Cours d’ Histoire du Canada, par Ferland
bonne que celle de France, il y pousse de fort beaux arbres tels que chênes, ormes, frênes, noyers, ifs, cèdres, vignes, aubépines qui portent le fruit aussi gros que prunes de Damas, et autres arbres ; sous lesquels croît d’aussi beau chanvre que celui de France, qui vient sans semence ni labour. »
A peine arrivé, le capitaine débarqua pour rendre visite à son hôte Donnacona, dans sa capitale. Cette capitale, Stadaconé, n’était, d’ailleurs, qu’un pauvre village indien bâti dans la Haute Ville actuelle. Les habitants l’y reçurent avec de grandes démonstrations de joie.
Il fallut songer ensuite à préparer l’hivernement. Demeurer dans le fleuve était impossible à cause des glaces ; mais la petite rivière offrait un abri sûr. Les Indiens appelèrent cette rivière Cabir-Coubat ; Jacques Cartier la baptisa Ste-Croix ; elle est connue aujourd’hui sous le nom de St-Charles. La flotte s’y engagea à la mer haute et vint jeter l’ancre au confluent de cette rivière avec le ruisseau Lairet, 16 septembre 1535.
Nous n’avons pas à raconter ici le voyage d’exploration qu’entreprit alors Cartier dans le haut du fleuve, malgré l’opposition des Sauvages ; il parvint jusqu’à Hochelaga (Montréal) et fut absent vingt-deux jours. Il trouva à son retour que ses gens n’avaient pas perdu leur temps. Un fortin en bois avait été construit sur les bords du Lairet, et, autour des vaisseaux échoués sur la batture, une palissade de forts pieux constituait un retranchement garni de canons, capable de résister à tous les efforts des Sauvages *.
De telles précautions s’imposaient, car les relations s’étaient tendues avec les Indiens. Une méfiance qui n’était pas sans fondements avait remplacé la cordialité primitive. Les Indiens rôdaient autour du camp, cherchant à voir ce qui se passait à l’intérieur des vaisseaux. Jacques Cartier inquiet en interdit formellement l’accès.
L’hiver fut terrible. Une maladie dont la description ressemble à celle du scorbut, si fréquent alors parmi les équipages qui se nourrissaient trop exclusivement de salaisons, attaqua d’abord le village de Stadaconé, puis fit irruption dans les navires. Les jambes .noircissaient, les dents et les gencives pourrissaient et tombaient. Sur cent-dix hommes qui composaient les équipages une centaine furent atteints, vingt-cinq moururent. Le capitaine et les quelques hommes préservés ne pouvaient suffire à donner les soins nécessaires aux malades. Dans cette épreuve on eut recours à Dieu.
1. Connaît-on l’emplacement précis du fort de Jacques-Cartier? Non. Etait-il situé sur la rive droite de la rivière Lairet ou sur la rive gauche? On l’ignore. Voici comment Champlain s’exprime : « je tiens que c’est dans cette rivière le lieu où Jacques-Cartier hiverna. Il y a encore le fondement et apparence d’y avoir eu des fossés autour de leur logement qui était petit. Nous trouvâmes aussi de grandes pièces de bois équarries et vermoulues et quelque trois ou quatre balles de canon. » C’est tout,