‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 147 sur 225 · CHAPITRE VIII. — LES PIONNIERS DE LA SASKATCHEWAN · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LES PIONNIERS DE LA SASKATCHEWAN

sont les buffalos qui paissent tranquillement. On garde un silence profond; le missionnaire récite à haute voix un acte de contrition, car le danger est grand ; puis, au signal donné, les cavaliers se précipitent comme une trombe à travers les herbages. En quelques minutes le troupeau est cerné et bousculé. C’est alors une épouvante. Il tourbillonne en mugissant ; on entend de tous côtés des coups de feu, des cris. Les pauvres bêtes jonchent le sol ; les chasseurs ivres de joie, les yeux étincelants, lâchent les rênes sur le cou de leurs montures et tuent jusqu’au dernier animal. Le Père Lacombe a vu 700 à 800 bisons abattus en un seul jour. Les chasseurs, parfois, mêlent leur sang à celui de leurs victimes, frappés d’une balle perdue, culbutant avec leur monture dans un trou caché sous l’herbe.

Le massacre terminé, les enfants et les femmes accourent avec leurs charrettes, sur le lieu du carnage. On transporte au camp les précieuses dépouilles ; on dépèce les carcasses avec dextérité. On apprête le pemmican. Le pemmican, viande de bison desséchée et mise en poudre, se conserve dans des sacs de peau du poids de cent livres pendant des années. Cette nourriture, plus substantielle que savoureuse, fait le fond de l’alimentation des voyageurs dans leurs courses à travers le désert.

Il arrive parfois que, au lieu de tuer à coups de fusil un troupeau de buffalos, on le pousse sur la falaise d’un val profond. Parvenues sur la rive escarpée les pauvres bêtes se cabrent et font volte-face. Mais la masse qui les suit aveuglément les pousse et tous s’écrasent au fond de l’abîme.

Les Indiens, avec l’insouciance de l’enfant et du barbare, se contentaient souvent de tailler dans la chair de l’animal, la bosse, morceau de choix, et abandonnaient le reste de la dépouille aux ours et aux vautours. Pendant de longues années, les prairies demeurèrent couvertes des os blanchis des bisons ainsi follement immolés. Un jour vint où' le Sauvage affamé dut recueillir, pour quelques pièces de monnaie chichement comptées, ces mêmes os utilisés, comme noir animal, dans les raffineries.

Voilà comment les bisons ont disparu. Sans la prudence du gouvernement qui en parqua quelques milliers dans les réserves nationales, cette race d’animaux magnifiques n’existerait plus aujourd’hui.

Les Cow-Boys.

Aux buffalos exterminés les bœufs sauvages ne tardèrent point à succéder, transformant les prairies perdues en territoires commercialisés.

Nous empruntons à l’Abbé Rondeau des détails pittoresques recueillis par lui sur la curieuse association des Cow-Boys.

Le mot anglais^ranch vient de l’espagnol rancho.

Aussitôt après la découverte de l’Amérique, les Espagnols se hâtèrent de lâcher dans les campagnes, vides d’habitants, des chevaux et des bœufs qu’ils avaient importés. Ces animaux trouvèrent une terre d’élection dans les pampas de l’Argentine, dans les llanos de l’Amazonie, dans les plaines du Mexique et du Texas. Lorsque les Américains s’emparèrent du Nouveau Mexique et du Texas, leurs yeux s’ouvrirent aussitôt sur les possibilités, comme ils disent dans leur jargon, de l’élevage des bovidés. Ils louèrent donc du gouvernement, pour une somme nominale, encore un mot de leur jargon, de très vastes terrains qu’ils clôturèrent de fils de fer barbelés.

Tout alla au gré de leurs désirs. En peu d’années fut créée une immense industrie dont les aboutissants étaient les abattoirs fameux de Chicago.

Les ranchers laissaient leurs bêtes naître et croître à l’état de nature ; mais, pour les empêcher de tomber entre les mains des bandes de voleurs, il importait de les reconnaître en les marquant au fer chaud. C’est ce que les Américains appelaient to brand. Un temps vint où les prairies américaines et canadiennes se virent couvertes de troupeaux semblables aux buffalos qui les avaient précédés.

Or, les gardiens de ces troupeaux prirent le nom peu reluisant de Cow-Boys, autrement dit Vachers. Mais le nom importe peu ; la chose seule intéresse ; et la vie des Cow-Boys ne manquait point d’un sauvage intérêt.

Le Cow-Boy fut le produit parfait d’un milieu et un exemple achevé de l’adaptation des circonstances.

Quelle était sa nationalité? Il n’en avait point. Issu de tous pays, il cédait à l’attrait d’une espèce d’aimant physiologique qui l’avait sollicité à son insu. « Ubi erit corpus congregabuntur aquilae ». Mais à peine arrivé, il se fondait dans le groupe qui l’avait accueilli, au point de ne faire qu un avec lui. Son unique qualification, mais celle-ci nécessaire, se manifestait dans ses talents de parfait écuyer.

On exigeait également qu’il fût sans peur, sinon sans reproche. La politesse, la délicatesse, la timidité, vertus qu’on jugeait féminines, n’avaient pas cours dans sa tribu. Pour dompter un cheval vicieux et faire étalage de courage il risquait volontiers la mort. 11 tirait et maniait le lasso excellemment. C’était un sport pour lui de trancher d’une balle le cigare d’un camarade. Il mettait son orgueil à posséder un beau cheval bien harnaché, une bonne carabine moderne, un revolver de luxe.

Son costume est demeuré légendaire : mouchoir de soie autour du cou, chapeau Stetson de cinquante dollars, manchettes et gants de cuir fin, éperons de vingt-cinq piastres, fouet et lasso de lanières de cuir tressées par lui-même. L’attirail complet de Cow-Boy était évalué à trois cents dollars. La bride de ses chevaux, nattée également, valait souvent soixante-quinze piastres, et le mors argenté ou nickelé, en coûtait quinze.

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