent vingt piastres pour chacun de ses pupilles. C’est, sinon la plus belle, du moins la plus considérable des institutions indiennes. On y élève de deux à trois cents enfants des deux sexes. Toutes les nations sauvages y sont représentées ; les Cris, cependant, dominent.
Ces enfants grandissent dans l’amour du travail. On occupe les garçons aux travaux de la ferme. Ceux-ci, parvenus à l’âge d’homme, reçoivent du gouvernement une terre qu’ils exploitent sous sa paternelle bienveillance.
On nous fait une réception charmante.
La vue est merveilleuse dans la vallée de la rivière Qu’Appelle, à Lebret, et je ne m’étonne plus du nombre des touristes qui viennent chaque été visiter l’Ecole.
Dans l’après-midi nous partons en automobile pour la mission des Sioux. Ces Sioux sont les guerriers fameux qui anéantirent, il y a une quarantaine d’années, la cavalerie du général américain Custer. Réfugiés au Canada et convertis par les missionnaires, ils vivent en paix. Ce voyage faillit nous être fatal comme à Custer : car nos chauffeurs, un peu cassecou, nous menèrent à travers bois à une telle allure que l’un d’eux, sur le point de nous écraser, se jeta dans la brousse et brisa sa machine. Cet acident nous émut plus que nous en eûmes l’air et nous ramena à la pensée du bon Dieu.
La vallée de la Qu’Appelle, nommée ainsi pour ses échos, large de quatre milles, longue de cent, constituée par une succession de cinq beaux lacs, tire surtout sa beauté de sa situation unique au milieu des immenses prairies qu’elle découpe profondément. Un géologue se délecterait dans l’étude de ses falaises, où, sous l’herbe courte, les ondulations et les érosions causées par la fuite des eaux de la mer préhistorique s’aperçoivent encore distinctement.
Le retour.
Brandon, 1er août.
Me voie.' à Brandon, chez les Pères Rédemptoristes, en plein bouleversement. Les Pères français viennent de céder cette paroisse de langue anglaise aux Pères américains. J’apprends que Monseigneur Langevin, désireux de conserver près de lui ses compatriotes, détache en leur faveur