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CHAPITRE XIV. — UN VOYAGE A LA GUADELOUPE

Lorsque, en 1848, l’esclavage fut aboli, le gouvernement français envoya dans bile des Frères de La Mennais et des Sœurs de Saint-Joseph de Cluny pour instruire les nouveaux affranchis. Ces religieux et ces religieuses ont travaillé avec tant de succès qu’aujourd’hui l’instruction primaire, si mes informations sont exactes, est aussi répandue à la Guadeloupe qu’elle peut l’être dans la mère-patrie. On s’imaginait alors que l’instruction était une panacée universelle.

Ce n’est pas tout ; l’on fonda dans l’île deux maisons d’enseignement secondaire, le collège des Pères du Saint-Esprit à la Basse-Terre, et le lycée de la Pointe-à-Pitre. Et dans ces maisons l’on admit non seulement les fils des blancs capables de payer les frais de leur pension, mais une foule de mulâtres et même de nègres en faveur desquels on créa des bourses.

Le résultat qu’on eût dû prévoir fut la formation d’une caste nouvelle, les lettrés de couleur, qui regardent comme un déshonneur de travailler de leurs mains et qui, naturellement, n’ont pour les blancs que haine et jalousie. C’est plaisir de les voir, aux jours de funérailles et de noces, paradant à la tête d’un cortège, portant l’habit à la française, coiffés des huit reflets, bombant et plastronnant comme autant de sénateurs.

Comme autant de sénateurs ? dira-t-on, vous voulez rire ? Non, cher lecteur, je suis sérieux, malheureusement.

Car le gouvernement français, après avoir commis la faute de déclasser les noirs, ne pouvait s’arrêter en si bon chemin, et devait aller jusqu’au bout. C’est ce qu’il fit, en effet, en octroyant à tous les hommes de couleur le droit de vote.

C’était les établir maîtres absolus du pays et placer, pour contre-coup, les blancs dans un état d’infériorité et d’humiliation qui n’allait pas tarder à devenir intolérable.

Comment s’étonner, après cela, que les campagnes soient désertées et que les villes regorgent d’oisifs et de mendiants ? 11 faudrait mal connaître les hommes, et surtout les nègres, pour espérer qu’ils useraient sagement de leur nouvelle puissance.

Mais il est temps, avant de poursuivre nos réflexions sur ce sujet, de parler de l’état de la religion dans le pays. Ce que devint le culte pendant les cinquante premières années du siècle dernier, je l’ignore absolument.

En 1850, le Prince président, futur empereur Napoléon, comprit la nécessité d’organiser l’Eglise aux colonies. Voici, en quelques mots, les grandes lignes de cette organisation.

Le clergé fut inscrit aux cadres des fonctionnaires de l’Etat, au même titre que les autres officiers civils et militaires. Le ministre se chargea, sinon de leur nomination, du moins de leur confirmation ; aussi, de leur punition, sur la plainte de l’ordinaire, soit par rappel en France et retrait

d’emploi, soit par radiation des cadres et suppression de traitement présenta les évêques au Saint-Siège.

Un séminaire colonial fut créé à Paris, rue Lhomond, 30, confié « Pères du Saint-Esprit, et entretenu aux frais de l’Etat.

Les jeunes clercs de ce séminaire, immédiatement après leur ordQ tion, sont inscrits aux cadres et affectés à une colonie. Ils reçoivent à pa, de ce jour un traitement annuel de quatre cents piastres. Après vingtans de séjour aux colonies, ils ont droit à leur retraite et à une per qui s’élève au même chiffre que leur traitement, c’est-à-dire à quatre t

piastres. tj

De plus, il leur est accordé, tous les cinq ans, un congé régulier de douze mois, tous frais payés, sans suspension de traitement, avec, en cas de maladie, les soins gratuits dans les hôpitaux de l’Etat, et les congé? extraordinaires que réclame leur santé.

A côté du clergé séculier une place avait été donnée au clergé régulier. Les Pères du Saint-Esprit dirigeaient à la Basse-Terre un collège florissant, généreusement subventionné par le Conseil Général de l’îie ; les Frères de l’Instruction chrétienne étaient chargés des écoles des garçon et entretenaient à la Pointe-à-Pitre un magnifique établissement d’inst tion commerciale; les Sœurs de Saint-Joseph de Cluny possédaient sieurs pensionnats prospères, et faisaient la clrsse aux petites fi A, enfin, la charge des hôpitaux avait été confiée aux Sœurs de Saint-P de Chartres.

Les évêques du diocèse de la Basse-Terre, Guadeloupe, créé par ^ du 20 juillet 1850, furent successivement NN. SS. Lacarrière, Fore Boutonnet, Reyne, Blanger, Avon, Canappe. Le lecteur sera surpris s doute de compter tant d’évêques pour un si court laps de temps, et il e conclura qu’ils succombaient vite aux rigueurs du climat. Qu'ils se ra surent : ces bons prélats ne mouraient pas, ou du moins ne voulaient po, mourir ; mais la plupart d’entre eux n’acceptaient un évêché aux colonie que dans l’espoir de rentrer promptement en France avec un poste supérieur. Système lamentable. On dirait vraiment que l’Etat avilit tout ce qu’i’ touche. Et pendant que les évêques se succédaient ainsi rapidement, k pauvres curés peinaient et mouraient à la tâche.

Depuis la mort de Monseigneur Canappe, 19 septembre 1907, le die cèse de Basse-Terre a pour chef l’ancien vicaire général, Monsieur Eugène Duval, curé de la Pointe-à-Pitre et administrateur apostolique, sede vacante .

Ce diocèse comprend trente-sept paroisses, et comptait normalement cinquante-cinq prêtres, chiffre qui n’est pas trop élevé quand on réfléchit aux nombreux congés que la rigueur du climat nécessite. Cependant, depuis quelque temps, le nombre des ecclésiastiques a été réduit à quarante-cinq. D’ailleurs, en attendant l’application aux colonies de la loi Ho

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