‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 73 sur 225 · CHAPITRE XIV. — UN MACHIAVEL SAUVAGE, LE RAT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. — UN MACHIAVEL SAUVAGE, LE RAT

Telle fut l’œuvre de salut de notre clergé national, œuvre dont nous jouissons aujourd’hui dans la joie d’une prospérité sans égale.

Nous pourrions arrêter ici notre démonstration. Qu’on nous permette, néanmoins, d’ajouter un mot sur l’utilité, que dis-je? sur la nécessité, en tous pays, d’un clergé national.

Tous les gouvernements, lors même que, en principe, ils ne sont plus hostiles à l’idée catholique, voient d’un mauvais œil l’influence d’un clergé de race ou de langue étrangère. Aussi mettent-ils tout en œuvre pour l’éliminer et le remplacer par des prêtres de leur race.

C’est ainsi que, naguère, les missionnaires français de Chavagne, qui desservent les îles de la Dominique et de Sainte-Lucie, faillirent être renvoyés ; que les Dominicains de Trinidad ont dû laisser la place à leurs confrères de langue anglaise ; que, dans l’île de Maurice, un certain évêque, patriote trop zélé, s’est brisé dans son effort inopportun d’anglifier nos vieux créoles têtus.

Il en est de même un peu partout : en Alsace-Lorraine, aux Philippines...

Mais pourquoi chercher si loin des exemples quand ils abondent à nos portes ?

Résumons-nous. Quelle que fût sa vision de l’avenir, instinctive ou parfaitement claire ; qu’il eût pour but de parer aux ruines d’une conquête ou aux désordres d’une révolution intérieure, qu’il eût simplement pour objet de maintenir plus efficace et plus intime l’union du prêtre avec son peuple, Mgr de Laval a eu ce rare bonheur de réussir au-delà de toute espérance, et de fonder une nation. On ne saurait donc lui refuser, sans injustice, le titre de Père de la patrie.

Page 1