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CHAPITRE XIV

UN VOYAGE A LA GUADELOUPE

climatériques ne sont plus compensés par des avantages financiers. Pourquoi risquer sa vie sans espoir de fortune ?

L’histoire de Saint-Christophe mérite d’être racontée.

Lorsque Christophe Colomb et ses c ompagnons découvrirent les Petites Antilles ils se contentèrent de leur donner des noms et poussèrent plus avant leurs courses. Saint-Domingue, Cuba, la Terre Ferme avaient, en effet, un autre intérêt pour eux que ces îlots miscroscopiques perdus dans l’océan ; d’autant plus que les dits îlots étaient peuplés d’une nation belliqueuse, les Caraïbes, qui défendit son indépendance jusqu’à la mort.

Ce ne fut donc qu’au XVIIe siècle que les peuples tard venus au festin du Nouveau-Monde en recueillirent les miettes et songèrent à coloniser les Antilles.

Un aventurier normand, moitié héros, moitié corsaire, partit un jour du port de Dieppe, 1625, sur un brigantin de quatre canons, à la conquête des trésors que les galions Espagnols rapportaient chaque année d’Amérique en Espagne. Il s’appelait d’Esnambuc, et soixante hardis compagnons s'attachèrent à sa fortune.

Malheureusement, ou plutôt heureusement, le premier galion qu’ils rencontrèrent était si gros qu’ils ne réussirent point à le capturer, et que, après un rude combat, ils se virent obligés de relâcher à Saint-Christophe pour réparer leurs avaries. Le pays leur parut merveilleux ; ils résolurent d’y rester. La première colonie française était fondée.

Au même moment, par un hasard extraordinaire, un Anglais, le capitaine Overnard, débarquait à l’autre extrémité de l’île et s’y établissait. Les deux troupes, au lieu de se battre, prirent le parti de se partager équitablement le nouveau territoire. Ce parti, si sage en apparence, était gros de complications futures et devait faire verser des flots de sang. Quoi qu’il en soit, Saint-Christophe devint pour les deux nations le centre de leur pouvoir dans les Indes et la résidence des gouverneurs généraux. Nous n’avons point à raconter ici les désastres habituels de toutes les fondations nouvelles, les guerres acharnées que se firent les colons des deux peuples, la prospérité merveilleuse à laquelle l’île parvint, et sa cession finale à l’Angleterre, 1713. Il vaut mieux insister sur leur origine.

La France, à cette époque, était gouvernée par un grand homme, ou, plutôt, par deux grands hommes, Richelieu et le Père du Tremblay, la fameuse « Eminence grise ».

Le Capucin, à qui la politique ne fit jamais oublier la religion, venait précisément de recevoir de Rome pleins pouvoirs pour fonder des missions de son Ordre en Orient, et même en Amérique, depuis le Canada jusqu’au Brésil.

Aussi, lorsque d’Esnambuc, de retour en France, fit rapport à Richelieu de ce qu’il avait vu et de ce qu’il avait fait, le puissant ministre le

reçut-il avec bienveillance et entra-t-il dans ses idées de fonder un empire français d’Amérique.

Une compagnie fut promptement organisée, sous le nom de Compagnie des Indes occidentales, à laquelle le Roi octroya droits et privilèges sur toutes les terres vacantes dans ces parages, depuis le Xe jusqu’au XVIIIe degré de latitude septentrionale.

Un des premiers actes de la Compagnie fut de réclamer des missionnaires capucins et dominicains pour ses nouveaux domaines ; les derniers étaient destinés à la Guadeloupe, comme nous verrons plus tard.

Les premiers Capucins qui partirent pour les Antilles n’eurent qu’une obédience provisoire, car les arrangements entre la Compagnie, l’Ordre et la cour de Rome ne furent définitivement réglés que le 4 juin 1636. Ces premiers missionnaires qui vinrent de Paris, s’embarquèrent en 1633 ; ils s’appelaient le Père Pacifique de Provins, supérieur, et les Pères Marc et Jérôme. Le Père Marc ne résista pas longtemps au climat ; il mourut en 1636, à Saint-Christophe, laissant derrière lui une réputation de sainteté.

Cette mission fut alors confiée aux Capucins de la Province de Normandie, compatriotes de la plupart des émigrants, plus capables, par conséquent, de s’adapter à leurs mœurs. La première expédition, juin 1636, se composa des religieux suivants : R. P. Raphaël de Dieppe, supérieur, Joseph de Caen, Archange de Changoubert, Baptiste des Andelys, Pacifique d’Eu, plus, le Frère Paulin de Rouen.

D’Esnambuc accueillit affectueusement les religieux, et leur fit deux établissements, l’un à la Basse-Terre, l’autre à la Capesterre. Ils eurent, en plus, deux chapelles à desservir : à l’anse Louvet et à la Pointe-de- Sable, le Sand Point d’aujourd’hui.

Ces bons religieux, dit l’historien du Tertre, furent les premiers à prêcher l’Evangile à Saint-Christophe, car les aumôniers des troupes qui les précédèrent se contentaient de dire la messe et de visiter les malades ; et ils édifièrent tout le monde jusqu’à leur expulsion.

Cette expulsion, je la raconterai tout à l’heure.

D’Esnambuc mourut en 1637, après avoir vu le glorieux épanouissement de son œuvre. C’est, en effet, sous son administration, que les Français, jaloux de voir les Anglais s’annexer successivement Nieves, Antigua et Montserrat, s’emparèrent de la Guadeloupe et de la Martinique, les plus belles et les plus importantes îles de tout le groupe des Petites Antilles. Le successeur de d’Esnambuc au gouvernement général fut M. le Marquis de Poincy, dont les procédés administratifs sont demeurés légendaires.

Un jour, en effet, nous ignorons pour quel motif, il cessa de plaire à la Compagnie et il fut démis de ses fonctions. Mais Poincy n’était point d’humeur accommodante, et il savait qu’entre Versailles et lui s’étendait un vaste Océan. Aussi, lorsque le nouveau titulaire, M. de Thoisy, débarqua

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