CHAPITRE XVI
Frontenac 1.
De tous les gouverneurs que la France envoya au Canada, la plupart gens de mérite, le plus grand, sans contredit, fut le comte de Frontenac. Ses qualités d’homme de guerre furent de tout premier ordre. Ses défauts, malheureusement, étaient aussi éclatants que ses qualités, et quand la paix lui laissait des loisirs, sa morgue et la violence de son caractère le rendaient insupportable. Voilà pourquoi, après dix ans d’une administration mouvementée (1672-1682), la Cour dut le rappeler à Versailles.
Heureusement pour lui, la maladresse ou la malchance de ses successeurs, MM. De la Barre et Denonville (1682-89) rendaient son retour nécessaire. Lorsqu’il arriva à Québec, la colonie tout entière l'acclama comme son sauveur.
Elle avait bien raison. La guerre était rallumée avec les Iroquois et les Anglais qui, depuis l’avènement de Guillaume d’Orange, étaient entrés dans la coalition d’Augsbourg (1688). On connaît assez les massacres de Lachine qui épouvantèrent nos colons et les forcèrent à chercher un abri derrière les murs de Montréal (1689).
Lorsqu’on calcule la force des deux adversaires en présence, il faut bien avouer que les Français ne pouvaient, humainement, entretenir aucun espoir de salut. Douze mille colons canadiens allaient mesurer leurs armes contre deux cent mille Américains. Mais nous avions Frontenac.
Ce vieillard de soixante-dix ans, ardent comme un jeune homme, ne perdit pas un instant. Il résolut de porter partout la guerre chez l’ennemi : dans la baie d’Hudson, dans le Golfe, à Terre-Neuve, sur les côtes du Maine et dans les forêts de New-York, du New-Hampshire et du Vermont. Secondé par des jeunes capitaines dignes de lui : Iberville, de Troyes, Ste-Hélène, d’Ailleboust, Hertel, Portneuf et tant d’autres, il détruisit Schenectady, Salmon Falls, Casco, et porta la terreur au sein des colonies américaines. On n’y dormait plus la nuit, tant on craignait de voir apparaître, en plein hiver, les Canadiens et leurs alliés sauvages.
Les Iroquois éprouvèrent, à leur tour, le poids du bras de Frontenac. Ils furent réduits à implorer une paix définitive que son successeur, M. de Callières, eut le bonheur de signer (1700).
Mais, dira-t-on, que faisaient pendant ce temps les colons américains ? Ils se faisaient battre.
Deux armées furent organisées contre nous. La première, de trois mille hommes, devait remonter, par la rivière Hudson, le lac Georges, le lac Champîain, le St-Laurent, jusqu’à Montréal qui se rendrait sans coup férir.
F D’après Ernest Myrand.