‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 48 sur 225 · CHAPITRE VIII. — LES ORIGINES DE MONTRÉAL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. — LES ORIGINES DE MONTRÉAL

meilleurs pour la Nouvelle France si longtemps, si cruellement éprouvée. Ce fut la joie suprême. Elle connut M. le Marquis de Tracy, M. de Courcelles, l’admirable intendant Talon. Elle chanta le Te Deum de la victoire sur les forcenés iroquois. Elle vit débarquer sur nos grèves les milliers de colons qui doublèrent en peu de temps la population du pays.

Son œuvre accomplie, l’avenir assuré, elle pouvait dire son Nunc dimittis. Elle mourut écrasée de fatigues et accablée d’infirmités, mais le cœur joyeux à la pensée du bonheur qui l’attendait (30 août 1672).

La nouvelle de sa mort causa dans la colonie une impression extraordinaire mêlée de douleur et de vénération. Tout le monde la pleurait comme une mère et tout le monde commençait à l’implorer comme une sainte. On se disputa les objets à son usage, comme autant de reliques.

Mgr de Laval, alors absent en France, ne put assister à ses funérailles; mais, en sa qualité de chef spirituel du Canada, il voulut offrir à l’illustre défunte un hommage digne d’elle et digne de lui.

« Le témoignage que nous pouvons rendre à la vénérable Mère de l’Incarnation est qu’elle était ornée de toutes les vertus dans un degré éminent, surtout d’un don d’oraison si élevé et d’une union avec Dieu si parfaite qu’elle conservait sa présence au milieu de l’embarras des affaires les plus difficiles et les plus distrayantes, comme parmi les occupations où sa vocation l’engageait. Parfaitement morte à elle-même, Jésus seul vivait et agissait en elle. Dieu l’ayant choisie pour l’Ordre de Ste Ursule au Canada, il l’a douée de la plénitude de l’esprit de ce saint Institut. C’était une supérieure parfaite, une excellente Maîtresse des Novices. Son zèle pour le salut des âmes et, particulièrement, pour celui des Sauvages était si ardent qu’il semblait qu’elle les portait tous dans son cœur. Nous ne doutons pas que ses prières n’aient obtenu, en grande partie, les faveurs dont jouit maintenant l’Eglise naissante en Canada. »

Depuis cette époque déjà éloignée la dévotion à la Vénérable religieuse n’a fait que croître parmi nous. On lui attribue de nombreux miracles. Espérons que son nom béni sera bientôt enregistré au catalogue des Bienheureux.

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