CHAPITRE XI
LE LAC MEACH
cToù l’on voyait la rive sans être aperçu, il se mit à pousser le cri d’appel de la femelle poursuivie par un prétendant importun. C’était le meuglement de notre vache, avec des sons plus rauques. L’imitation était si parfaite, qu’on tournait instinctivement la tête pour découvrir à l’environ la bête absente.
La réponse au cri d’alarme ne tarda pas à se faire entendre.
Du fond de la forêt, à deux ou trois milles en amont, descendit un mugissement de taureau furieux. L’appel et la réponse se répétèrent, cette dernière se faisant de plus en plus puissante, à mesure que l’orignal s’approchait.
Bientôt les vagues de l’air tremblèrent, le fracas des branches brisées, des pierres roulantes annonça l’arrivée du grand jaloux, et l’énorme bête, les yeux luisants, les naseaux fumeux, le panache couché sur ses puissantes épaules, apparut.
Plaise à Dieu que jamais l’orignal ne disparaisse des forêts du Canada !
N. B. Au lac Attibibi d’où j’arrive (août 1926), les orignaux, poursuivis par les mouches qui, durant les chaleurs, infestent les forêts boréales, se réfugient, par troupeaux de quinze à vingt individus, dans les baies et les marais qui le bordent. Les habitants en font un grand carnage, et leur fusillade bien nourrie rappelle aux vétérans de la Grande Querre les émotions d’autrefois. Fr. A.