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LIVRE II

L’AGE HEROÏQUE CHAPITRE I Les Sauvages primitifs1

Il est bien difficile à nos contemporains de se faire une idée à peu près exacte de l’Amérique du Nord au commencement du XVIIe siècle, c’est-à-dire à la naissance des colonies.

Ces immenses régions où vivent actuellement en abondance plus de cent vingt millions d’hommes blancs étaient alors couvertes de forêts, épouvantables repaires de bêtes fauves et de quelque trois cent mille Indiens presque aussi sauvages que les bêtes.

Ces pauvres gens, dispersés par familles ou par tribus le long des rivières qui leur servaient de routes, ressemblaient plus aux animaux, dont ils adoptaient les noms et la parenté, qu’à de vrais hommes. Autant l’instinct chez eux était développé autant l’intelligence demeurait atrophiée. Comme les bêtes ils se reconnaissaient dans le dédale des grands bois, suivant les pistes, infatigables à la marche, peu sensibles aux intempéries. Mais, aveuglément attachés aux routines ancestrales, réfractaires aux progrès, ils ne songeaient point à améliorer leur sort. Conçus dans la misère, ils succombaient de bonne heure aux maladies qu’engendre le manque de confort, et chez eux les vieillards étaient rares. Incapables de perfectionner leurs engins de chasse et de pêche ils criaient famine au milieu des forêts les plus giboyeuses et près des mers les plus riches en poissons.

Le sol, d’ailleurs, malgré sa fertilité, ne produisait spontanément que peu de choses, des fraises, des framboises, des bluets, des prunelles, quelques baies sauvages.

Il est bien vrai que certaines nations industrieuses, les Hurons, par exemple, et les Iroquois, récoltaient dans les clairières, un peu de maïs, des courges et des fèves sauvages, parfois même de la folle avoine dans les marais, voire du pétun ou tabac ; mais ces précaires ressources ne formaient qu’un appoint à leur alimentation et à leurs autres besoins.

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