CHAPITRE XIII
LA LOUISIANE
tâtions de canne à sucre ; enfin, dans les terres inondées, la culture du riz fait de nouveaux progrès chaque année. Il n’est pas jusqu’aux immenses prairies, qui s’étendent à perte de vue dans la direction du Texas, et qui étaient restées abandonnées à la vaine pâture, que le cultivateur cadien 1 ne commence à défricher.
La terre, d’ailleurs, ne manquera point de longtemps aux colons. Les forêts de pin, de cyprès, de chêne-vert couvrent encore presque la moitié du territoire et sont l’objet d’une exploitation des plus actives.
L’Etat ou province de Louisiane a passé dans ces quarante dernières années par une série de crises, qui ont failli le ruiner à tout jamais. Après la guerre de Sécession et l’abolition de l’esclavage, son agriculture fut complètement anéantie. Pour comble de malheur, le gouvernement tomba aux mains d’aventuriers du Nord, les fameux carpet baggers soi-disant protecteurs des nègres, qui conduisirent le pays à la banqueroute. Il a fallu des insurrections sanglantes pour que les blancs du pays reprissent possession du pouvoir. Depuis 40 ans qu’ils y sont parvenus et que, par des mesures plus légitimes, peut-être, que légales, ils ont écarté de la politique l’influence nègre, l’ordre règne, le pays cicatrise graduellement ses plaies, et la prospérité renaît.
Le nègre, libre aujourd'hui, reçoit sur les plantations, pour son travail, un salaire quotidien de 60 cents. Plusieurs planteurs que nous avons interrogés nous ont affirmé que le système actuel de travail leur est beaucoup plus avantageux que l’ancien. Un esclave, en effet, coûtait 800 piastres d’achat, fort capital, mal garanti, de plus il devait être logé, nourri, vêtu, soigné comme un animal précieux, ce qui constituait un total de frais fort supérieurs à la somme moyenne de 160 piastres qui est annuellement déboursée par les propriétaires. Voilà assurément un résultat de la guerre auquel les abolitionistes ne s’attendaient point.
Quant à l’état moral des nègres, il ne paraît point s’être amélioré. Presque tous ceux qui étaient jadis catholiques sont baptistes aujourd’hui: ou plutôt, ils ont perdu toute religion ; et l’on assure que sur les 11 millions d’hommes de couleur vivant aux Etats-Unis, deux millions, à peine, sont chrétiens de nom.
De ces deux millions de chrétiens, deux cent mille sont encore catholiques, soixante mille en Louisiane, trente mille au Maryland. Triste et suggestive constatation ! Le tout soit dit sans vouloir réhabiliter l’esclavage.
Depuis les désastres de la guerre, la propriété foncière, en Louisiane, a totalement changé de mains. Les anciens Créoles ruinés ont été remplacés par de riches Américains du Nord. De plus, l’industrie s’est développée. On s’est enfin aperçu que rien ne s’opposait à la manufacture du coton au
1. C’est ainsi qu’on appelle en Louisiane, les anciens déportés d’Acadie.
pays même de sa culture, et des millions de dollars ont été placés fructueusement dans des entreprises de toute sorte, usines, raffineries, scieries, etc., etc.
Toutefois si la Louisiane prospère, le port même de la Nouvelle- Orléans diminue. 11 souffre, en effet, de la concurrence des lignes de chemins de fers, et des ports voisins de Mobile et de Galveston. La navigation fluviale, surtout, trop fente, n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était autrefois. Voici, d’ailleurs, la statistique du commerce maritime de la Nouvelle-Orléans pour l’année fiscale de 1896 :
Navires.
Tonnes.
Valeurs en dollars.
Entrées
Sorties
Totaux
Comme on le voit, le commerce maritime est tout d’exportation. La Nouvelle-Orléans envoie à l’Europe pour $ 76.451.000 de balles de coton. Quant aux récoltes de sucre et de riz, elles sont consommées dans l’Union Américaine et suivent la voie des chemins de fer.
La population de la Louisiane s’élevait en 1907 à 1.500.000 habitants. On estimait, en 1907, la population de la Nouvelle-Orléans à près de 400.000 âmes. Quant aux deux petites villes de Shreveport et de Bâton- Rouge, elles ne comptent chacune qu'une douzaine de mille habitants. Lafayette en a 10.000 et Alexandrie 18.000.
Nous allons décomposer maintenant cette population de l’Etat, de notre mieux, d’après les renseignements recueillis sur place ; en faisant, toutefois, observer aux lecteurs que nos chiffres n’ont qu’une valeur approximative.
Population totale , en 1910, environ :
Nègres et mulâtres : 700.000 )
Blancs : 800.000 j — 1-500-000
Créoles de race française : de 150.000 à 200.000
Population catholique.
Créoles français 1 : 200.000
Catholiques non créoles : 283.000
Catholiques de couleur : 60.000
Total des catholiques : 543.000
L Par créoles il faut entendre, non les mulâtres, mais les enfants des anciennes familles blanches, la plupart d’origine française.