CHAP. IV. — LES FRANÇAIS ET L’ÉGLISE CATHOLIQUE AU NORD-OUEST
et irlandais, 1811-1818. Quelques-uns de ces derniers étaient catholiques et ne se résignaient pas à se voir privés des secours de la religion.
Tout protestant qu’il était, le Gouverneur comprit que son œuvre ne serait viable que si elle s’appuyait sur les bases de la religion.
11 n’hésita pas un instant, et, s’adressant à l’Evêque de Québec, Monseigneur Plessis, dont la juridiction s’étendait alors sur tout le Canada, il lui demanda des missionnaires. 11 fit plus. Il octroya spontanément et gratuitement à la mission nouvelle une vaste terre ou seigneurie, comme on disait alors, de cinq milles sur quatre, située en face du fort Douglas, chef-lieu de la région, non loin de la rivière.
Ces lieux sont, aujourd’hui, devenus fameux, puisque autour de la chapelle catholique et du fort protestant, deux villes-sœurs, Saint-Boniface et Winnipeg, ont surgi.
Monseigneur Plessis ne pouvait rester sourd à l’appel du Gouverneur. Malgré la pénurie de prêtres dont il souffrait, deux hommes de zèle et de mérite, les abbés J. -Norbert Provencher et J.-N. -Sévère Dumoulin, eurent l’honneur d’être choisis par lui pour la fondation désirée. Les deux missionnaires arrivèrent au fort Douglas le 16 juillet 1818. L’abbé Provencher s’établit sur les lieux et commença incontinent la construction d’une maison-chapelle qu’il plaça sous le patronage de saint Boniface. Quant à Monsieur Dumoulin, il s’installa sur la frontière américaine et fonda la mission de Pembina. Monsieur Provencher était parti de Québec muni de tous les pouvoirs d’un vicaire-général.
Trois ans plus tard, le 1er février 1821, le bon missionnaire fut nommé évêque titulaire de Juliopolis, et muni des facultés de coadjuteur de Québec pour toutes les régions du Nord-Ouest. Une telle promotion pouvait paraître prématurée à certains qui ne considéraient que le nombre insignifiant des fidèles à administrer. Elle s’imposait cependant à l’esprit perspicace de Monseigneur Plessis qui préparait l’avenir et qui se sentait incapable de gouverner utilement des régions si éloignées.
Et puis, l’épiscopat, dans de telles conditions, est moins un honneur qu’un fardeau, comme en témoigna la carrière méritante et douloureuse du nouvel évêque.
De fait, la vie de Monseigneur Provencher fut un long martyre. Réduit aux extrémités, faisant simultanément ou successivement l’office de maçon, de charpentier, de laboureur, de maître d’école, de catéchiste, dénué de secours, abandonné de ses coopérateurs qui furent, d’ailleurs, peu nombreux, il souffrit toutes les angoisses des précurseurs qui préparent mais ne voient pas le succès. La postérité gardera de lui un souvenir de filiale reconnaissance.
Il ne faudrait point, cependant, en louangeant l’évêque, jeter un blâme indiscret sur les collaborateurs qui, successivement, le délaissèrent. Ces
hommes ne lui étaient que prêtés ; on ne saurait leur en vouloir d’un abandon prévu d’avance et qu’on aurait tort de taxer de désertion.
De fait, il est difficile d’exiger d’un prêtre séculier qu’il s’éternise dans les missions. Que deviendrait-il le jour où la maladie et la vieillesse ie rendraient invalide?
Les religieux, au contraire, sont garanti-s contre l’adversité et trouvent dans les maisons de leur Ordre un refuge assuré. Voilà pourquoi l’Eglise leur confie les vicariats et les préfectures apostoliques, partout où l’on a à souffrir beaucoup et longtemps. Voilà pourquoi les diverses missions de l’Ouest canadien devaient fatalement, tôt ou tard, échoir à des religieux.
Les premiers soins des nouveaux missionnaires furent de ramener au bercail les brebis égarées du troupeau de l’Eglise, de légaliser les mariages, de baptiser les enfants, d’établir des écoles. Cette œuvre réussit à merveille, car les aventuriers canadiens, depuis tant d’années abandonnés, n’avaient pas perdu la foi. En peu de temps l’ordre social se rétablit, et trois paroisses s’organisèrent : Saint-Boniface, Saint-François-Xavier et Pembina.
Ce fut alors seulement, 1831, que le missionnaire Belcourt put songer à évangéliser les indigènes. Ajoutons que ses efforts furent d’autant plus méritoires que le succès ne les couronna point.
Quelle était à cette époque la population chrétienne au Nord-Ouest? En août 1821, on comptait dans la vallée de la rivière Rouge 800 catholiques ; 350 à Saint-Boniface, 450 à Pembina.
En 1827, la population, catholique et protestante, s’élevait à 1,052.
L’année 1832 est une date mémorable dans l’histoire du Nord-Ouest, puisqu’elle signale l’établissement du gouvernement constitutionnel dans le pays et la fondation de la province d’Assiniboïa. Deux ans plus tard, 1834, le vieux fort Douglas était rasé, et, sur ses ruines, le fort Garry, puissante construction de pierre, chef-lieu du nouvel Etat, s’éleva. L’Assiniboïa comptait alors, à l’exclusion des Indigènes, cinq mille habitants.
En 1837, sur les ruines de la vieille chapelle de Saint-Boniface, une cathédrale en pierre fut érigée. Ses dimensions étaient modestes : cent pieds sur frente-sept. Elle n’en constituait pas moins la merveille du Nord-Ouest.
Le premier recensement complet et officiel de la colonie de la rivière Rouge remonte à l’année 1843. Il nous fournit les données précieuses que voici :
Catholiques .... 2,798 âmes.
Protestants .... 2,345 »
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