‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 25 sur 225 · D’après les Mémoires de Champlain · texte numérisé non relu

D’après les Mémoires de Champlain

nombreux, les portages presque impassables, et les Iroquois se tenaient, croyait-on, en embuscade dans les bois environnants. Pris de panique les canotiers ralentissaient leur marche et se laissaient distancer, si bien que, lorsqu’on dressa les tentes à la hauteur de Chambly, le pauvre capitaine eut le chagrin de constater que tous l’avaient abandonné, sauf une soixantaine de guerriers, dont deux Français seulement.

Le lendemain, la troupe ainsi réduite pénétra dans un grand lac qui porte aujourd’hui le nom de notre héros, et le traversa dans toute sa longueur, jusqu’à ce qu’elle atteignît le lac Georges.

C’est sur les rives de ce dernier que les adversaires se rencontrèrent. La nuit qui précéda le choc se passa toute entière en préparatifs et en incantations. Les partis rivaux, à la façon des héros d’Homère, s’insultèrent copieusement.

Dès la pointe du jour, les Iroquois, au nombre de deux cents, s’avancèrent en rangs serrés, précédés de leurs chefs empanachés. Ils comptaient ne faire qu’une bouchée de leurs chétifs opposants. Quant à ces derniers, groupés autour des Français, ils mettaient en eux tout leur espoir. Parvenus à la portée des arcs ils firent halte, ouvrirent leurs rangs, et livrèrent passage à Champlain.

Champlain, calme et magnifique, s’avança comme à la parade, l’arquebuse au bras, jusqu’à trente pas des Iroquois. Il attendait que ceux-ci, revenus de leur surprise, ouvrissent l’attaque. Mais lorsque les flèches commencèrent à pleuvoir autour de lui, d’une seule arquebusade il abattit trois chefs. Un de ses compagnons en fit tomber un quatrième. Eperdus devant ce tonnerre inconnu, les Iroquois lâchèrent pied et s’enfuirent dans la forêt poursuivis par les vainqueurs.

Cette victoire ne coûta aux alliés qu’une quinzaine de blessés, tandis que leurs ennemis perdirent, outre les morts, une douzaine de prisonniers.

C’est alors que Champlain, pour la première fois de sa vie, dut subir l’odieux spectacle de la torture. On alluma un grand feu et l’on brûla les flancs d’un captif avec des tisons ardents. On lui arracha les ongles et l’on rôtit ses doigts. Puis on le scalpa, et sur son crâne écorché on fit couler de la graisse fondue. Pendant tout ce temps l’Iroquois impassible chanta, bravant la rage de ses ennemis.

Champlain, indigné d’une telle barbarie et sans se rendre compte, sans doute, de l’immoralité de l’acte qu’il allait poser, demanda et obtint enfin, quoiqu’à grand’ peine, la permission d’achever d’un coup de mousquet les souffrances du misérable.

Le second voyage fut moins tragique. Il eut lieu durant l’été de 1613. Notre héros ne découvrit point l’Ottawa, puisque, depuis plusieurs années déjà, les interprètes, à la suite des Sauvages, avaient remonté la grande

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