‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 46 sur 225 · CHAR. VIL — MARIE DE L’INCARNATION ET LES URSULINES DE QUÉBEC · texte numérisé non relu

CHAR. VIL — MARIE DE L’INCARNATION ET LES URSULINES DE QUÉBEC

tenterons de citer le don de la langue latine qui lui permit de comprendre le sens des paroles de l’Office divin et d’enrichir ses lettres d’une multitude de textes de la Sainte Ecriture. Elle fit profession le 25 janvier 1633, à l’âge de 33 ans.

Les étroites limites d’une notice ne nous permettent point de raconter ici l’histoire de Marie de l’Incarnation. Ce serait d’ailleurs inutile, puisque plusieurs écrivains l’ont écrite. Contentons-nous de noter que ses mérites étaient si éclatants que, en dépit des Constitutions, elle fut nommée, sinon en titre du moins de fait, Maîtresse des Novices.

C’est à cette époque que remonte la première prémonition qu’elle eut de sa vocation canadienne. Elle vit, un jour, un immense pays inconnu vers lequel une femme, qu’elle prit pour la Sainte Vierge, l’appelait « afin de pourvoir au salut des âmes ». Quelque temps plus tard le Seigneur lui apparut et lui dit : « C’est le Canada que je t’ai fait voir. Il faut que tu ailles y construire une demeure à Jésus et à Marie. »

Dès lors elle se tint prête à obéir à la volonté divine. Mais elle était trop pondérée pour s’agiter. Elle se contenta de raconter à ses supérieurs ce qui était arrivé, et demeura en paix.

Or, vers ce même temps vivait en Normandie une jeune veuve très noble, très riche et très dévote, appelée Madame de la Peltrie, à qui Dieu persuada de consacrer sa fortune à l’éducation des petites sauvagesses du Canada.

Madame de la Peltrie parla de son projet à un saint homme de sa connaissance, grand bienfaiteur de la Colonie, M. de Bernières ; puis elle chercha à quelle Congrégation religieuse confier son œuvre. Son choix tomba sur les Ursulines. Ayant rencontré un Jésuite, le P. Poncet, elle lui demanda s’il connaissait une Ursuline capable d’entrer dans ses vues. Dieu dirigeait évidemment toute l’affaire ; car à peine avait-elle fini de parler que ie P. Poncet lui répondit que la femme qu’elle cherchait il la connaissait parfaitement ; elle possédait toutes les qualités requises et s’appelait Mère Marie de l’Incarnation.

Enthousiasmée par une réponse aussi positive Madame de la Peltrie se fit conduire par M. de Bernières au couvent de Tours. Bref, on fit connaissance, on fit amitié, et, bientôt, tous les arrangements pour la fondation d’un couvent d’Ursuiines à Québec furent conclus et signés.

Restait l’approbation de la Cour à obtenir ; ce fut facile. Les nouvelles missionnaires, ayant répandu la chose, trouvèrent Paris en émoi. La Duchesse d’Aiguillon promit à Marie de l’Incarnation de veiller sur son fils ; la reine Anne d’Autriche voulut voir et bénir les voyageuses ; toutes les grandes dames rivalisèrent de bons procédés. Finalement on partit pour Dieppe, et, le 4 mai 1639, on s’embarqua. Le précieux convoi était organisé comme suit ;

» Mère Marie de l’Incarnation, Supérieure.

» Sr. Marie de St-Joseph.

» Sr. Cécile de la Croix.

» Madame de la Peltrie, laïque, fondatrice.

» Charlotte Barré, demoiselle de compagnie de cette dernière.

Ces Dames ne partaient point seules. Avec elles prirent la mer trois religieuses hospitalières de Dieppe, chargées de fonder, aux frais de la généreuse duchesse d’ Aiguillon, l’Hôtel-Dieu de Québec. Le tout, sous la conduite d’un Jésuite, le P. Vimont. Le navire qui les emportait était donc une arche sainte pleine de bénédictions pour la Nouvelle France.

Marie de l’Incarnation avait quarante ans.

L’accueil que reçurent nos religieuses à Québec fut extrêmement touchant. Toute la population se tenait groupée sur la grève. Les braves gens, en voyant les bonnes Sœurs, pensaient revoir la patrie. Les Jésuites les conduisirent à l’église où l’on chanta un Te Deutn ; M. le Gouverneur les convia à un déjeuner au Château ; puis on les installa dans un couvent provisoire, où elles organisèrent leur vie petitement.

Leur œuvre, malgré l’influence profonde qu’elle exerce dans les familles, n’est point de celles qui se manifestent à l’extérieur par des éclats. Avouons, d’ailleurs, qu’elle s’inaugura par une espèce d’échec. Les Ursulines, aussi bien que la Cour de France, s’imaginaient qu’elles parviendraient à franciser les sauvagesses. Il fallut déchanter, et Marie de l’Incarnation avoua, plus tard, qu’on n’en francisait pas une sur cent. Mais, pendant quarante ans, elle leur prodigua ses soins maternels, elle les christianisa, et travailla efficacement, par elles, à la conversion des hommes.

Vers la fin du XVIIe siècle, les Indiens qui s’étaient établis dans les faubourgs de la ville disparurent graduellement, soit du fait des Iroquois, soit pour des causes diverses. Mais à mesure que le nombre des petites sauvagesses diminuait, celui des Canadiennes françaises croissait, et l’œuvre des Ursulines prenait une plus grande extension. Leur couvent, détruit par les flammes et rebâti, devint un édifice considérable pour le pays ; des recrues nouvelles arrivèrent de France ; des vocations surgirent. Bref, l’on peut dire que, durant de longues années, presque toute la population féminine de nos bonnes familles françaises fut formée à leur image, pétrie de foi, de force, et de cette délicatesse exquise qui constitue la caractéristique de notre race.

Elles n’ont plus, aujourd’hui, le monopole de l’enseignement. La nation canadienne a grandi ; de nombreuses Congrégations sont venues travailler dans le champ défriché par les filles de Sainte Ursule ; toutes ont droit à nos respects ; mais, dans notre souvenir reconnaissant, les pionnières gardent toujours le premier rang.

Voilà pourquoi nos Gouverneurs Généraux, les princes du Sang, qui

Madame de la Peltrie Vénérable Mère Marie de l’Incarnation

Fondatrice des Ursulines de Québec. Première supérieure des Ursulines de Québec 1599-1672

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