CHAPITRE IX. — IJN VOYAGE SUR LA RIVIÈRE DU LIÈVRE EN L’AN
côté de la rivière, en face, s’élevait perpendiculairement une montagne de plusieurs centaines de pieds, à l’arrière et tout autour, les collines boisées l’enveloppaient, le pressaient, et ne lui laissaient d’autre échappée que le ciel et le cours sinueux de la Lièvre.
Cette mission a grandi depuis cette époque au point de devenir une modeste paroisse et d’entretenir un curé. Les vingt ou trente fermiers luthériens qui occupent les meilleures terres de la localité paralysent l’essor des catholiques.
Notre-Dame de la Garde a joué un rôle, il y a deux siècles, dans notre histoire. C’est, en effet, par ce détour que passaient les Français et leurs alliés sauvages en route pour les pays d’en haut, à l’époque des guerres iroquoises, lorsque l’ennemi interceptait le portage des Chaudières. Nos gens prenaient ensuite par le lac des Rats, le lac Rouge, le lac Croche, le lac du Poisson Blanc, remontaient jusqu’aux sources de la rivière Coulonge, d’où ils redescendaient dans l’Ottawa par un long et pénible détour.
Notre-Dame du Laus (150 familles).
De Notre-Dame de la Garde, cantons de Villeneuve et Bovvman, à Notre-Dame du Laus on compte une quinzaine de milles. En dehors de l’étroite vallée de la rivière, tout le pays, depuis la Petite Nation du Nord jusqu’à la Gatineau, n’est qu’un enchevêtrement de montagnes absolument impropres à la culture, mais tellement riches en forêts que, depuis un siècle, les bûcherons n’ont point cessé d’y faire chantier.
Et, pourtant, la terre de la vallée vaut mieux que précédemment et l’on y rencontre des éclaircies propres à la pâture. Sur le bord de la rivière et dans ses nombreuses sinuosités, les Compagnies de bois ont ouvert des fermes vastes et couvertes de belles prairies, YOx Bow des Ross, la ferme des Pins des McLaren, etc... Ces fermes servent d’entrepôts, o'ù les gros bateaux des marchands apportent les choses nécessaires au ravitaillement des chantiers de la forêt, et d’où les charrettes les emportent dans toutes les directions. L’été, les chevaux, les vaches et les bœufs y viennent s’y reposer et s’engraisser dans les herbages. Toute l’année, les bûcherons en route y passent la nuit. Les fermes des chantiers méritent donc la visite des voyageurs curieux de s’instruire.
Nous avons gardé de l’un de nos voyages de cette région un vif et attachant souvenir. C’était au mois d’octobre, et les arbres à feuilles caduques avaient pris leurs couleurs d’automne. La pourpre des érables et des merisiers, combinée avec l’or des bouleaux, se mariait au vert des cèdres et ressortait magiquement sur le fond noir des sapins. De l’autre côté de la rivière se succédaient les cabanes rustiques des colons ; et, de