AVANT-PROPOS
Le gouvernement canadien a publié, naguère, en anglais, un gros volume de fables et de légendes huronnes, recueillies par les soins d’un spécialiste distingué, M. Barbeau.
Il était grand temps que ce travail fût entrepris, car nos conteurs indiens se font de jour en jour plus rares, et les souvenirs des tribus indigènes s’éteignent.
Nous devons donc féliciter M. Barbeau d’avoir, avec une inlassable persévérance, poursuivi chez les Hurons de Lorette et chez les Wyandots de l’Oklahoma, pendant de longs mois, ses enquêtes aussi précieuses qu’ingrates.
Car, avouons-le, si sa moisson est abondante, ses gerbes sont d’inégale valeur. On doit conclure de cette enquête que l’éloquence des Indiens a été considérablement surfaite par les romanciers.
Nous avons jugé, cependant, que quelques pages de cet ouvrage intéresseraient les enfants et les grandes personnes amies des contes, et, avec l’aimable permission de l’auteur, nous les avons mises en français.
Hâtons-nous d’ajouter que notre traduction est très infidèle. Nous avons imité les libertés prises par ce bon Lafontaine avec Esope. Nous nous sommes dit que, puisque Tite-Live embellissait les discours des consuls romains, il ne devait pas nous être interdit d’embellir, tant soit peu, les contes des vieilles sauvagesses.
Fr. A., O. M. Cap.
Il y a longtemps que le renard s’est rendu fameux par ses ruses, et nous n entreprendrons point ici de lui contester une renommée établie depuis des siècles. La science contemporaine, il est vrai, ne respecte rien, elle remet en question la royauté du lion, la fierté de l’aigle, aussi bien que la gloire de certains héros. Mais nous ne faisons point une œuvre scientifique. Il nous suffira de constater que les Indiens admiraient médiocrement le renard et lui préféraient d’autres animaux moins connus, le raton, par exemple, vulgairement chat sauvage.
Les légendes qui suivent en sont la preuve.
Un jour, maître renard s’invita à dîner chez son cousin le raton. Il trottinait le long du sentier, fredonnant un air connu, tout à l’espoir d’un bon repas. On était alors en carême, et l’appétit du galant se trouvait aiguisé par le jeûne.
Maîti e raton fit bon accueil à son hôte. Il s’excusa cependant sur l’imprévu de sa visite. — Nous sommes, dit-il, aujourd’hui vendredi, et, en ma qualité de bon chrétien, j’ai peu de chose à t’offrir, car je fais maigre chère. Qu importe, répondît le renard. Nous déjeunerons sans