‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 188 sur 225 · V. Ferland. Hist. T. I, p · texte numérisé non relu

V. Ferland. Hist. T. I, p

partout des gouverneurs locaux, puis fit voile pour le Canada où il fut reçu comme un sauveur. On sait comment il réprima les incursions des Iroquois et rétablit les affaires si troublées de la colonie.

Dix ans plus tard, nouveaux changements. La Compagnie, tombée en déconfiture, fut supprimée par le Roi qui racheta ses droits, au prix de trois millions cinq cent mille livres tournois, et réunit les colonies au Domaine, 1674. Les îles comptaient alors quarante-cinq mille habitants.

Cependant une révolution économique était déjà commencée qui devait ruiner Saint-Christophe et changer aux Antilles la face des choses.

Jusqu’ici, on n’y cultivait que le tabac et le coton. Des engagés, transportés d’Europe sur les vaisseaux du Roi ou de la Compagnie, moyennant un contrat de travail forcé de trois ans, recevaient, à l’expiration de leur terme, des terres sur lesquelles ils s’établissaient. Mais le travail des champs est fatal aux Européens, sous les tropiques, et bien peu résistaient à la fatigue.

La question de la main-d’œuvre devint donc pour la colonie une affaire de vie ou de mort. Les Caraïbes ne voulurent pas se soumettre à un travail régulier, et disparurent, d’ailleurs, rapidement. Ce fut alors qu’on tourna les yeux vers l’Afrique et que la traite des noirs s’inaugura.

A la même époque, la canne à sucre fit son apparition dans les îles, et son exploitation donna tant de profits qu’elle fit abandonner toutes les autres. La petite culture disparut donc, faute de capitaux pour se transformer ; et de grandes sucreries s’établirent à même les anciens domaines, qui se trouvèrent promptement réunis entre les mains de quelques riches planteurs. Les « petits blancs, » c’est ainsi qu’on appelait les petits propriétaires, passèrent à Saint-Domingue ou moururent. Le fait est que les milices coloniales qui comptèrent un moment, dans l’île de Saint- Christophe, quatre mille soldats, n’en avaient plus, en 1690, que trois cent cinquante. Le travail noir avait remplacé le travail blanc, pour le plus grand bien économique du pays, sans doute, mais pour la ruine de notre domination.

Aussi, lorsque, en 1702, le général anglais Codrington, à la tête de 2500 ni iliciens, envahit nos frontières, le gouverneur français, comte de Gennes, qui n’avait que quatre cents soldats, fut bien obligé, malgré une brillante défense, de capituler finalement. L’île était perdue, et le traité

d Utiecht, 1713, si funeste aux colonies, .ne fit que légaliser le fait accompli.

Depuis ce temps l’île de St-Kitts n’a point cessé d’appartenir à l’Angleterre.

Partis de Saint-Christophe assez tard dans la soirée du 13 février, nous nous trouvâmes devant Antigua de bonne heure le lendemain matin’ Nous mouillâmes à trois milles du bord, et comme l’île ne contient rien

Une MULATRESSE DE LA GUADELOUPE.

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