‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 146 sur 225 · LES PIONNIERS DE LA SASKATCHEWAN · texte numérisé non relu

LES PIONNIERS DE LA SASKATCHEWAN

Canadiens une particulière habileté pour les travaux de construction. Dépourvus de tous les outils de charpentier, sauf la hache et la tarière, manquant de bois de charpente et de clous, ils se trouvaient pour ainsi dire devant rien. Des perches de trembles taillées à la hache, liées entre elles par des chevilles leur suffirent. Ils en firent des cloisons qu’ils calfeutrèrent avec du foin de la prairie et qu’ils enduisirent d’argile soigneusement étendue. Cette argile, lorsqu’elle est abritée contre la pluie, équivaut au meilleur mortier. Quant à la toiture, elle est confectionnée de perches et de chaume. En deux jours ils bâtissaient une cabane.

L’arrivée parmi eux du Père Lestanc, missionnaire Oblat très vénéré, les incita à entreprendre l’érection d’une chapelle qui fut un véritable monument. De fait, l’achèvement de ce chef-d’œuvre prit une semaine entière. Les femmes qui ont le génie de la couture et des travaux ménagers se chargèrent de la décoration. Des peaux de cabri épilées et devenues transparentes servirent de vitraux ; une magnifique robe de bison remplaça la porte ; des planches prises aux charrettes devinrent une table d’autel ; des cotonnades élégamment brodées en furent la nappe, et une boîte vide recouverte d’un linge servit de stalle à l’officiant. Le parquet et les bancs manquaient sans doute à l’édifice improvisé, mais les métis savent bien se passer de ce confort moderne dont l’absence ne les empêcha pas d’être pleinement satisfaits. Telle fut l’origine de la paroisse aujourd’hui prospère de Willow-Bunch (1870).

Les buffalos.

Dans un autre chapitre de cet ouvrage nous avons écrit les lignes suivantes :

« Jadis, une vaste mer battait de ses vagues les puissantes assises des Montagnes Rocheuses, depuis l’Alaska jusqu’au Mexique. Plus tard, sous la poussée des forces souterraines, les fonds se soulevèrent et les flots précipités s’enfuirent en sens contraires, les uns vers l’Océan Glacial, par le Mackenzie et divers cours d’eau ; les autres vers le golfe du Mexique, par le Mississipi ; d’autres, à l’est, par les Grands Lacs et le Saint-Laurent. Ce mouvement n’est point arrêté, puisque les lacs innombrables et les marais qui, naguère encore couvraient le pays, sont en voie rapide de dessèchement.

Combien de temps dura cette époque lointaine ? On l’ignore ; mais l’épaisseur des sédiments alcalins qui constituent le sol des Prairies et l’uniformité de leur surface indiquent assez qu’elle fut longue. La couche superficielle du limon et des coquilles marines atteint fréquemment quarante pieds d’épaisseur.

Lorsque la croûte terrestre se fut affermie, une herbe grossière couvrit la terre de ses touffes clairsemées, et l’ère des grands ruminants

commença.

D’immenses troupeaux de bisons, appelés vulgairement buffalos, transhumaient annuellement, à la recherche d’aliments frais, passant l’hiver dans les chaudes pâtures du Texas et l’été dans les froides prairies du Canada, labourant le sol de leurs sabots, jonchant la glèbe de leurs ossements blanchis. Nos vieux missionnaires, et parmi eux le Père Lacombe, ont connu le temps où, pour employer l’expression biblique, les bisons étaient nombreux, au Nord-Ouest « comme les étoiles du ciel et le sable de la mer. »

« Un jour, écrivait en mars 1879, le Père Decorby, je fus appelé aux malades à la montagne de Bois et à la rivière du Lait. C’était un long voyage qui nous prit deux nuits et une journée pour l’aller et trois jours pour revenir. Eh bien ! Tout ce long parcours s’est accompli au milieu des animaux de la Prairie. Aussi loin que le regard pouvait atteindre on n’apercevait que des masses noires se mouvant sur le fond blanc du lac couvert de neige. Ils nous laissaient passer à cheval sans avoir l’idée de nous nuire. »

Comment périrent donc ces millions de bêtes magnifiques ? Voici : tant que les Indiens furent seuls, en petit nombre et armés de simples flèches, la famille des buffalos survécut ; mais l’importation des armes à feu et les progrès de la colonisation devaient entraîner fatalement leur ruine.

Nous pensons plaire aux lecteurs en résumant à leur usage le récit d’une chasse aux buffalos que nous devons au Père Lacombe.

Tout est utile dans le buffalo. Le Sauvage lui doit la nourriture et le vêtement. Il mange sa chair fraîche ou desséchée ; il se couvre de sa robe ; il se chausse de son cuir.

Chaque année vers le milieu du mois de mai, les métis, abandonnant leurs loges, se réunissent en caravanes et partent pour la grande chasse. Des centaines de charrettes, portant des vivres, les femmes et les enfants, suivent les cavaliers. Le missionnaire est de la partie.

Aux premiers jours de l’expédition on a soin de procéder à l’élection des officiers : un président, dix capitaines, quinze policiers. On choisit également des éclaireurs et des guides qui règlent la marche et fixent le camp. Les lois de la chasse sont promulguées et strictement observées.

Chaque matin la messe est dite, et, sitôt le repas pris, le camp est levé et la caravane s’ébranle.

Enfin arrive le jour où les éclaireurs signalent un troupeau de buffalos. Eclats de joie bruyante, établissement du campement.

Les chasseurs, cependant, accourent sur la colline d’où les éclaireurs leui montrent, au lointain, des taches noires sur l’herbe encore jaune. Çe

Grandes chasses au buffalo.

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