CHAPITRE XIII. — LA LOUISIANE
27 février 1699, il jeta l’ancre dans la baie de Mobile. Quelques jours plus tard, des vaisseaux anglais faisaient, en effet, leur apparition dans les passes du Mississipi ; mais, voyant la place prise, ils durent, à leur grand chagrin, reprendre la mer sans rien entreprendre.
L’histoire des commencements de la Louisiane, avec ses mortels tâtonnements, son ignorance des véritables conditions d’une colonisation avantageuse, ses querelles intestines, serait du plus haut intérêt pour tous ceux qui ont à cœur le succès de nos entreprises coloniales actuelles, nous ne saurions l’entreprendre dans un article de revue, et nous nous contenterons d’en retracer ici les grandes lignes.
Les Français débarquèrent donc en février 1699, à Biloxi ; et d’Iberviile, avant de retourner en Europe, donna à son frère Sauvolle le commandement de la petite colonie.
L’année suivante, 1700, d’Iberville reparut à Biloxi, apportant avec lui des vivres et amenant quelques renforts. C’est à cette époque que remonte la construction du fort Maurepas, sur les bords du Mississipi.
En 1701, d’Iberville revint, et nomma gouverneur de la colonie, à la place de Sauvolle, emporté par une fièvre pernicieuse, août 1701, son autre frère, le jeune Bienville, qu’on peut, à juste titre, appeler le fondateur de la Louisiane.
En 1702, Biloxi fut abandonnée, et les Français allèrent s’établir, non loin de là, à Mobi'e, malgré Bienville qui déjà prétendait que les passes du Mississipi étaient navigables et qui songeait à bâtir une ville sur le fleuve.
Le voyage de cette année fut le dernier que d’Iberville fit en Louisiane; il mourut, quatre ans plus tard, de la fièvre jaune à la Flavane.
En 1703, grand événement dans la colonie naissante. La cour envoie pour la première fois à Mobile vingt-trois filles à marier.
Les années qui suivirent se consumèrent en vaines querelles entre les principaux magistrats de la colonie ; tellement que le roi, fatigué des plaintes incessantes portées contre le gouverneur, le releva de son office, et envoya un commissaire pour enquêter sur son administration. Mais comme, cl’un côté, l’enquête le justifia complètement, et que, de l’autre, son successeur de Muys, mourut en chemin, à la Havane, Bienville ne quitta point la colonie et continua à gouverner par intérim.
Enfin, en 1712, la couronne, fatiguée des dépenses considérables qu’elle faisait pour une colonie qui ne progressait point, la céda, par une charte, au sieur de Crozat, lequel en prit la souveraine administration, comptant, pour rentrer dans ses débours, sur les profits que lui procurerait le monopole du commerce.
Crozat nomma gouverneur de Louisiane Lamothe Cadillac. Lamothe Cadillac était un brave officier qui s’était distingué au Canada, où il avait fondé le Détroit ; mais il se montra administrateur déplorable. Brouillé
avec Bienville, qu’on avait relégué dans le petit fort de Natchez mais qui conservait dans la colonie un fort parti, il faillit perdre le pays. Après quatre ans il fut rappelé. Son successeur, de l’Epinay, ne resta qu’un an gouverneur, 1717-1718. L’année 1717, en effet, Crozat, ruiné, passa la main à la célèbre Compagnie des Indes, mieux connue sous le nom de Compagnie du Mississipi, fondée par l’Ecossais John Law, de désastreuse mémoire.
Lorsque la Compagnie des Indes prit la Louisiane, on peut dire que la colonie n’en était encore qu’à la première période de l’existence, puisque, en 1712, elle ne comptait en tout, soldats compris, que trois cent quatrevingts habitants.
La Compagnie, qui ruina la France, fut, au contraire, la providence de l’Amérique. Elle y envoya une foule d’émigrants et d’esclaves ; si bien que, au recensement de 1721, la Louisiane avait déjà une population de 5.420 blancs et de 600 nègres, en tout 6.020 habitants.
11 est vrai que cette population, ramassée sans discernement, même dans les rues de Paris, était peu propre au genre de vie auquel on la destinait, ce qui explique l’effrayante mortalité dont elle fut frappée et le peu de progrès des premiers défrichements.
On a reproché également à la Compagnie d’avoir expédié dans la colonie, en même temps que les filles de l’Hôpital Général de Paris, les filles à la cassette, recommandables à tous égards et mises sous la protection des dames Ursulines, des femmes de mauvaise vie dont on débarrassait la capitale aux dépens de la Louisiane,
Cependant Bienville, rétabli en 1718 dans ses fonctions de gouverneur, était parvenu enfin à réaliser son rêve depuis si longtemps caressé, et avait jeté les fondements d’une cité qu’il voulut nommer, en l’honneur du régent, la Nouvelle-Orléans. II n’eut pas de repos que le siège du gouvernement, transféré, en 1720, de Mobile à Biloxi, ne fût fixé définitivement, 1723, dans la ville nouvelle. C’est ainsi que Bienville mérite le double titre de fondateur de la Louisiane et de sa capitale.
A cette même époque la colonie fut divisée en neuf districts.
Bienville ne jouit point longtemps de son triomphe. Dénoncé et calomnié par des ennemis puissants, il reçut, en 1724, des lettres de rappel et dut quitter le pays.
Son successeur, Périer, qui ne connaissait point les moeurs des Sauvages, s’étant brouillé avec les Natchez, ceux-ci envahirent les campagnes et égorgèrent une foule de colons. Tel fut le commencement des malheureuses guerres indiennes qui, pendant de longues années, désolèrent la Louisiane.
En 1731, la Compagnie des Indes, découragée, remit sa charte entre les mains du roi, et la Louisiane redevint colonie de la couronne, Périer, repoussé dans une expédition contre les Chickasaws, tomba en disgrâce,