‹ Le Canada héroïque et pittoresqueChapitre 74 sur 225 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Un Machiavel sauvage. Le Rat1 (1689).

(Comme nous avons l’intention d’écrire de l’histoire, nous avertissons loyalement nos lecteurs que le récit ci-dessous nous paraît tant soit peu romancé, sinon dans sa substance du moins dans ses détails.)

Nous avons raconté, dans un chapitre précédent, la mort glorieuse des martyrs Jésuites et l’anéantissement de la nation huronne (1650).

1. D’après l 'Histoire du Canada, par les Frères des Ecoles Chrétiennes.

Il ne faut pas croire cependant, que tous les Hurons périrent. Un grand nombre d’entre eux survécurent. Les uns, réduits en esclavage, se fondirent, selon l’usage, dans le corps de la nation victorieuse et devinrent graduellement des Iroquois ; d’autres se dispersèrent parmi les peuplades amies de l’Ouest et des Grands Lacs ; d’autres, enfin, trouvèrent un refuge sous les murs de Québec. De fait, les Hurons de la Jeune Lorette sont les descendants de cette nation fameuse. Ils ont oublié leur langue, mais ils se proclament toujours Hurons, et lorsque, dans les circonstances solennelles, ils revêtent leur costume traditionnel, à la façon du Persan de Montesquieu, on leur reconnaît une figure huronne.

Comme tous les sauvages les Hurons étaient orgueilleux, et ils entendaient que leur qualité de nation fût prise au sérieux. Les Français les avaient convertis, les protégeaient, les nourrissaient même, parfois ; mais leurs rapports avec eux n’en étaient pas moins des rapports de peuple à peuple, alliés, sans doute, mais indépendants. Aussi les autorités françaises affectaient-elles à leur égard beaucoup de déférence.

Ce fut le privilège des hommes de notre race d’avoir su comprendre, dès l’origine, la mentalité des Indiens et gagné le cœur de ces barbares, lesquels, somme toute, leur restèrent fidèles jusqu’à la fin. Les Anglais, au contraire, leur étaient antipathiques. Si les Iroquois se battirent contre nous, ce n’était point au profit des Anglais qu’ils combattaient, c’était pour sauvegarder leur indépendance. La morgue britannique se heurtant à la vanité indienne provoquait fatalement des conflits. Tout le monde connaît le proverbe des vieux Puritains : A good Indian is a dead Indian, le bon Indien est l’Indien mort. Les Français, au contraire, polis, aimables, se faisant tout à tous, au point d’épouser les squaws et d’adopter la vie sauvage, ne tardaient pas à exercer une influence d’autant plus grande qu’elle s’affichait moins. On prétend qu 'Œil de Faucon , le légendaire héros du Dernier des Mohicans, était un Canadien. '

Cette alliance avec les tribus nous était indispensable. Elle n’allait pas, toutefois, sans graves inconvénients.

C’étaient les Sauvages qui, par la traite des fourrures, faisaient subsister la colonie encore incapable de se suffire à elle-même. C’était également les Sauvages qui, dans les guerres contre les Anglais, nous prêtaient un précieux concours. Ils terrorisaient l’ennemi, et leurs partis, dispersés dans les forêts, nous servaient d’éclaireurs.

D’autre part, leur férocité nous compromettait, et les Anglais nous rendaient responsables des cruautés abominables dont, trop souvent, nous étions les témoins impuissants. Puis, leur indiscipline et leur inconstance faisaient avorter les plans les mieux concertés et perdre le fruit des victoires. On n’était jamais, avec eux, assuré du lendemain.

Mais trêve de considérations générales.

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