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CHAPITRE X. — LA CHASSE AU CANADA

mourut d’épuisement sans avoir repris connaissance. L’année suivante, l’ours assassin périt à son tour. On le reconnut à sa patte mutilée par les terribles dents du piège.

Le chevreuil.

J’ai pour ami un grand chasseur devant l’Eternel qui s’appelle M. l’abbé Picotte, curé de Lanoraie, au diocèse de Joliette. Ce prêtre fut jadis missionnaire dans l’île de Calumet, sur l’Ottav/a. Revenu de ses longs voyages, il distrait sa vieillesse avec les souvenirs d’antan. Haec olim meminisse juvabit. Du haut de sa galerie, il contemple le majestueux St-Laurent et les gros transatlantiques qui vont et viennent, portant dans leurs flancs les denrées et les marchandises d’Europe et d’Amérique. Toute la route, de Montréal à Québec, qui suit le bord de l’eau est pure merveille. Et pourtant, le fleuve, apparemment endormi dans son vaste lit, demeure redoutable ; son sommeil est celui du lion. Lorsque, au printemps, il brise son corset de glace, il emporte tout dans le fracas de sa débâcle, pointes et routes, jardins et maisons, comme il advint à Lanoraie, et force les municipalités à prendre, pour leurs constructions, des distances respectueuses. Il file, en plein été, à six milles à l’heure.

Monsieur Picotte m’a raconté une de ses expéditions cynégétiques avec un parti d’Américains. De telles expéditions ne sont point à la portée de toutes les bourses. Elles comportent, en effet, des frais considérables et une organisation des plus complètes, tables, sièges, lits de camp, batterie de cuisine, vivres abondants, armes diverses, meute de chiens, canots, guide et cook, enfin de quoi suffire largement aux besoins d’une douzaine d’hommes pendant toute la saison de chasse, au mois d’octobre, c’est-à-dire pendant dix jours.

Le parti des chasseurs se composait d’officiers de V Ottawa et Pontiac Ry. Co. et d’un certain nombre de citoyens de la cité de Buffalo, aux Etats-Unis, tous gens du meilleur monde et sportmen accomplis.

On remonta, d’abord, la voie ferrée jusqu’à son terminus, au Tétniscamingue. Puis on s’embarqua dans les canots sur l’Ottawa supérieur, et l’on s’enfonça dans la forêt, en pleine solitude. La localité choisie par le guide rallia tous les suffrages, car les abords de la rivière ressemblaient, à s’y méprendre, à un vaste abreuvoir piétiné par les sabots des animaux.

Le camp fut dressé prestement : grande tente, dortoir et réfectoire, cuisine, cambuse, enclos des chiens. Vingt-quatre heures après le débarquement, la chasse était ouverte.

Les chiens, nombreux, appartenaient à la race des deer hounds, œil rouge et mauvais, longues oreilles, flair fin et voix sonore.

Ces pauvres bêtes, toujours à la chaîne, ne jouissent de la liberté que dix jours par année. Mais le souvenir de ces dix jours de chasse les maintient en condition.

Le chevreuil possède à l’arrière-train une glande de musc dont le parfum agréable augmente d’intensité quand la bête est échauffée.

L’heure fixée pour la chasse étant arrivée, les hommes se blottirent de leur mieux dans les rochers de la rive, à portée de leurs canots, tandis que le guide ou piqueur, tenant sa meute en laisse, s’enfonça dans le bois.

L’attente des chasseurs ne fut pas longue. De violentes clameurs, venues des profondeurs de la forêt, annoncèrent que les chiens, ayant pris la bonne piste, avaient été lâchés.

Mais, tandis que la meute fonçait comme une avalanche dans les taillis, le chevreuil, depuis longtemps déjà, avait détalé.

Ce noble animal, l’hôte le plus gracieux de nos halliers, semble courir au hasard sous les arbres ; et l’on s’étonne qu’il ne se heurte jamais aux embarras. En réalité, il suit fidèlement des sentiers qu’il connaît et que les Indiens connaissent également.

Instruit par ses perpétuels démêlés avec les loups, le chevreuil, d’instinct, ne manque pas, après avoir distancé et, si possible, dépisté ses persécuteurs, d’aller droit au lac, car il sait que le loup ainsi que son congénère, le chien, a peur de l’eau.

Il faut le voir débuchant sur la rive, s’arrêtant et jstant aux alentours ses regards inquiets. En un instant son plan est fait. Il repart. On dirait qu’il plane doucement au-dessus du sol, tant ses mouvements sont mesurés. N’empêche qu’il passe devant vous comme un éclair, et que les chiens semblent se traîner à sa suite.

Parvenu sur une éminence, il s’arrête derechef, regarde encore et plonge à l’eau. Bientôt on aperçoit son long museau et ses oreilles dans la direction de la rive opposée.

C’est le temps pour les chasseurs de sauter dans leurs canots et de partir à sa poursuite.

Cependant que les chiens, tombant en trombe sur la grève, remplissent les échos de leurs aboiements désespérés.

Un bon nageur d’aviron peut, si le lac est grand, atteindre ou suivre le chevreuil. Mais il se gardera de le tirer au large et, encore plus de 1 approcher. La bête peut couler à pic ou, en se débattant, percer et culbuter un canot d’écorce. Il la tuera près du rivage, quand l’animal sort de l’eau.

Ce n est pas un exploit de novice que d’atteindre son gibier sur un lac. Le canot tangue et roule au moindre vent, et la main tremble.

Enfin on sonne l’hallali. La meute se réunit autour du piqueur qui

L’Orignal, le Roi de nos forets.

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