CHAPITRE XIII
LA LOUISIANE
l’établissement des Ursulines qui a rendu jusqu’à nos jours des services inappréciables à la colonie.
Mgr Duplessis-Mornay ayant donné sa démission d’évêque de Québec en septembre 1733, ses successeurs, les évêques Dosquet, de l’Auberivière, de Pontbriand et Briant, continuèrent à administrer de loin l’église de Louisiane. Les deux derniers, de 1741 jusqu’à la chute de la domination française, confièrent cette charge à un homme éminent, l’abbé de Ville- Dieu, M. de la Rue, qui demeurait à Paris et portait le titre de vicairegénéral pour cette portion du diocèse de Québec.
L’année 1763 fut signalée en Louisiane par l’expulsion des Pères jésuites que poursuivait alors, sur toute la terre, la haine des philosophes et des libres penseurs appuyés par le ministre Choiseul. En effet, sur un ordre venu de la cour, ces zélés religieux furent chassés. Leurs biens confisqués et vendus à l’encan rapportèrent au trésor la somme de cent quatrevingt mille piastres.
La domination espagnole trouva l’Eglise louisianaise sous la direction du Père Dagobert, capucin, curé de la Nouvelle-Orléans et vicaire-général de l’évêque de Québec. Le roi d’Espagne ne tarda point à la faire changer de juridiction et à la rattacher au diocèse de Santiago de Cuba.
En conséquence, dès 1772, l’évêque de Santiago envoya des capucins espagnols qui devaient prendre la succession de leurs confrères français. Mais les choses ne se passèrent point comme il le souhaitait. L’arrivée des Pères espagnols excita une telle émotion dans la population, qui était toute dévouée au Père Dagobert et à ses religieux, que le gouverneur Unzaga, homme sage et conciliant, se vit obligé de promettre que les capucins français ne seraient point troublés dans leur ministère jusqu’à leur mort. Les religieux des deux nationalités vécurent donc paisiblement ensemble sous la supériorité d’un nouveau vicaire-général, le Père Cirilo de Barcelona.
Cependant le roi d’Espagne, si zélé pour la religion, ayant appris que jamais la confirmation n’avait encore été donnée dans le pays, s’empressa de demander au Saint-Siège pour le supérieur local le droit d’administrer ce sacrement ; puis, sur le refus de la curie, se ravisant, il demanda et obtint que le Père Cirilo fût nommé évêque auxiliaire de Cuba pour les possessions espagnoles de Floride et de Louisiane, avec résidence à la Nouvelle-Orléans.
Le nouvel évêque, sacré avec le titre de Tricali, retourna en 1781 dans sa mission. Le gouvernement lui fit un traitement de quatre mille piastres, comme en témoigne une lettre du gouverneur Galvez à l’évêque de Cuba, 1785.
La Louisiane comptait à cette époque, 1781, un assez grand nombre de paroisses ou missions, dont voici d’ailleurs la liste :
Paroisse de la Nouvelle-Orléans : un curé et cinq vicaires.
Paroisses de Terre-aux-Bœufs, de Saint-Charles, de Saint-Jean-Baptiste, Saint-Jacques, l’Ascension, Saint-Gabriel, Pointe Coupée, Attacapas, Opelousas, Natchitoches, Natchez, Saint-Louis, Sainte-Geneviève, Saint- Bernard. Total quinze paroisses et dix-neuf prêtres, probablement tous capucins. Mais le temps approchait de la constitution définitive de l’Eglise de Louisiane.
Par lettre du 30 novembre 1792, Sa Majesté Catholique notifia à Mgr Cirilo que, vu l’érection imminente de la mission de Louisiane en diocèse, il eût à quitter la Nouvelle-Orléans et à se retirer dans sa province. Le saint vieillard obéit volontiers à l’ordre du roi, car sa charge lui avait procuré plus de déboires que de consolations. Il se retira donc à la Havane où il termina ses jours dans la pratique de toutes les vertus.
Dès lors, le terme de la mission des capucins en Louisiane ne pouvait être éloigné. D’ailleurs, les horreurs de la Révolution, en France, et des guerres d’indépendance, en Espagne, ayant tari la source des vocations religieuses, les missionnaires qui moururent successivement ne furent plus remplacés.
Le 25 avril 1793, Sa Sainteté le pape Pie VI publia la bulle d’érection du nouveau siège de la Nouvelle-Orléans, donnant pour motif à la dite érection : « le misérable état de la religion et de la discipline ecclésiastique dans cette province. » La bulle marquait que la résidence du nouvel évêque serait la Nouvelle-Orléans et qu’il devrait avoir un chapitre ou conseil de deux chanoines.
L’évêque élu fut don Luis Penalver y Cardenas, d’une noble famille de la Havane. Il fit son entrée dans la ville épiscopale le 17 juillet 1795.
On a conservé le premier rapport de l’évêque au roi. Il y est fait un tableau peu flatteur de l’état de la religion dans le diocèse : « Beaucoup d’adultes, dit le rapport, meurent sans sacrements. Des onze mille âmes dont se compose cette paroisse, à peine quatre cents accomplissent le devoir pascal. Pas plus d’un quart de la population de la ville entend la messe, et cela les dimanches ou quelques grands jours de fête. La plupart des hommes mariés vivent en concubinage, et il se trouve des pères de famille qui procurent des maîtresses à leurs fils pour les empêcher de songer au mariage1. »
L administration du zélé Mgr Penalver fut malheureusement trop courte pour le bien de l’Eglise. Il fut, en effet, transféré, 20 juillet 1801, à l’archevêché de Guatemala.
Son successeur, le Père Porro y Peindo, un franciscain du couvent des Saints-Apôtres à Rome, ne vint jamais en Louisiane. Le bruit s’était répandu de la cession du pays par 1 Espagne, et l’on jugea prudent de suspendre le départ de l’évêque. Selon certains historiens le Père Porro