CHAPITRE XII
La Réparation.
Pointe-aux-Trembles, près Montréal.
En l’année 1886, arrivait au Canada une famille française des plus honorables, la famille Brisset des Nos, composée du père et de la mère et de huit enfants. Mademoiselle de la Rousselière, sœur de Madame Brisset, les accompagnait.
Ces parfaits chrétiens n’avaient qu’un but en émigrant au Canada : sauvegarder la foi de leurs enfants menacée par les lois impies qui créaient dans la mère patrie des écoles sans Dieu et portaient atteinte à la liberté religieuse.
Mlle de la Rousselière (qui vient de mourir à quatre-vingt-trois ans au Carmel d’Angers) avait toujours entretenu une vive dévotion au Saint- Sacrement. Elle arrivait au pays munie du privilège aussi rare que précieux de garder la sainte Réserve dans sa chapelle privée.
Dévouée depuis longtemps à l’œuvre des Pères du Saint-Sacrement, elle contribua grandement à leur établissement dans la ville de Montréal. Pendant plusieurs années cette fervente de l’Eucharistie se dévoua à l’œuvre de la JOURNEE DE REPARATION DU PREMIER VENDREDI DU MOIS, qu’elle parvint à établir dans plusieurs églises.
Sur ces entrefaites, M. A. Brisset avait acheté, sur les bords du Saint- Laurent, à une dizaine de milles de la cité, dans la paroisse de la Pointeaux-Trembles, une vaste terre qui se prolongeait jusqu’au dos d’âne qui divise cette partie de l’île de Montréal. Sur cette élévation on jouissait d’une vue magnifique, soit sur la rivière des Prairies, soit par delà le Saint-Laurent, jusqu’à la montagne de Belœil. Un petit bois la couvrait d’arbres séculaires.
C’était un lieu prédestiné pour élever dans la solitude un sanctuaire au Sacré-Cœur.
La pieuse famille avait coutume de faire, le dimanche, une promenade en ce bois et d’y chanter des cantiques à la Viergç. On y plaça d’abord une statuette dans le creux d’un vieil érable. Puis, la douleur causée par certains scandales et outrages au catholicisme produits dans des lieux circonvoisins fit mûrir au cœur de ces chrétiens le désir d’y établir à perpétuité une œuvre de Réparation. L’Abbé Clément Brisset, jeune prêtre plein de promesses qu’une mort prématurée ravit trop tôÇet sa tante furent l’âme de l’entreprise.
Une modeste chapelle fut donc construite à leurs frais, et bénite (1896), par le grand-vicaire Bourgeault, remplaçant de Mgr Fabre, alors en Europe.
L’œuvre était fondée. Restait à lui trouver des Directeurs. Les Pères du Saint-Sacrement, à qui l’on s’adressa d’abord, se récusèrent. Le Père Frédéric, franciscain, de vénérée mémoire, Commissaire de Terre Sainte, présida à l’érection d’un chemin de croix monumental, chef-d’œuvre de la maison Carli. Il y prêcha en diverses circonstances. Mais ses Frères, qu’un ministère très actif absorbait, refusèrent de prendre charge.
En 1898, les Dominicains de Saint-Flyacinthe acceptèrent l’œuvre, pour ainsi dire, à l’essai. Ils bâtirent même une maison. Mais la même raison qui avait effrayé leurs prédécesseurs, la pénurie d’ouvriers, les contraignit de se désister.
Enfin en 1900, les Pères du Saint-Sacrement, vaincus par les instances de MUe de la Rousselière, se décidèrent à prendre définitivement la direction du sanctuaire. Ils devaient y demeurer dix-huit ans. Le R. Père Jean devint l’âme de ce pèlerinage auquel il consacra les meilleures années de sa vie.
Chaque printemps quelques Pères et quelques Frères se rendaient à la chapelle pour ne la quitter qu’à l’automne. Les exercices prirent un caractère essentiellement eucharistique : heure sainte prêchée trois ou quatre fois par semaine, procession à travers le bocage avec une statuette de la Vierge, récitation du chapelet à Notre-Dame de Lourdes, chemin de croix.
Grâce aux efforts du Père Jean, quêteur infatigable, des monuments remarquables furent édifiés : la grotte de l’Agonie, la grotte de Lourdes, la Scala Sancta, un bel autel sous coupole, à divers endroits du bocage transformé ainsi en véritable lieu sacré.
Tandis que le pèlerinage s’organisait et s’embellissait, les pèlerins de plus en plus nombreux, répondaient à l’appel des promoteurs. Les infirmes, les malades affluaient ; et si l’on n’eut point la joie de constater des miracles proprement dits, des améliorations notables à leur santé, des faveurs spirituelles signalées furent fréquemment obtenues.
Les autorités ecclésiastiques de Montréal favorisaient l’œuvre de tout leur pouvoir. Mgr Bruchési, comprenant le prix d’une intercession organisée officiellement pour compenser en quelque sorte, devant la justice céleste, les péchés commis dans l’immense métropole, et se rappelant les sacrifices que le saint homme Job offrait chaque matin à Jéhovah en prévision des fautes que ses enfants pourraient commettre, comblait la Réparation de ses bénédictions.
Rome, de son côté, lui prodiguait ses indulgences.
Les choses en étaient là lorsque, dans la nuit du 30 octobre 1905, un incendie, allumé par des cendres mal éteintes et ravivées par le vent, détruisit de fond en comble la maison des Pères et la chapelle. Ce fut
La Scala-Santa.
Chapelle de La Réparation.