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CHAPITRE IX. — LES BIENFAITEURS DE LA NOUVELLE FRANCE

hôpital une rente de 22,400 livres tournois. C’est à cette même époque, 1638, qu’il fit don à sa nièce du duché d’ Aiguillon.

Sur ces entrefaites, advint un événement qui devait agrandir le cercle des générosités de la duchesse.

Une jeune fille d’Alençon, de bonne noblesse, AV10 Avarie-Madeleine de Chauvigny, avait épousé un gentilhomme riche, M. de la Peltrie, qui ne tarda pas à mourir (1623). Restée veuve sans enfants à vingt-deux ans, cette femme généreuse employa ses gros revenus en œuvres de charité, ce qui lui attira la réprobation de toute sa famille. Son père voulait la remarier, ses parents, visant le copieux héritage, essayaient de la faire interdire.

Après douze ans de contrariétés, la lecture de la Relation de 1635, du Père Lejeune, lui révéla soudainement sa vocation. Elle se sentit appelée à consacrer sa personne et sa fortune à. la Nouvelle-France.

Mais, pour arriver à ses fins malgré l’opposition de ses proches, elle s’avisa d’un stratagème des plus romanesques que nous allons raconter.

Près d’Alençon, à Caen, vivait alors un homme qui s’acquit un grand nom dans l’histoire religieuse du XVIIe siècle : M. de Bernières, trésorier de France pour la province de Normandie. Il faisait profession de sainteté, tenait école de perfection, et avait pour disciples de graves personnages, parmi lesquels il faut citer k futur évêque de Québec, Mgr de Laval. Son livre de la Perfection intérieure devint classique dans le temps.

Madame de la Peltrie fit sa connaissance, et, par lui, la connaissance de saint Vincent de Paul, du général de l’Oratoire, du Père Poncet de la Rivière, jésuite, etc... Ce dernier lui apprit une grande nouvelle. Une religieuse Ursuline du couvent de Tours, Marie de l’Incarnation, s’en allait fonder un couvent de son ordre à' Québec. Le manque d’argent retardait seul l’expédition. C’était la Providence, évidemment, qui arrangeait les choses, et Madame de la Peltrie résolut de s’en faire l’instrument. Mais, comment s’y prendre pour en venir à ses fins et dépister la vigilance ombrageuse de la famille de notre héroïne ?

On feignit un mariage plus ou moins clandestin entre M. de Bernières et Madame de la Peltrie, ce qui remplit de joie le père de cette dernière ; après quoi, les prétendus époux prirent le chemin de Tours.

Reçus à Tours comme les messagers de Dieu, nos deux voyageurs emmenèrent avec eux Marie de l’Incarnation et sa compagne, et se dirigèrent vers Paris.

A Paris, la duchesse d’Aiguillon les combla de bontés, les présenta à la reine, à toutes les dames bienfaitrices du Canada, et les assura de son efficace protection. Puis, elle les envoya, toujours sous la conduite du dévoué M. de Bernières, au port de Dieppe où le bateau qui devait les emporter les attendait, et à l’hôpital où achevaient leurs préparatifs les religieuses qui devaient les accompagner à la Nouvelle-France. Trois

jésuites, les Pères Vimont, Poncet et Chaumonot s’embarquaient avec elles.

Le départ eut lieu le 4 mai 1639.

Voici le nom des intrépides voyageuses.

Ursulines : Mères Marie de l’Incarnation, supérieure, Saint-Joseph, Cécile de la Croix, religieuses. Plus, Charlotte Barré, novice, et Madame de la Peltrie, laïque fondatrice.

Hospitalières : Mères Marie Guénet de St-Ignace, supérieure, Anne Le Cointre de St-Bernard, et Anne Forestier de St-Bonaventure, religieuses.

L’arrivée à Québec de ces saintes femmes, lor août 1639, causa une joie universelle.

Tandis que les Hospitalières jetaient les bases de leur Hôtel-Dieu, les Ursulines, de leur côté, ouvraient leur école. C’est avec ces dernières que Madame de la Peltrie vécut, sans être jamais religieuse, mais travaillant humblement et courageusement pour la communauté, et, en particulier, pour habiller les petites sauvagesses auxquelles elle portait une affection singulière. Cette sainte femme mourut à l’âge de 68 ans, entre les bras de son amie, Marie de l’Incarnation.

Si Madame de la Peltrie fut la véritable fondatrice des Ursulines de Québec, le titre de fondatrice de l’Hôtel-Dieu revient sans aucun doute à notre duchesse. Elle le recommanda au cardinal son oncle, elle dota la maison d’une rente perpétuelle de trois mille livres, et c’est de ses bienfaits que les Hospitalières vivent encore partiellement aujourd’hui. L’unique condition qu’elle mit à ses largesses c’est qu’on n’oublierait jamais de prier dans cette maison pour l’âme du Cardinal et pour la sienne.

Ses libéralités, d’ailleurs, n’avaient rien d’exclusif. Elle aida de son haut patronage la Société fondatrice de Montréal, obtint de Mazarin une dotation de douze cents couronnes (écus ?) pour l’évêché de Québec ; elle participait à toutes les œuvres en France et à l’étranger.

Elle enrichit les Missions étrangères de Paris et de Rome, le séminaire de St-Sulpice, les hôpitaux de Marseille et d’Alger, la maison des Carmélites, les Sœurs de St-Vincent de Paul, tous les couvents de Paris. Elle donna cinquante mille livres pour la fondation de l’Hôpital Général. Elle était l’âme de toutes les Associations qui aidaient Vincent de Paul ; et ses aumônes s’étendaient jusqu’aux missions de Chine.

Nous ne parlons ici que de ses charités. Elle protégea, en plus, les artistes, les écrivains. A la mort du cardinal dont elle fut la principale héritière, elle fit terminer les travaux de la Sorbonne et de l’Hôte! Richelieu devenu, depuis, la Bibliothèque Nationale.

Lorsque la duchesse d’Aiguillon mourut (1675) Fléchier fut chargé de prononcer son oraison funèbre. On considère ce discours comme un chefd’œuvre digne d’elle et digne de lui.

Un conseil chez les Indiens.

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