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CHAPITRE VI. — LES MARTYRS JÉSUITES

de toutes les missions ; puis, ils organisèrent leur défense. Ils n’avaient malheureusement avec eux qu’une centaine de guerriers lorsqu’une armée de 1200 Iroquois apparut.

Le combat fut mémorable. Deux fois l’ennemi se rua à l’assaut, deux fois il fut repoussé. A la troisième attaque il emporta tout, jetant dans les flammes les Hurons blessés auxquels les Pères distribuaient une suprême absolution.

Nous ne pouvons raconter ici le martyre des deux Jésuites. Rien de plus beau dans les fastes de l’Eglise. Le Père de Brébœuf, ce géant des missions, fut attaché au poteau et brûlé à petit feu. On larda son corps nu de coups de couteau, on le baptisa d’eau bouillante, on mit à son cou un collier de haches rougies, on perça sa langue et sa gorge avec un fer chaud, sans en pouvoir tirer un seul gémissement. Lorsque, après trois heures d’atroces souffrances, il expira, les Iroquois coupèrent son cœur en petits morceaux, espérant, en le mangeant, hériter de sa vaillance.

Le jeune et frêle Lalemant souffrit plus encore que son maître et modèle, puisque son supplice se prolongea pendant dix-sept heures. La main de Dieu le soutenait visiblement. (17 mars 1649).

Les Hurons éprouvèrent alors un sursaut d’énergie qui leur permit de mourir en beauté. Des villages de Ste-Madeleine et de la Conception accoururent quelques centaines d’hommes qui se ruèrent avec fureur au combat. Vaincus d’abord, les Iroquois accablèrent finalement sous leur nombre leurs courageux adversaires. Mais le prix que leur coûta la victoire les consterna.

Restait Ste-Marie, le dernier refuge des missionnaires. La place était forte. Quarante Français la défendaient. Les Iroquois décimés jugèrent que les risques étaient bien gros ; et, comme des loups repus, sans bruit, ils disparurent dans les grands bois.

Leur victoire n’en était pas moins complète. Quinze villages sont abandonnés, et leurs habitants refluent à Ste-Marie. Bientôt les infortunés ne s’y sentent plus en sûreté. Ils supplient les Pères de les conduire dans l’île de St-Joseph dont le bourg passait pour imprenable. C’est là que les débris d’un peuple jadis puissant trouvèrent, un dernier et précaire asile. (16 mai 1649).

La nation du Pétun et la nation des Neutres avaient cru de sage politique d’abandonner leurs voisins et leurs parents. Mais la lâcheté d’une race ne lui profite guère. Les Iroquois débarrassés des Hurons eurent tôt fait d’anéantir ces êtres pusillanimes. Le Père Garnier périt glorieusement au sac de St-Jean. Quant à son compagnon, le Père Chabanel, il fut traîtreusement assassiné par un Huron apostat (décembre 1649).

Restaient les chrétiens de l’île St-Joseph. Pendant tout l’hiver ils vécurent en assurance dans leur réduit inexpugnable. Mais il leur fallait manger, et, bloqués par l’ennemi, la chasse et la pêche leur étaient interdites. On mourait de faim.

Le 10 juin 1650, un énorme convoi composé de 13 Pères Jésuites, de 4 Frères, de 22 Donnés, de 1 1 Engagés, de 4 enfants, de 6 soldats et de plus de 300 Hurons chrétiens, sous les ordres du Père Ragueneau, fit voile, à travers la Baie, dans la direction de l’Ottawa. Dieu protégea visiblement les pauvres exilés qui débarquèrent sans encombre à Montréal. (28 juillet 1650).

Ainsi finirent les missions de l’Huronie.

Les martyrs des cantons Iroquois.

Les Iroquois habitaient cette partie de l’Etat de New-York qui s’étend au nord, sur les rives du lac Ontario. Ils formaient une confédération de cinq tribus : celles des Agniers, des Onneyouts, des Ounontagués, des Goyogouins et des Tsonnontouans, et leurs territoires respectifs étaient appelés des Cantons.

Quoique très jaloux de leur autonomie, comme les autres Sauvages, ils savaient se plier au joug d’une austère discipline lorsque le bien public l’exigeait, par exemple en temps de guerre et dans leurs relations avec l’étranger. Pour le reste, ils ressemblaient beaucoup aux Hurons, et ce que nous avons dit de ces derniers s’applique également à eux. Si le titre de principal apôtre des Hurons revient de droit au Père Jean de Brébœuf, celui d’apôtre des Iroquois appartient, sans conteste, au Père Isaac Jogues dont nous allons maintenant raconter l’histoire.

La vocation de ce grand homme aux missions Iroquoises fut toute accidentelle, ou plutôt providentielle, pour en parler chrétiennement.

Lorsqu’il débarqua à Québec (1636) avec M. de Montmagny, ses supérieurs se hâtèrent de l’expédier en Huronie. Pendant six ans il travailla dans ces pays lointains avec grand zèle. On lui doit l’établissement, de concert avec le Père Garnier, de la mission des Pétuneux (1640), et la découverte, en compagnie du Père Raymbault, du Sault-Ste-Marie (1641). Mais Dieu le destinait à de plus grands travaux.

Et, en effet, quand la débâcle du printemps de 1642, eut rendu libres les rivières, on songea à ravitailler les Missions dont les ressources se trouvaient épuisées.

Cette opération délicate fut confiée au Père Jogues.

La descente de la flottille chrétienne s’opéra sans accident, et l’actif

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