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CHAPITRE XIV. — UN VOYAGE A LA GUADELOUPE

d’intéressant, je ne descendis point à terre. J’eus cependant le plaisir de faire connaissance avec le Père Provincial des Rédemptoristes qui s’embarqua avec nous, en visite pastorale à travers les îles.

Ce bon Père était en travaux d’église. Ses paroissiens portugais, généreux pour une fois, s’étaient mis en tête de renouveler complètement le vieil édifice et d’en faire un temple digne de notre religion. L’histoire de ces Portugais est curieuse.

Ils viennent des Açores, groupe d’îlots perdus au milieu de l’Atlantique. Ces îles, malgré leur fertilité et l’industrie de leurs habitants, sont tellement peuplées, 256,000 âmes, qu’elles ne peuvent plus fournir à leur subsistance.

Dans ces condtions, l’émigration devint une nécessité, et ces pauvres gens se portèrent successivement dans les îles Hawaï, Océan Pacifique, dans les Etats de Massachusetts et de Rhode Island, E.-U., et aux îles Antigua et Saint-Christophe.

Débarqués là dans une condition à peine supérieure à celle des nègres, mais ayant l’avantage d’être acclimatés à la grande chaleur, ils sont parvenus, à force de travail, d’industrie et d’économie, à accaparer le commercé de l’épicerie et des débits de rhum. Dès lors ils s’enrichirent rapidement, firent l’escompte des billets de commerce, et si bien qu’actuellement ils possèdent presque tout le capital de ces deux îles, au grand dépit des Anglais.

Inutile d’ajouter que leur économie proverbiale s’étend aux choses de I2 religion et contraste fort avec la générosité également proverbiale des catholiques américains. La paroisse l’Antigua compte environ trois mille fidèles, sur un total de trente-quatre mille habitants.

Non loin de là se trouve Montserrat, petite île que j’ai visitée, il y a dix ans. Douze mille âmes, mille catholiques. J’y trouvai alors un prêtre canadien, qui pleura de joie en me voyant et qui se hâta de me présenter à ses uniques paroissiennes de couleur blanche, deux vieilles dames irlandaises. Depuis lors curé et dames sont décédés. Le prêtre s’appelait le Père Primeau.

Puisque j’ai commencé, sans y penser, à faire l’histoire du diocèse de Roseau, autant vaut la compléter de suite. L’île de la Dominique, dont Roseau est le chef-lieu, avait été abandonnée, au XVIIe siècle, en libre jouissance aux Caraïbes1. Les malheureux commirent l’imprudence d’offrir l’hospitalité aux nègres marrons qui s’enfuyaient des îles voisines. Mal leur en prit, car aujourd’hui il ne reste de cette race intéressante que quelques familles fortement métissées. Les Dominicains, presque tous catholiques, parlent le patois français des nègres créoles et, aussi, un peu

1. Les Caraïbes avaient coutume de s’enduire le corps, chaque matin, d’une teinture rouge, d’où le nom de Peaux Rouges donné aux Indiens d'Amérique.

d’anglais. L’île est desservie par les Rédemptoristes et les Pères de Chavagne. On y compte trente mille habitants dont vingt-huit mille sont catholiques.

Voici, d’ailleurs, le tableau statistique de ce diocèse :

Iles anglaises.

Population totale

Catholiques

Paroisses

La Dominique

Saint-Christophe et Nieves

Montserrat

Antigua

Iles danoises.

Saint-Thomas

Sainte-Croix

Totaux

Avant de poursuivre mon étude et d’arriver à la Guadeloupe, je prends la liberté de donner aux lecteurs quelques renseignements sur les autres Antilles. Ces renseignements sont très incomplets ; tels quels, je les risque.

L’archidiocèse de Trinidad, aux Dominicains, .comprend plusieurs îles qui appartinrent jadis à la France.

Les premiers blancs qui s’établirent à Sainte-Lucie étaient anglais (1639).

Ils furent exterminés, l’année suivante, par les Caraïbes. Un peu plus tard, du Parquet, gouverneur de la Martinique, la colonisa. Les premiers missionnaires furent, croyons-nous, des Capucins \

La Grenade fut également colonisée par du Parquet, 1650. Elle prospéra et eut rapidement trois paroisses : les Sauteurs, le Marquis, la Basse- Terre. Ses premiers missionnaires furent des Dominicains ; mais, en 1664, les Capucins leur succédèrent.

L’établissement de Tabago, commencé par nous à la même époque, fut promptement abandonné.

Les Caraïbes de Saint-Vincent commirent la même faute que ceux de la Dominique. Ils offrirent l’hospitalité aux esclaves fugitifs des autres îles ; mais ces hôtes perfides étant devenus nombreux les exterminèrent. Les missionnaires de Saint-Vincent furent des Capucins ou des Carmes. Les renseignements précis me font défaut.

Quant à la Bar'oade, elle a toujours été anglaise.

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