HISTOIRE DE SŒUR ÉLISE
femmes pieuses. Ils se drapent dans des manteaux de pourpre qu’ils payent avec de l’argent volé.
Voilà pourquoi Notre-Seigneur les compara aux sépulcres blanchis à l’extérieur, mais remplis, à l’intérieur, de pourriture ; et voilà pourquoi ils se vengèrent de lui en le crucifiant.
Il y a toutes sortes de Pharisiens. J’en ai rencontré un, bien innocent d’ailleurs, dont le souvenir me poursuit. depuis nombre d’années.
J’avais voyagé tout un long jour d’automne dans la forêt. Le soir tombait et les derniers rayons du soleil glissaient sous la pourpre des érables, dans la pâleur des bouleaux, à travers les noires aiguilles des sapins. Rien ne rompait le formidable silence, si ce n’est, parfois, un cri d’écureuil, un roulement de bec du pivert, le vol pesant d’une gelinotte qui se perchait sur une branche, effarée; le col tendu. L’engoulevent déjà commençait sa complainte.
Fatigué d’un long mutisme, j’entamai la conversation. — « Comment se fait-il, dis-je à mon conducteur, que, depuis vingt ans que je parcours la Province, je n’aie jamais rencontré sur mon chemin un de ces pins géants qui la rendaient jadis fameuse ? » — « Ils sont tous disparus, mon Père, répondit-il, sous la hache des bûcherons. Les quelques massifs encore existants dans les montagnes sont protégés par la distance et l’absence des rivières. »
Mon homme parlait encore que, soudain, au tournant du sentier, j’aperçus un pin superbe, d’une rondeur parfaite, haut et droit comme un mât, dominant la futaie de toute la tête.
— « Eh ! l’ami ! m’écriai-je, narquois. Regardez-moi cet arbre-là. Quelle grosseur, quelle hauteur, quel panache ! »
Mon compagnon, tournant vers moi son œil bridé qu’allumait un éclair de malice, me répondit posément : « Mon Père, vous êtes, paraît-il, un bon prêcheur. Mais, sans offense, vous ne connaissez pas beaucoup le bois. Cet arbre ne vaut rien. Voyez donc cette entaille pratiquée sur son tronc. C’est que nous autres, bûcherons, avant d’abattre un arbre, nous le sondons ; et, s’il sonne creux nous passons outre. L’écorce, le panache ne font pas le pin. C’est le cœur que nous cherchons. »
Hélas ! Combien de catholiques, encore aujourd’hui, ressemblent à mon gros pin !
Histoire de Sœur Elise.
Connaissez-vous Sœur Elise ? Si vous voulez la voir, c’est à la maison Vicariale des Sœurs Grises de Saint-Boniface que vous la trouverez.
Vous la prendrez tout d’abord pour une femme blanche. Mais lors-