CHAPITRE IX. — LES BIENFAITEURS DE LA NOUVELLE FRANCE
« Comme ainsi que les causes et raisons pour lesquelles nous avons désiré la charge et le pouvoir qui nous a été donné par Sa Majesté sur les terres et pays de la Nouvelle-France, ont été d’employer tous nos soins et faire en sorte que la religion chrétienne, catholique, apostolique et romaine y fût reçue par les Sauvages de ces lieux, qui n’ont, jusqu’à présent, aucune connaissance du vrai Dieu, et que, à ce louable dessein, les Révérends Pères de la Compagnie de Jésus sont prêts à contribuer tout ce qui peut dépendre de leur piété... envoyant au dit pays un .bon nombre de leurs Pères pour y baptiser... les dits Sauvages ; pour ces causes nous leur donnons par les présentes... la quantité de quatre lieues de terre... situées partie sur la rivière St-Charles, partie sur le grand fleuve St-Laurent, d’une part bornées par la rivière Ste-Marie qui se décharge dans le St-Laurent, et de l’autre part par le second ruisseau qui est au-dessus de la rivière Lairet, lesquels se perdent dans la rivière St-Charles. »
Pendant tout le temps de son gouvernement qui fut très court, comme nous venons de l’indiquer, le duc de Lévis-Ventadour demeura fidèle à Champlain et aux missionnaires, et les défendit de son mieux contre la Compagnie des frères de Caen qui ne cherchaient qu’à s’enrichir par le commerce et mettaient obstacle à la colonisation.
Les doléances des missionnaires et de Champlain appuyées par le Vice-Roi finirent par triompher à la Cour. Richelieu, irrité, abolit la charte des de Caen et fonda une Compagnie nouvelle, dites des Cent Associés, animée d’intentions plus chrétiennes, dont il assumait lui-même la direction.
Le malheur voulut que la prise de Québec par les Anglais ruinât à peu près cette Compagnie, laquelle malgré sa bonne volonté, se montra, dans 1a. suite, impuissante à rendre à la colonisation, tous les services qu’on avait attendus d’elle.
4° Le commandeur de Sillery.
(Nous prenons dans l'Histoire des Canadiens-Français, de Benjamin Suite, à peu près tout ce que nous allons dire du Commandeur de Sillery.)
Ce grand bienfaiteur du Canada était le plus jeune fils de Nicolas Brulard, marquis de Sillery, chancelier de France et de Navarre. Né à Paris en 1577, il devint chevalier de Malte. S’étant distingué dans plusieurs rencontres, il reçut la commanderie de Troyes dont le revenu annuel équivalait à une quarantaine de mille piastres de notre monnaie. Présenté à la Cour en 1607, il s’y distingua par ses nobles manières et ses grands mérites. La reine le prit en affection, et son père, le Chancelier, le poussa dans les ambassades. Il eut de grands succès à la Cour d’Espagne (1614) et à la Cour de Rome (1622). Il menait un train princier. Or, chose assez
ordinaire à cette époque, ce grand seigneur savait allier la piété au luxe que comportait son rang. Il prodiguait ses aumônes à toutes les œuvies de charité. Il était l’ami de saint Vincent de Paul. Un jour vint, 1634, qu’il se fit prêtre, quitta son palais pour un humble logement, renonça à ses dignités dans l’ordre de Malte, à ses revenus de Commandeur, et consacra les débris de sa fortune aux fondations pieuses.
En 1637, il donnait à M. de Montmagny les fonds nécessaires à l’établissement de Sillery. Il secourut généreusement les autres institutions du Canada. M. l’abbé Bois a publié une liste de ses nombreuses fondations. Saint Vincent de Paul, qui prononça son éloge funèbre, n’avait personne qui le secondât avec plus de zèle. Le commandeur de Sillery mourut en 1641, et sa mort fut pleurée par tous les Canadiens.
5° La duchesse d’ Aiguillon et Richelieu \
La duchesse d’Aiguillon, nièce bien-aimée du cardinal de Richelieu, fut l’instigatrice et l’instrument de ses charités qui étaient grandes.
Son père, René de Vignerod, marquis du Pont de Courlai et gentilhomme de la Chambre du roi, avait épousé Françoise Duplessis, sœur du cardinal. François de Vignerod, l’un de ses frères, devenu général des galères de France, remporta, en 1638, une brillante victoire sur la flotte espagnole ; trois autres de ses frères prirent le nom du cardinal. Telle est l’origine des ducs de Richelieu.
Marie était très belle et d’une intelligence supérieure. Dans le traité de réconciliation signé entre le roi et sa mère, Marie de Médicis (1620), on ne fut pas peu surpris de voir insérée la clause suivante : « Mademoiselle de Vignerod, dotée par la reine mère de deux cent mille livres, épousera M. de Combalet. » Or, cet Antoine de Roure de Combalet était neveu du connétable de Combalet et du duc de Luynes, premier ministre. Brave officier, il fut tué sous les murs de Montpellier en 1622, deux ans après son mariage, et sa veuve jura de ne plus convoler. Elle tint parole et tenta même d’entrer au Carmel. Le cardinal n’y voulut point consentir. Il avait besoin d’elle pour tenir sa maison et lui servir comme d’aumônier. Son grand conseiller fut saint Vincent de Paul.
La relation du Père Lejeune (1635) lui révéla le Canada. Dès lors, ce pays devint l’objet de ses prédilections. Elle écrivit aussitôt une lettre au Père Lejeune, jésuite, lui offrant d’envoyer à ses frais à Québec des Hospitalières de la maison de Dieppe. En 1637, la Compagnie des Cent Associés entra dans ses plans et fit don aux religieuses du terrain nécessaire à la fondation proposée. Richelieu, de son côté, assura au futur