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CHAPITRE XII. — LA RÉPARATION

pour l’œuvre un coup terrible. Mais les entreprises que Dieu bénit ne périssent point. De même que les arbres dont les branches sont violemment secouées par le vent cherchent dans la multiplication de leurs racines un principe de résistance, ainsi notre pèlerinage trouva dans la foi du peuple la force de survivre à la mauvaise fortune.

Pendant cinq ans, la Scala Sancta devint le refuge du Saint-Sacrement. On y célébra les offices tant bien que mal. L’humilité et la piété y tenaient la place de la magnificence : Dieu faisait le reste.

Enfin, en 1909, on fut à même de procéder à l’érection de la chapelle actuelle, et, le 22 juillet 1910, on l’ouvrit au culte.

C’était un modeste édifice en pierre, sans valeur artistique, sans fausse voûte, bon à peine pour l’été, bien indigne de sa destinée. Il nous permettra néanmoins d’attendre la construction d’une basilique qui soit digne du Sacré-Cœur.

De cette époque date la reprise des exercices eucharistiques. Déjà, en 1909, Monseigneur l’Archevêque avait donné aux Pères la permission de faire, deux fois par an, la procession du Très-Saint-Sacrement à travers le bois sacré, qu’on excuse l’expression. La piété populaire ayant répondu à la faveur obtenue, l’Archevêque écrivit, l’année suivante aux Pères : « J’accorde avec bonheur la faculté de faire la procession du Très-Saint- Sacrement chaque fois qu’il y aura un pèlerinage organisé et à toutes les fêtes importantes. » Le Congrès eucharistique de 1910 eut son écho dans cette humble chapelle. D’illustres évêques, parmi lesquels Mgr Rumeau, d’Angers, vinrent la visiter. Le premier dimanche d’octobre, peu de jours après la clôture du congrès, la belle statue du Sacré-Cœur qui domine la tour de la façade fut bénite.

Ce furent alors les grands jours de l’œuvre. Il y eut de magnifiques cérémonies. Et quelle ferveur ! Plus de soixante-quinze mille pèlerins vinrent à la Réparation cette année-là.

La grande guerre ralentit le mouvement.

L’année 1918 fut néfaste : les bons Pères du Saint-Sacrement qui, depuis si longtemps, se dépensaient sans compter pour l’œuvre, durent l’abandonner et la remettre aux mains de Mgr l’Archevêque.

Des fondations nouvelles qui exigeaient un nombreux personnel furent la cause de cet abandon.

L’Œuvre devait survivre à tant d’événements contraires. Elle était trop profondément sacrée au cœur de l’Archevêque et des fidèles pour ne point faire face aux pires calamités. Dans une lettre pathétique à son peuple (1918), Monseigneur fit comprendre le sens et la nécessité de la Réparation. Il trouva dans son clergé des prêtres dignes, par leur zèle et leur talent, de maintenir le pèlerinage et de le faire progresser. M. l’abbé Beaudoin, alors curé de Charlemagne, fut mis à la tête de ces fervents chapelains.

Tout le monde, cependant, comprenait qu’au point où en étaient les choses, l’établissement à la Réparation d’un ordre religieux s’imposait. Il fallait qu’un nombre suffisant de prêtres, installés en permanence à l’ombre du cher sanctuaire, l’hiver comme l’été, à la perpétuelle disposition des pèlerins, soit pour entendre les confessions, soit pour présider aux exercices quotidiens, fût assuré.

Monseigneur l’Archevêque confia donc, au printemps de l’année 1921, la Réparation aux Pères Capucins. Il connaissait depuis longtemps ces religieux ; il savait combien ils étaient populaires, quelle était leur dévotion traditionnelle à la Passion du Sauveur. Il n’ignorait pas que leur père saint François avait été donné par Notre-Seigneur à sainte Marguerite-Marie, comme modèle et patron de la dévotion au Sacré-Cœur.

Qu’il nous soit permis de dire que la confiance de l’Archevêque de Montréal n’a point été trompée. A peine installés, les Capucins se sont mis à l’œuvre avec un courage et une audace qui surprit d’abord, mais que l’événement justifia bientôt. Ils terminèrent la chapelle en en tirant le meilleur parti possible, la rendant attrayante et pieuse ; ils construisirent un vaste couvent d’études pour les jeunes clercs ; ils régularisèrent les exercices, ils firent aux pèlerins l’accueil simple et paternel qui leur est coutumier. Bref, le nombre croissant des visiteurs (il atteint, cette année, le chiffre de cent mille) témoigne de leurs succès.

Les facilités de transport déjà acquises et celles qu’on leur promet dans un prompt avenir, multiplieront certainement les pèlerins et feront de ce lieu béni un foyer puissant d’intercession et de grâces.

Chaque jour, pendant l’été, lorsque le nombre des pèlerins l’autorise on prêche, devant le Saint-Sacrement exposé, l’heure sainte, de 11 h. à midi. L’après-midi, de 3 h. à 4 h., on prêche dans le bocage le chemin de la croix.

Cette chapelle est consacrée au Sacré-Cœur. C’est lui qui règne à la Réparation, c’est lui qu’on honore et qu’on implore. C’est lui qui répand sur les foules ses grâces, ses bénédictions, ses guérisons. On prie pour soi sans doute, ici, comme il convient, mais c’est pour ies autres, surtout, qu on prie, qu on répare ; car on prétend bien que la Réparation soit l’un des paratonnerres de la ville de Montréal. Que c’est beau de voir au mois de juin, les bonnes Sœurs et les chers Frères venir, avec leurs milliers d élèves, prier et se reposer sous nos frais ombrages ; de voir en juillet les mères canadiennes s asseoir à nos tables rustiques avec leurs nombreux enfants ; de voir en août les grandes personnes, les étrangers, les Américains visiter pieusement nos sanctuaires et verser, avec leurs larmes, leurs prières et leurs désirs.

Nous disions tout à 1 heure qu à la Réparation, il ne s’est opéré

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