LIVRE IV
qu’on vous aura dit qu’elle est Siouse, qu’on vous aura fait remarquer la ligne droite de ses sourcils et de ses yeux, la forme recourbée de son nez aquilin, ses lèvres minces et son teint mat, vous vous écrierez comme moi : « on voit bien qu’elle est Siouse. » C’est ainsi qu’au temps de Montesquieu les Parisiens reconnaissaient les Persans à leur costume.
Sœur Elise a trente-neuf ans. Voici plus de vingt ans qu’elle édifie la maison vicariale de ses vertus, et que ses talents de couturière hors ligne y sont grandement appréciés. C’est elle qui confectionne les soutanes de Messieurs les membres du clergé.
Pendant huit jours j’eus l’occasion de la connaître et de l’accabler de mes questions. J’ajouterai que, malgré les avertissements du Père Lecoq qui 1 exhortait à la méfiance, elle ne s’est pas fait prier pour satis- •aiie à ma cuiiosité. Et maintenant, ce que je sais je le communique aux bienveillants lecteurs.
Il y a trente-six ans environ, la guerre éclata aux frontières américaines entre la tribu des Sioux et celle des Cris. Ces dernières, ayant remporté la victoire, scalpèrent leurs ennemis et rentrèrent au nord-ouest canadien, ramenant entre autres trophées deux fillettes arrachées à leur mère égorgée. L’une de ces fillettes avait treize ans, l’autre, notre héroïne, n’était âgée que de trois ans.
Les deux sœurs échurent en partage à un vieux cri païen et bigame, eu de temps après leur captivité les deux petites sauvagesses résolurent de s enfuir à travers l’immensité de la savane. Malheureusement la petite Elise ne put aller bien loin dans les hauts herbages et tomba vite épuisée Les maîtres la retrouvèrent sans peine. Quant à la sœur aînée, on n’eut jamais plus de ses nouvelles.
Sœur Elise a souvenance d’avoir été vendue par son vieux maître à un jeune couple, en échange d’un cheval blanc ; mais soit que le marché
ne fut pas ferme, soit pour quelque autre motif, elle retomba au pouvoir du vieux Sauvage. p
Son maître, d’ailleurs, fut toujours bon pour elle. Il l’appelait sa capna^6 et loin de la brutaliser, il se pliait à ses fantaisies Faible languissante, elle se refusait à manger de la venaison préparée par les f1 ,S ses maîtresses ; le bonhomme achetait pour elle des biscuits et des friandises aux postes de la Compagnie de la Baie d’Hudson.
Un jour d ete qu’il était allé quérir bien loin de l’eau fraîche et qu’il revenait tout en nage chargé de son précieux fardeau, il eut le malheur de boire le premier a meme le vaisseau débordant. La petite fit la déboutée et refusa de boire après lui. Le vieillard l’appela caprSeuse
connut f 3 ChG1Cher de qU0‘ donner satisfaction à son esclave Pour qui connaît les mœurs des Sauvages, un pareil trait est merveilleux Q
L enfant fuyait la compagnie des hommes, se tenant à l’écart dans quelque coin du bois. Son maître disait parfois aux gens delà trfbr"