‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 24 sur 225 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Le Canada au XVIIe siècle

Champlain (1609-1615) 1

Si Jacques Cartier a droit au titre de Découvreur du Canada, c’est bien à Samuel Champlain que revient l’honneur d’avoir fondé la nation canadienne. Il mérite à tous égards d’être appelé le Père de la Patrie.

Cet homme d’humble condition avait une âme vraiment noble. Tandis que, autour de lui, les trafiquants ne rêvaient que fortune à faire, se souciant peu de l’honneur de la France et dy salut des Sauvages, Champlain, lui, ne songeait qu’à l’agrandissement de son pays et qu’à l’extension de l’Eglise catholique. Fort de son désintéressement absolu il consacra les ressources de son tenace génie à la fondation d’une colonie agricole qui deviendrait avec le temps un grand peuple, une France d’outre-mer. Mais son âme d’apôtre ne concevait point qu’un succès pût être cherché dans l’injustice. Il aimait les Indiens autant que les Blancs ; il nourrissait l’illusion généreuse d’en faire des citoyens après en avoir fait des chrétiens. Lorsqu’il mourut, son œuvre n’était naturellement qu’ébauchée ; mais le germe déposé par lui dans un sol fécond permettait des espoirs qui ne furent point déçus. Les Sauvages le pleurèrent comme un père. Nous l’honorerons toujours comme le premier et le plus grand des Canadiens.

Le plan que nous nous sommes tracé ne nous permettant point d’être aussi long qu’il conviendrait, peut-être, nous résumerons brièvement trois des voyages du grand explorateur.

Le premier date de juillet 1609. Nos sauvages alliés, Algonquins et Montagnais, ayant appris que les Iroquois se préparaient à descendre dans le bas Saint-Laurent pour ravager leurs territoires, supplièrent les Français de leur venir en aide. Il n’était ni loyal ni politique de les éconduire sous prétexte de neutralité. Champlain se décida donc à les suivre avec une douzaine de compagnons.

Parvenue à l’embouchure de la rivière Richelieu la petite armée s’engagea dans ce cours d’eau que les Algonquins connaissaient mal et qu’aucun homme blanc n’avait encore visité. On s’aperçut bien vite que l’expédition était plus hasardeuse qu’on n’avait pensé. Les rapides étaient

Page 1