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CHAPITRE XIII. — LA LOUISIANE

la rive gauche du grand fleuve, un peu au-dessus de l’Arkansas, et lui donna le nom de Rio Grande de Florida. Sans se laisser décourager par un tel obstacle, il le franchit en radeaux, et se plongea de nouveau dans les solitudes de l’ouest. Enfin, à bout de forces et d’espoir, le héros donna ordre de rebrousser chemin. Il regagna le Mississipi, non loin de la Rivière Rouge, juste à temps pour mourir. Son corps fut, par ordre de Luis de Muscoso qui avait pris le commandement de l’expédition, déposé dans le lit profond du fleuve, et les débris de sa troupe, descendant le courant jusqu’à la mer, parvinrent à se construire quelques barques et à gagner, sans fâcheuse aventure, les côtes du Mexique.

Le mauvais succès de ce grand voyage effraya les conquérants, et, pendant cent trente-deux ans, la Louisiane, inconnue et redoutée, demeura à l’état de terre légendaire. Il était réservé à la France de prendre pied la première, dans la vallée du Mississipi.

Ç’avait toujours été le rêve des colonisateurs du Canada de découvrir une voie directe qui conduisit de Québec à la Chine. Sous l’impulsion de cette pensée, ils gagnaient sans cesse vers l’ouest, et ils avaient visité successivement tous les grands Lacs, à la recherche d’un fleuve puissant, dont leur parlaient les Indiens, et qui devait, pensaient-ils, les porter à l’océan Pacifique.

L’honneur de la découverte et de l’exploration du Mississipi revient pourtant principalement à trois hommes : au coureur des bois Joliet, au jésuite Marquette, et au normand Robert Cavelier de la Salle.

Dès 1669, ce dernier avait commencé ses voyages dans le but bien déterminé de parvenir jusqu’au grand fleuve. Ce ne fut pas lui, cependant, qui l’atteignit le premier. La gloire en était réservée à Marquette et à son compagnon.

En effet, partis au printemps de 1673, de Mickillimakinac, où le Père avait sa mission, les deux vaillants voyageurs, accompagnés de cinq hommes, gagnèrent, en canots d’écorce le lac Michigan et la Baie Verte ; puis, remontant la rivière Fox, ils portagèrent jusqu’à la rivière Wisconsin, laquelle ils descendirent jusqu’à son embouchure dans le Mississipi. Une fois arrivés sur le fleuve, nos explorateurs se laissèrent emporter au courant et ne s’arrêtèrent qu’à la bouche de l’Arkansas. Parvenus à ce point, et convaincus désormais que le flot les menait, non à l’ouest, mais au sud, ils jugèrent prudent de mettre un terme à leur course, et reprirent péniblement le chemin du Canada.

Cependant Cavelier de la Salle n’avait point renoncé à ses projets. Après de longues années de retards et de campagnes avortées, pendant l’une desquelles son compagnon, le récollet Hennepin, fait prisonnier par les Sioux, découvrit les chutes de Saint-Antoine, actuellement Minnéapolis, sur le haut Mississipi, 1680, il parvint à organiser une expédition de cinquante-quatre hommes, à la tête de laquelle il s’engagea résolument sur

l’Illinois. Cette rivière le porta rapidement sur le Mississipi. De la Salle, au comble de ses vœux, résolut de pousser à fond l’aventure et de ne

point s’arrêter qu’il n’eût atteint la mer.

Il atteignit effectivement le golfe du Mexique le 9 avril 1682. Après avoir rendu grâces au ciel, nos voyageurs prirent solennellement possession du pays auquel ils donnèrent le nom de Louisiane, en 1 honneur d^ Louis XIV. Un procès-verbal de la dite prise de possession fut dressé, et une croix fut plantée, au pied de laquelle on enterra une plaque de plomb portant les armes du roi de France et cette inscription : Ludovicus Magnus régnât.

Ces formalités accomplies, l’expédition reprit joyeusement le chemin du Canada, d’où Cavelier de la Salle, partant en grande hâte, s’empressa de faire rapport à la cour de sa découverte.

Louis XIV fit à l’illustre voyageur l’accueil qu’il méritait, et, comprenant l’importance du pays dont il avait enrichi sa couronne, il le mit à la tête d’un armement considérable, avec mission d’établir une colonie en Louisiane.

La Salle quitta donc le port de la Rochelle en juillet 1684, avec une flottille de quatre navires et une troupe de deux cent quatre-vingts colons.

Cette première tentative de colonisation finit par un désastre. La Salle avait mal relevé la longitude du Mississipi, faute, sans doute, d’instruments ; il se trompa de route et vint débarquer sur les côtes du Texas, à Matagorda. Après deux années d’efforts héroïques, la malheureuse colonie, succombant à la maladie et à la famine, se trouva presque anéantie. Les survivants prirent alors le parti de gagner à pied le Canada. Mais de la Salle, dont le caractère altier avait aigri quelques-uns de ses compagnons, fut assassiné par eux. Bref, tous périrent, sauf le prêtre Joutel, l’abbé de la Salle et un petit nombre d’hommes fidèles, qui réussirent, après dix-huit mois de marche forcée dans la forêt, à rejoindre les postes français.

La cour de France ne se laissa point décourager, néanmoins, par un aussi fâcheux accident ; et dès que la paix de Ryswick, 1697, lui laissa le loisir de penser aux affaires d’Amérique, Louis XIV donna ordre de préparer un nouvel armement. L’âme de cette nouvelle entreprise fut le comte de Pontchartrain, Ministre de la marine, assisté du comte de Maurepas, son fils et son secrétaire.

Ces deux habiles ministres, cherchant un homme à qui ils pussent confier, en toute sécurité, la direction de l’expédition, jetèrent les yeux sur un Canadien illustre, le capitaine de vaisseau Pierre Lemoyne d’Iberville. Celui-ci accepta, et, prenant avec lui deux de ses frères, Sauvolle et Bienville, pour lieutenants, il hâta les préparatifs du départ, car il savait que les Espagnols et les Anglais s’efforçaient de le gagner de vitesse. Le 24 octobre 1698, il quitta donc le port de Brest avec quatre navires, et le

René-Robert Cavelier de la Salle.

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