CHAPITRE XIII
LA LOUISIANE
L’Espagne n’ignorait point leurs agissements. Aussi se résigna-t-elle sans peine à rétrocéder la colonie à la France.
Ce fut en 1800 que Napoléon, premier consul, négocia, par un traité secret avec Charles IV, l’échange de la Toscane contre la Louisiane. Pendant un an, ce traité ne fut point divulgué, par crainte des entreprises de l’Angleterre. Mais les Etats-Unis ne pouvaient demeurer indifférents à ce qui se passait. Le président Jefferson envoya donc à Paris le célèbre Monroe, qui de concert avec l’ambassadeur américain, demanda au gouvernement français la cession de la Louisiane moyennant une compensation pécuniaire. Ce n’était ni plus ni moins qu’un achat qu’il proposait. Napoléon prêta l’oreille à ses avances. Il prétendait, non sans raison, que la France, dépourvue de marine, serait impuissante à défendre la Louisiane, soit contre l’Angleterre, soit contre les Etats-Unis et qu’il fallait à tout prix consolider la position de ceux-ci, nos alliés naturels. Une autre raison qu’il ne donnait point et qui était peut-être la principale à ses yeux, c’était le besoin d’argent. Le marché fut donc conclu, et les Etats-Unis achetèrent, pour la somme de quatre-vingt millions, un pays grand comme plusieurs fois la France, 30 avril 1803.
Le commissaire du gouvernement français, Laussat, ignorait encore ce marché quand il arriva à la Nouvelle-Orléans le 26 mars 1803. Il y fut reçu avec des transports de joie. Mais, lorsque le résultat des négociations fut publié, ce peuple que l’on vendait ainsi pour la seconde fois sans son consentement, en éprouva un vif sentiment d’amertume.
Le 30 novembre 1803 le gouverneur espagnol Salcedo remit solennellement à Laussat l’administration de la Louisiane et vingt jours plus tard, 20 décembre, l’envoyé français accomplit la même cérémonie en faveur des commissaires américains, Claiborne et Wilkinson, délégués du président. La Louisiane faisait désormais partie intégrante de l’Union américaine.
Toutefois elle n’y fut point d’abord admise avec les droits d’un Etat. On la réduisit à ses dimensions actuelles, on la déclara territoire et le président lui donna Claiborne pour gouverneur, 5 octobre 1804. La Nouvelle-Orléans comptait alors huit mille habitants et le pays annexé soixante mille.
Sept ans plus tard, 1811, la Louisiane fut enfin proclamée Etat autonome, et le même Claiborne, dont on était satisfait, fut confirmé dans sa charge par le vote populaire.
Désormais l’histoire de la Louisiane se confond avec celle des Etats- Unis, aux prodigieux accroissements desquels elle participe. En 1812 le premier bateau à vapeur qui descend le fleuve vient s’attacher à ses quais. En 1815, le général Jackson remporte, sur une armée anglaise d’invasion, la fameuse victoire de la Nouvelle-Orléans. En 1840 la ville compte déjà cent deux mille habitants ; son commerce est immense et ses levées sont
bordées de navires ; elle est le port où convergent toutes les exportations des Etats du Centre et du Sud.
Malgré l’invasion toujours croissante des Américains dans la Louisiane, on peut dire que les Créoles conservèrent jusqu’en 1860 leur prééminence dans le pays. Ils possédaient le sol et les esclaves, et vivaient magnifiquement dans la ville et sur leurs plantations. Ils étaient envoyés tout jeunes à Paris pour y faire leur éducation, et ils y retournaient fréquemment pendant les pénibles saisons d’été.
La guerre de Sécession les surprit non préparés et les ruina. Tout l’Etat d’ailleurs fut ruiné. Tombée aux mains des carpet baggers et des nègres, l’administration de la Louisiane devint pendant quelques années le scandale des Etats-Unis. Il fallut une véritable insurrection des blancs pour rétablir les choses. Aujourd’hui, et depuis vingt ans, tout est revenu dans l’ordre. Une nouvelle constitution a enlevé virtuellement aux nègres leurs droits électoraux. Tout renaît, tout prospère. Malheureusement l’ère de la grandeur des Créoles semble close, et ils disparaissent de plus en plus dans le flot montant de la nationalité américaine.
Comme on l’a vu plus haut, la Louisiane comptait, en 1910, 1.500.000 habitants, dont 390.000 habitaient la Nouvelle-Orléans.
Comme nous l’avons dit plus haut, le Mississipi fut découvert, en 1673 par un jésuite, le Père Marquette. Après lui, en 1680, le récollet Hennepin visita le cours supérieur du fleuve. Enfin nous savons que, dans son expédition de 1682, de la Salle était accompagné d’un autre récollet, le P. Cenore Mambré.
Dans son second et dernier voyage, l’infortuné explorateur eut pour compagnons deux ecclésiastiques : son frère l’abbé Cavelier de la Salle, et le piètre Joutet, qui lui survécurent.
En 1699, d’Iberville amena avec lui en Louisiane un récollet attaché à la flotte, le Père Anastase Donaty. Un an plus tard, ce fut le tour du Père du Ru, jésuite.
La Louisiane, depuis son origine, fut incorporée à l’immense diocèse de Québec. La cour avait, d’abord, eu d’autres vues. Elle avait demandé et obtenu de Rome des bulles pour l’érection de plusieurs vicariats apostoliques dans la vallée du Mississipi. Mais Monseigneur de Saint-Vallier, éveque de Québec, eut la malencontreuse idée de réclamer comme siens les nouveaux territoires, alléguant qu’ils avaient été découverts par ses diocésains, et qu il lui était facile d’en faire la visite et l’inspection.
Le gouvernement du grand roi, qu’on accuse si facilement de nos jours d arbiti aire, se garda bien de passer outre aux réclamations du prélat. L’affaire fut référée à un.e Commission composée de trois membres :