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LA MORT ET LES APPARITIONS

La mort et les Apparitions.

Qu’est-ce que la mort pour l’homme ?

Pour les corps organiques, la mort est simplement une décomposition de leurs parties.

Prenez un arbre, abattez-le. Dans quelques mois, dans quelques années, sous l’influence de l’atmosphère, les divers éléments qui le constituent seront dissous et transformés en gaz, en sels, en liquides, en humus. Un animal dont le corps est moins compact disparaît plus rapidement. Mais rien en lui ne se perd ; tout est utilisé en formes nouvelles, et, depuis le commencement du monde, pas un atome n’a été retiré de la circulation.

Quant aux corps simples, ou du moins à ceux que la science contemporaine proclame provisoirement tels, par le fait de leur définition, ils ne sauraient être décomposés ; tout au plus les divise-t-on en parties infinitésimales.

C’est assez marquer que, a fortiori, les âmes, plus subtiles que les corps simples, sont irréductibles, et que la mort n’a point de prise sur elles. La mort n’atteint que les corps ; les esprits sont immortels. Les anges, qui eurent certainement un commencement, puisqu’ils sont des créatures, n’auront jamais de fin.

On comprend, dès lors, ce qu’est la mort pour l’homme : la séparation de l’âme d’avec le corps. Tandis que le corps, création matérielle, rentre dans la poudre dont il fut tiré, l’âme immortelle reprend sa liberté.

Et avec la liberté elle acquiert, sans doute, dans ses facultés des perfections plus grandes et plus dignes d’un esprit créé à l’image de Dieu, dégagé désormais de l’enveloppe charnelle qui l’étouffait. Si, en effet, à l’âme, dans son état actuel, les frontières du temps et de l’espace ne sont point un obstacle infranchissable, puisque, par la mémoire, elle garde son emprise sur le passé, que, par l’écriture, elle se tient en rapport avec les absents, que, par ses prévisions, elle escompte parfois l’avenir, quel pouvoir n’aura-t-elle pas lorsque, libérée par la mort, elle ne connaîtra plus d’entraves ?

Les apparitions des esprits aux vivants, rares, sans doute, (car il déplaît à Dieu de déroger sans graves motifs aux lois générales), n’en sont pas moins dûment constatées. J’en connais un cas, pour ma part, qui paraît posséder les meilleures garanties d’authenticité. Je le tiens de celui-là même qui en fut l’objet. « Le 21 décembre 1898, m’écrivait, quelques jours après l’événement, le docteur Brunelle, professeur à l’Université Laval de Montréal, je me trouvais dans mon office, vers sept heures

du soir, après souper, et je préparais mon cours du lendemain, lorsque j’entendis frapper quelques coups à ma porte. — Entrez, criai-je sans lever la tête. — Personne n’entra et le bruit cessa. Je pensais à quelque plaisanterie de mes enfants lorsque, tout à coup, j’entendis frapper de nouveau. Cette fois, je me retournai, et j’aperçus distinctement, debout devant moi, mon cousin et ami le docteur Garceau, de Boston. Tout surpris, je m’écriai : « Comment es-tu venu ici sans m’avertir ? » Et je me levai vivement pour l’embrasser. Mais mes bras tendus ne saisirent que le vide, si bien que je faillis tomber, par la portière entr’ouverte, dans la cage de l’escalier. J’étais tout ému de l’événement lorsque, une dizaine de minutes plus tard, l’on m’apporta un message télégraphique de Boston m’annonçant la mort subite du docteur Garceau. »

Et le bon docteur ajoutait : « Mon Père, sans être incrédule, vous pensez bien qu’en fait d’apparitions j’en prenais et j’en laissais, comme on dit. Maintenant, je ne puis m’empêcher de voir dans ce qui m’est arrivé un avertissement de Dieu. »

De fait, le docteur Brunelle mourut quelques années plus tard, dans sa villa des Adirondacks, subitement et sans sacrements. La chose est de notoriété publique, ce qui me permet de la relater sans indiscrétion, d’autant plus que- ce médecin était un bon chrétien. Ajoutons que la distance entre Montréal et Boston est de trois cent trente-cinq milles, cinq cent trente kilomètres.

De tout ce qui vient d’être dit il ressort clairement que, pour l’homme, la mort n’est qu’un passage, la fin d’une vie inférieure et le commencement d’une vie supérieure.

Dans ce cas-là, dira-t-on, pourquoi craindrions-nous la mort ?

Ce que nous avons à redouter ce n’est pas tant la mort que le jugement qui la suit et ses terribles sanctions. La foi, en effet, aussi bien que la raison nous enseigne que la vie présente n’est qu’une épreuve, que de l’usage que nous en faisons il faudra rendre compte à la mort, que si nous avons bien vécu nous serons éternellement bénis, que si, au contraire, nous avons mal vécu, nous serons éternellement maudits.

Le Rosier.

On peut dire sans vanité que, de tous les artisans, les Canadiensfrançais sont, peut-être, naturellement les mieux doués. Gais, dispos obéissants, malgré leur vivacité, ils font la joie des grands patrons, lesquels n’ont point à redouter, de leur part, les catastrophes engendrées par les haines de classes.

Le Canadien naît, dit-on, la hache à la main. Ce merveilleux outil,

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