D’après Benjamin Suite
D’où la nécessité pour tous les indiens de recourir à la chasse et à la pêche.
Les Sauvages de l’Acadie et les Algonquins du Saint-Laurent menaient la vie nomade. Chaque famille végétait à l’écart, sous l’abri douteux d’une hutte de branchages qu’on dressait en quelques heures et qu’on recouvrait, l’hiver, de peaux d’orignal. La fourrure des castors et des ours, le feu du foyer les préservaient tant bien que mal du froid ; mais rien ne les préservait du double fléau des maringouins et de la fumée.
Si les nomades étaient inférieurs aux Durons et aux Iroquois, lesquels vivaient en peuplades et jouissaient d’une ombre d’organisation, la supériorité de ces derniers n’allait pas loin. Au fond, tous ces hommes se valaient : même orgueil ridicule, même corruption morale, même imprévoyance puérile, même abominable cruauté à la guerre, même fourberie pendant la paix.
Dans de telles conditions, pouvait-il exister au fond de l’âme de ces peuples quelque possibilité d’un sens religieux véritable? Assurément non. « L’homme animal, dit saint Paul, ne conçoit point ce qui est spirituel. » Pour surnaturaliser une nation de longues périodes de culture intellectuelle sont nécessaires. Autant il est aisé de convertir un individu en l’arrachant tout jeune à son milieu barbare et en l’élevant parmi les chrétiens, autant il est difficile de modifier la mentalité d’une tribu isolée et de lui inculquer les concepts d’une moralité supérieure.
Est-ce à dire que les Indiens fussent des athées? Pas davantage. Ils voyaient des dieux partout. Ils rêvaient de territoires bienheureux, de chasses plantureuses, de combats victorieux, de scalpes innombrables. Ils croyaient au Grand Esprit, à des êtres malfaisants, auteurs des cataclysmes ; ils s’efforcaient d’apaiser leur colère par des sacrifices et des conjurations ; ils entretenaient des jongleurs, sorciers, médecins. Mais, dans leur culte, nulle trace d’amour et de moralité : superstition pure \
Les navigateurs bretons et basques qui, depuis longtemps, pêchaient chaque été, la morue dans ces parages, connaissaient mal les Indiens qu’ils méprisaient et redoutaient également. Ils ne s’aventuraient point dans l’intérieur des terres, et, une fois rentrés dans leur patrie, ils contaient à leurs amis, l’hiver au coin du feu, des récits fantastiques.
Tels étaient les barbares que nos missionnaires évangélisèrent. Impuissants à les retenir près d’eux à Québec, ils les suivaient dans leurs cantons et s’établissaient parmi eux, bravant l’horreur d’une odieuse promiscuité. Ils apprirent leurs langues. Méprisés, maltraités, trahis par leurs néo-
1. A ceux qui trouveront ce jugement trop sévère nous en référons à la Relation du P. Charles Lallemant (année 1626). Ce Jésuite va plus loin que nous. Il dit en propres termes : « Ces Sauvages n’ont aucun culte divin, ni aucunes sortes de prières. »
Jacques Cartier 1494-1554.